18.01.2006
CARNET DE VOYAGE
Arrivé
mardi 25 octobre 2005 00:23:36
Je suis bien arrivé à Lima. Désolé pour les fautes de frappe mais j’écris sur un clavier latino style avec des codes très bizarres, faudra que je m’y habitue.
Le voyage en avion était assez mouvementé, on a sans cesse dû rattacher les ceintures, mon café s’est même renversé sur la belle robe noire de ma petite voisine italienne.
J’ai passé les 13 heures de Madrid à Lima à côté d’une dame péruvienne d’origine mais mariée à un italien.
Elle était tout aussi gourmande que moi, donc on a fait copain copine avec les hôtesses pour recevoir les doubles rations de pollo rôti sans peste aviaire à chaque fois.
Mon espagnol est vraiment nul mais c’est bien drôle, je me débrouille comme je peux.
Ça doit être horrible à entendre mais finalement miracle, je me fais comprendre, c’est ça le pire, ça va venir encore assez vite je pense. Les dernières heures en avion étaient superbes, vraiment impressionnantes. On a survolé le Brésil, puis l’Amazonie, et en dernier, la cordillère des Andes. Qu’est ce que c’était beau toutes ces montagnes ! En plus, j’étais à la fenêtre, j’avais jamais vu un spectacle pareil depuis un hublot d’avion. Là, j’ai bel et bien trouvé la famille de Nelly, un de leurs amis m’attendait à l’aéroport avec une pancarte ! Trop marrant de me retrouver ici dans cette foule…puis je cherche, je ne trouve personne mais finalement, je vois un petit bonhomme avec une affiche à mon nom.
Je suis bien arrivé dans la famille, ils sont vraiment adorables, la mamita Nelly est tout gentille et aux petits soins, on cause en espagnol, son fils parle un peu français donc tout va bien. On ne s’est pas pris dans les caprices destructeurs de Wilma, on n’a pas croisé de pic meurtrier dans la cordillère, I’m still alive donc, même si j’avais quelques appréhensions avec ce trip en avion !
J’enverrai encore des news de Lima, je vais rester 2-3 jours ici je pense.
Besos de sud America.
Ola de Lima de chez Mama Nelly
mercredi 26 octobre 2005 00:23:36


Ola di Lima ! Je peux avoir l’ordinateur pendant une heure, donc j’en profite pour écrire un petit message à l’heure où tout le monde doit dormir en Europe.
Je suis tombé dans une famille habitant en banlieue de Lima via un site internet. La maman vit ici, leur fille Carmen est en France avec un Français. Mama Nelly a ouvert, au premier étage de sa maison, un genre de mini cybercafé avec cinq ordinateurs où tous les gosses du quartier viennent jouer aux jeux vidéo. Aussi, y a Internet sur deux des ordis. Elle se fait son petit business comme ça, en plus du fait quelle loue des chambres aux voyageurs de passage.
La maman s’appelle Nelly, elle est vraiment super gentille. Elle ne parle que espagnol, alors on se débrouille. Une de ses cousines parle l’anglais « un poco », elle sert de translator et ça marche. Là, je suis dans la salle avec tous les gamins qui jouent au jeu vidéo, autant dire qu’il y a de l’ambiance !
Aujourd’hui, on a été se promener dans le centre de Lima, avec Rubi, la cousine de Nelly qui a mon âge. Une vraie guappa chica latina, elle est vraiment marrante. On a vu la classique plazza de armas, les églises du centre, puis les superbes catacombes avec leur odeur de cadavre et de renfermé oui envahissaient les narines dès l’entrée.
Les Péruviens? Ils sont tout petits, ils sont vraiment marrant quoique réservés, mais une fois qu’on leur parle, on les sent beaucoup plus « olé olé » qu’en Asie par exemple. Pour les premières impressions…
Les femmes sont mignonnes et souriantes pour les mamas, les jeunes semblent très ouvertes, toujours prêtes au sourire, les contacts se font hyper facilement. En rue, on ne te colle pas pour tout et n’importe quoi. Enfin...je suis resté dans la capitale finalement. On verra bien pour la suite. Le centre ville est hyper clean...j’osais même pas jeter un mégot à terre, j’allais les mettre dans les poubelles! Apparemment, à lima, les pickpockets seraient les rois mais j’ai rien vu de vraiment anormal, ça va. Juste qu’il faudra sans doute rester sans cesse prudent.
Demain, je pars sur Ica, une oasis en plein désert de sable, pas loin de la mer, un truc assez bizarre à comprendre. Allez voir les photos sur google. Je quitte vers 6 heures du matin, je reviendrai plutôt à Lima vers la fin car là, j’ai envie de me retrouver dans autre chose que dans une grande ville.
J’ai besoin d’air!
PEROU
3. HUACACINA
Que bello !
jeudi 27 octobre 2005 00:18:18
Je suis à Huacacina, dans un petit cybercafé au fond d’un restaurant perdu au milieu d’immenses dunes de sable. J’espère juste que l’ordi ne va pas me lâcher avant la fin du message, car l’écran n’arrête pas de clignoter. J’ai quitté Lima ce midi.
Nelly, la maman péruvienne chez qui je logeais, m’a conduit à la station des bus. Elle est vraiment adorable, une super bonne adresse à recommander à tout qui passe à Lima. Je retournerai chez elle à la fin du voyage, avant de rentrer en Belgique depuis Lima en décembre. Le centre de Lima est propre, mais le reste... On dirait vraiment que les soins sont apportés au quartier de la plazza de armas et des différents musées et cathédrales qui l’entourent, mais que le reste demeure sans importance. Quelle pollution, quel chaos dans le trafic, mamamyia, ça me donnait un petit arrière goût d’Inde tout à coup.
J’ai pris le bus vers midi, no problem, je reste vigilant mais après tout, je crois quand même que les guides exagèrent à propos des questions de sécurité. Le Pérou doit être un pays comme les autres, il faut juste faire gaffe comme partout et ne pas tenter le diable. La route jusqu’ici était vraiment trop speece. A peine quitté Lima, on entre dans une espèce de pampa désertique et désolée, sans la moindre végétation, comme une route goudronnée en plein désert. Etrange ce changement total de paysage... juste des montagnes ocres au loin et des étendues désertes à perte de vue.
Sur le bord de la route, plein de toutes petites maisons, comme de petites chapelles miniatures, avec des croix et des fleurs en plastique à l’intérieur...elles doivent être là en mémoire d’accidentés de la route. A gauche, les montagnes au loin et le désert, et juste à droite, l’océan. On traverse de temps en temps une bourgade semblant abandonnée. Les maisons au bord de la route n’ont pas d’étages, elles sont décrépies, les couleurs pétantes des murs sont cachées sous la poussière du temps, le plâtre tombe, quand il y en a ...
Les façades de certaines sont faites uniquement de briques, sans aucune finition ni peinture. Puis, des grappes de maisons de pailles ou de je ne sais quoi, en pleine zone aride perdue au milieu de nulle part. On dirait des bidonvilles délaissés du monde, sans la moindre âme à la ronde.

Je croyais au début qu’il s’agissait d’entrepôts, mais soudain des enfants, des femmes en sortent. C’était bel et bien des habitations. Aussi, plein, mais plein de restaurants désaffectés, grilles fermées, qui ne doivent plus avoir ouvert depuis des mois voire des années. Un peu comme un décor de farwest abandonné aux caprices du temps, renfermant des secrets qui auraient été trop bien gardés, au point de se faire oublier.
D’autres bourgades avec davantage de traces humaines, avec des slogans politiques peints en spanish et en géant sur les murs des maisons. Les slogans mangent toute la façade, on ne peut pas les louper. « Fujimori a la election 2006 » (...), « si a la regionalisation »... ils n’ont apparemment pas peur ici d’afficher leurs couleurs. Ca ferait encore de bons scénarios pour les demandes d’asile tout ça je trouve. Non?
Dans le ciel, des aigles ou des oiseaux du genre. De temps en temps, on trouve un épouvantail au sommet des dunes de sable géantes qui bordent la mer, pour les écarter.
Les Péruviens aiment la musique et le bruit. Dans le bus, on s’est tapé en boucle trois films soi disant comiques américains avec « Jim Carey », à tue tête. Quelle horreur, et quelle bêtise! En plus, personne ne regarde, ça doit être pour tenir le chauffeur éveillé!
Aussi, chez Nelly ou encore ici dans le cybercafé, c’est la musique à fond, on trouve toutes les chansons pop commerciales que l’on entendait chez nous, avec peut être un an de décalage.
La fille de Nelly, qui vit en France depuis 9 mois, a dit à sa mère que l’ambiance du Pérou lui manquait. Elle trouve qu’en France, là ou elle vit, ça ressemble à un « cemeterio ». Personne ne bouge, tout est calme, pas de musique débordant dans les rues, pas d’éclats de rire à travers les fenêtres ou dans les rues.
On devait être à quelques kilomètres de Ica quand tout à coup, on sent le bus faire un géant et violent bond en avant. Le véhicule s’arrête. Un crash....le camion de derrière n’a pas pu freiner. Il a emboîté notre bus, qui a lui-même emboîté la misérable petite voiture qui se trouvait devant nous. Elle avait dû freiner subitement je ne sais pas trop pourquoi. L’arrière de la petite voiture était complètement défoncé, le camion de derrière aussi, il pissait je ne sais quoi donc tout le monde s’est quand même écarté par peur d’un feu de joie surprise du camion de légumes de derrière. Heureusement, pas de blessés ! Le seul hic est qu’on était loin de tout et que passer la nuit dans les sables, c’était pas très excitant! On a finalement attendu le bus pendant une petite heure sur le bord de la route, puis on a tous embarqué dans un autre bus qui passait. Encore une bonne heure serrés comme des poules dans ce bus et on était à Ica. Là, j’ai continué en taxi jusqu’à la lagune de Huacacina.

Huacacina est une oasis perdue au milieu d’immenses dunes de sable, dont la lagune est censée posséder de miraculeuses propriétés curatives. En tout cas, c’est pas la couleur verdâtre de son eau stagnante qui inciterait à se jeter dedans. Tout autour, des dunes immenses, dignes du sud marocain. C’est trop classe!
Demain, je serai dans le sable avec le lever de soleil pour en capter les premiers rayons en photos! Les dunes sont apparemment très hautes, et vu qu’au Maroc, on s’était arrêtés sans souffle à la moitié, je ne garantis pas d’arriver au sommet.
Mon spanish s’améliore d’heure en heure, j’ai même entendu aujourd’hui que je parlais « mui bien ». Qu’est ce que ce sera demain ? Les gens sont vraiment adorables. Surtout les femmes, qu’elles soient jeunes, mûres ou âgées, elles sont beaucoup plus souriantes et amusantes que les hommes, qui ont l’air davantage endormis en général. So, il doit être 20 heures. Il fait noir, je vois juste cette silhouette grandiose des dunes qui s’étire là sur ma gauche. Superbe décor, avec une odeur de feu de bois qui vient de je ne sais où, et cette merengue qui fait basculer mes doigts sur le clavier. Quel décor de rêve ! Eh oui...

PEROU
4. HUACACINAEl deserto peruviano
vendredi 28 octobre 2005 01:51:55
Bip bip, il est six heures, le réveil sonne. Quelques minutes plus tard, je me retrouve le long de la lagune, seul sans une âme à la ronde. Une brume couvre le ciel. Elle rend le décor encore plus mystérieux. Le désert est à moi...
Les immenses montagnes des dunes s’élèvent là juste devant. Comment les aborder ? Au Maroc, on était restés bloqués à la moitié tellement on était à bout de souffle en les escaladant. Et la fois où l’on était arrivés au sommet, c’était presque la crise cardiaque!
J’ai été à mon aise, le soleil était de toute façon déjà levé. Personne, vraiment personne... Je me serais attendu à voir d’autres gens gravir ces buttes au lever de soleil mais non, tout était mort. Au sommet, d’immenses plaines de sable avec des dunes galopant plus loin. Des dunes, encore des dunes, dansant en toutes sortes de courbes inspirant une forme étrange de sensualité. Tout à coup, ce silence, cet absolu qui envahit. Quel bonheur de le retrouver depuis la dernière fois. Juste le bruit de mon sac qui se frotte contre mon dos et celui des mes pas qui se noient dans le sable. En m’arrêtant, comme une impression d’avoir mis des boules quiès, tellement ce silence est profond et limpide.
La lagune de Huacacina est comme nichée au milieu d’un cratère de volcan, à part que ce sont de douces dunes de sable qui l’entourent. Comme un oeuf sur le plat où le jaune serait la lagune, dans le creux du sable qui en serait le blanc. Vu de haut, c’est vraiment splendide, cette « fouffe » de verdure sortie de nulle part !

Je continue à marcher en prenant quand même quelques repères pour ne pas me retaper des buttes de sable inutiles au retour. Bloups, je crois avoir aperçu un chien errant au loin. Euh...eh oui, c’en était bien un, mais il est parti se faufiler je ne sais pas trop où. Bref, pas de raisons de s’exciter ou de lui servir de nourriture qu’il n’aura certainement pas trouvé dans sa ronde nocturne et solitaire.
Ce désert qui appelle, qui attire, qui suspend totalement le temps, qui transforme son visiteur. Cette cassure d’avec tout le reste, cette impression de se retrouver intégralement juste soi, son esprit et sa matière dans l’immensité. Cette prise de conscience de sa vulnérabilité et, paradoxalement, cette impression de toute puissance et d’éternité que je retrouve à chaque fois que je me perds dans un endroit pareil. Comme un repère finalement ce désert, comme tous les autres endroits de désert solitaire. On sait que ce silence et que cette éternité seront toujours présents, qu’on les retrouvera sans nul doute en revenant simplement vers eux, quoi qu’il ait pu se passer entre temps en l’existence.
Ce sentiment de paix. Cette envie de vouloir s’enfouir dans les sables et de se confondre avec ces particules granuleuses.
La lagune de Huacacina est vraiment paisible, les Péruviens y viennent en excursion, en famille, beaucoup d’écoles s’y rendent aussi, mme depuis le tout nord du pays! Le ninos jouent dans l’eau, les mamans se prélassent et font des roulis sur la rive pendant que leurs hommes regardent le tout trankillos en discutant. Puis des groupes de petits muchachos qui passent et qui te saluent. Ils viennent tous te serrer la main, tout fiers et intrigués d’avoir parlé à un étranger. Quand ils me voient avec l’appareil photo, ils me demandent de les prendre en photo et c’est à chaque fois l’émeute. Quand leur prof arrive, elle ne s’énerve pas, elle vient se joindre à eux. Elle pose aussi d’elle même en s’amusant pour les photos. Je ne sais pas qui dit qu’au Pérou, il est difficile de faire des photos des gens, car j’en ai déjà fait trop pleins, ils ont vraiment l’air ok avec ça. Tant mieux car les portraits des gens sont en général les plus beaux clichés!
Vers midi, la chaleur est devenue écrasante, je me suis déjà tapé un super coup de soleil en moins d’une heure. Vive la biafine! La nuit par contre, il fait très froid. Tu te réveilles en plein milieu de la nuit et dois te rhabiller, remettre un gros pull en plein sommeil. Très speece comme impression, alors qu’au coucher, tu t’endors quasiment sans rien.
Quel bonheur de se retrouver dans le soleil en plein air, avec de telles étendues, vraiment, on se sent vivre! C’est marrant comment se retrouver dans un nouveau décor en vient à stimuler les neurones. J’écris tout le temps dans mes carnets. Sur le pays, sur tout et sur rien. Aussi, cette inspiration photographique qui me revient comme à chaque fois que je me retrouve ailleurs...quel plaisir de sentir ces petites créations comme ça là, sortir de soi, ça fait trop de bien! 
Demain, je reste encore ici et je quitte vers 18 heures en bus pour Nazca, où se trouvent les plaines arides avec ces mystérieuses lignes découvertes au début du siècle passé. On les survole en avion. Mais avant ça, encore une bonne journée dans l’immensité des sables péruviens.
Kot kot kot, je ne sais pas trop ce qui se passe en Europe avec la grippe aviaire mais, en tout cas ici, tout le monde ne mange que du pollo. Donc no stress. Les plumes dangereuses ne sont apparemment pas encore arrivées jusqu’ici ! Kot kot kot !
PEROU
5. NAZCALes formes de Nazca.
Mmmmmm....et cet avion en papier !
samedi 29 octobre 2005 18:26:44
Eh non, l'avion ne s'est pas crashé! Je suis à Nazca, le trou perdu dans la pampa aride du sud péruvien, connu pour ses fameuses lignes perdues au milieu de nulle part, héritage de la culture pré-inca des Nazcas. Leur signification et leur but sont encore ignorés aujourd’hui.
C’est au début 1900 qu'une archéologue allemande, Maria Reiche, les aperçoit par hasard en survolant la région. On trouve, gravés dans le sol, un lézard de 180 mètres de long, un singe, un condor, une silhouette humaine, un colibri, un chien...les dessins auraient été réalisés par les Paracas et les Incas en 900 avant Jésus Christ. Elles sont toujours là, toute bien tracées, c'est terrible à voir!
Certains disent que ces lignes ont été faites pour attirer l'attention des dieux vers la Terre et pour donner la pluie aux hommes. D'autres disent qu’il s’agit d'un calendrier d'astronomie pour diriger les périodes de moisson. On dit aussi qu'il s'agirait de pistes d'atterrissage pour les extra terrestres. Les lignes ont été faites en enlevant les grosses pierres noires présentes au sol et en les mettant juste sur le côté, de manière à former des dessins grâce à la terre présente sous les pierres et qui est elle, beaucoup plus claire.
Evidemment, on ne peut pas se rendre à pied sur le site, par souci de le préserver. De toute façon, du sol, on y verrait probablement rien.
Le seul moyen d’observer les formes mystérieuses est de...prendre un petit coucou volant pour survoler les lignes pendant une petite heure. Ce matin j'y étais, dans ce petit aéroport de campagne avec ses petits cesna où je ne sais pas trop quoi comme modèle d'avions dans le genre papier mâché.
A l'intérieur, on se serait cru à la foire. Ca bougeait dans tous les sens, j'avais plutôt l'impression, en tout cas au décollage, d'être entré dans une voiture qui roulait sur une route montagneuse. C’était très marrant, mais en regardant en bas…dire qu’on ne dépend plus que de ce petit machin de métal, minuscule face à ces immenses monts de pierres. Heureusement qu’ils avaient prévenu de ne pas manger avant de partir! Pendant le vol, les photos ont déplacé le centre d'attention et c'est passé sans aucun problème. Le pilote était vraiment marrant, il a donné des sacs plastique à tout le monde une fois dans la cabine, juste au cas où. C'était un avion 4 places, j’étais avec deux Suédois qui sont revenus blancs comme ce clavier Qwerty péruvien.
En haut, franchement génial! Surtout quand on connaît tout le contexte et l'histoire de ces lignes, ça faisait rêver. On pouvait presque entendre le rythme des musique des cérémonies incas dans le moteur grinçant de l'avion, et devenir le témoin de ce mystère digne des Cités d'or des ninos.
Mes photos sont nickels, j’en ai pris de super bonnes au téléobjectif. Je mitraille, je mitraille puis zoup, je dois en refaire une car la ligne d'horizon a subitement basculé et moi avec. Ce n’était qu'une turbulence. Tranquillo !
J’enverrais bien quelques photos mais j’ai pas encore gravé le cd de ce matin. Au retour, rien de tel qu’un bon desayuno peruano : du riz avec du poisson frit et un café. Apparemment, c’est l’habitude ici, alors allons-y ! Le tout sous un air de lambada dans un petit bui-bui, avec la petite hija de la tenancière qui venait me parler. Je parlais avec sa mama puis, quand elle est partie à l’arrière du resto, un Péruvien de la quarantaine s’est assis à la table d’à côté. Il avait pas l’air très rigolo et portait des grandes lunettes. Puis, la petite fille s’est mise sur le côté en me regardant, elle commençait à me regarder en imitant l'homme et en faisant la forme des lunettes avec ses main sur son visage. Elle était morte de rire, moi avec, tout en essayant de rester discret. J’avais l’impression d’avoir de nouveau cinq ans et ça fait du bien!
Au fait, vous saviez que le thème de la lambada vient de Bolivie ? Au départ, c’était un air d’un groupe traditionnel bolivien. Les Américains l'ont volé avec le groupe Kaoma, faisant passer la mélodie pour brésilienne et en faisant un commerce planétaire. Le groupe bolivien leur a légitimement intenté un procès, mais Kaoma s'en est tiré sans débourser un sol ! Dansado lambada !
Là, il est 13 heures, il fait torride. On est loin de la mer, en plein dans la pampa, ça cuit. L'air est sec et chaud, dehors à cette heure-ci, ça tient pas ! Je vais aller promener au centre ville à la plazza de armas avec Juan, le gars qui tient le petit hôtel avec sa famille, il est marrant. Ce soir, je prends le bus. Je serai demain à l'aube à Arequipa, en altitude mais seulement à 2500 mètres. Après, ça grimpera parfois jusqu’à 5000 !

PEROU 6.AREQUIPA
Le bus déchaîné
dimanche 30 octobre 2005 22:21:29
Je suis à Arequipa depuis ce matin. Mon bus était censé partir à 21h30 hier soir de Nazca. Une heure plus tard, toujours rien... Les autres bus passent, il fait de plus en plus froid, la gare routière se fait déserte. Juste quelques personnes attendent là sans broncher, dans cette gare sombre perdue à la lisière de la pampa. Je vais demander au bonhomme ce qui se passe, il me raconte que le bus arrive dans 10 minutes.
Il est 23 heures, toujours rien. Minuit non plus. Le bus est arrivé à 0h30! La nuit, la température chute super fort alors qu'en journée au soleil, on doit parfois dépasser les trente degrés. Quel contraste ce froid ! Puis rien d’ouvert pour essayer de s'empiffrer avec un petit quelque chose, juste ces autres bus frustrants qui filent le long de la route et toi qui reste comme un Caliméro abandonné sur le bord. Snif snif, c'est injuste.
Ils m’ont expliqué que les transports sont désorganisés ces jours-ci à cause des élections régionales. Tout est complet, il y a aussi des barrages routiers car les gens veulent faire pression comme ils peuvent. Puis tous les Péruviens doivent retourner dans leur lieu d'origine pour y aller voter, donc c’est la foire.
Une fois dans le bus...ça valait la peine d'attendre! Tout le monde se rue à l'intérieur. Après ces trois heures désespérées passées dans le froid de la gare, juste quelques places sont disponibles. La compagnie avait apparemment fait du double booking. J’étais entré un des premiers dans le bus, donc j’ai trouvé un des derniers sièges disponibles. Vu que les Péruviens sont très petits, pas moyen de flanquer mon sac photos entre mes jambes, y a pas de place. J’ai dû le coucher sous le siège. Les rotules bloquées dans le siège avant, et le senior tranquillo qui en plus, une fois que j’étais à peine assis, abaisse son siège au maximum pour dormir. Comme ça il était certain d’avoir bloqué son espace. Mon voisin est endormi. Quand je m’assied, il ouvre les yeux et me regarde avec une tête bizarre. Il pousse un râle étrange puis se remet directement à ronfler lourdement. Le bus venait de Lima et était en route depuis 7 heures déjà. Puis entrent tous les passagers qui avaient payé leur place mais qui n’avaient pas de siège. Ils devaient être une dizaine. J’oubliais de dire que c’était un bus « business class », la classe économico était full. Autrement, il n'y avait plus de bus libres pendant trois jours. Au matin, avant de prendre l'avion, j'avais apparemment raflé un des trois derniers tickets.
Le bus est dans la pénombre, on voit juste ces silhouettes entrer, et les gens commencent à discuter sèchement entre eux à propos des places. Apparemment, l'un est assis à la place de l'autre...ils n’ont pas l’air contents. Le ton monte, encore et encore, un homme gigantesque se lève et se rend chez le chauffeur dans la cabine à l'avant. Il a l'air furax.
En un coup, certains commencent à taper les pieds sur le sol, à frapper aux carreaux, c'était trop marrant, même si je ne savais pas ce qui allait se passer. J'osais même pas sourire car eux n'avaient vraiment pas l'air de vouloir rigoler. Dans un coin et l'autre du bus, ils commençaient à palabrer, je pigeais rien mais c’était à propos des places assises. Le chauffeur est sorti de sa cabine et là, encore une fois, tout le monde recommençait à frapper de plus belle sur le sol et les carreaux, la tension était forte, ça commençait presque à faire peur. Une femme était déchaînée et commençait à hurler sur ce pauvre chauffeur qui n'y pouvait certainement rien. Quand ils s'y mettent ici, ils sont chauds! Le chauffeur a su finalement en caser quatre dans la cabine à l'avant. Les autres ont dû...rester dans le froid de la gare à attendre le bus suivant. Qui passait peut-être à trois heures du matin. Sans doute pour rattraper les heures de retard, le chauffeur a conduit comme un malade, et avec tous ces virages. On ne voyait rien de ce qui se passait dehors, si ce n'est deux monts de sables qui bordaient la route. Heureusement pas de précipice en vue, c'était déjà ça!
Ce matin, vers 7 heures, je me réveille dans ce bus du chaos. Plein soleil dehors, on ne voit au loin plus que des montagnes et des volcans aux sommets enneigés. Le conducteur lance une cassette de musique pour réveiller tout le monde, une espace de compil avec des morceaux traditionnels à la flûte de pan et des chansons d'amour en espagnol. Quel réveil sublime, avec ce paysage et le condor passa qui passait en second lieu sur la cassette. Ca valait le coup de se les geler pendant trois heures à l'arrêt de bus la nuit dernière!
Arequipa est nichée à 2200 mètres d'altitude. Elle est entourée de volcans, dont le plus haut est le El Misti, qui fait 5800 mètres. On le reconnaît car son sommet est enneigé, c'est le plus imposant de tous.
La ville est propre, principalement blanche.
L'air est complètement pur, les gens sont vraiment relax. Quand le soleil caresse la peau, on se sent comme une petite odeur de bronzette sous le soleil de montagne ou des sports d'hiver. Ou encore cette odeur de quand on est passé dans un solarium...ça doit être les UV qui sont plus forts.
Au centre ville, la plazza de armas. Elle est, comme dans toutes les villes du pays, le centre de la ville, la grande place si on veut. Les gens y donnent à manger aux pigeons, y débattent, y draguent, y lisent le journal, les gosses jouent avec des bulles sous un palmier, un manchot essaie de faire la manche auprès des passants. Je m'assied sur un des bancs de la plazza, puis une vieille dame en costume traditionnel s'assied à côté de moi. Elle porte un tissu rose flamboyant et un chapeau boule, son visage est massif, ses traits burinés par le soleil des montagnes. Ses yeux par contre sont tout pétillants. Elle me parle un peu et quand elle rigole, tout son visage rude se détend. Elle parle le quechua, la langue originelle des indiens, et un peu espagnol. On essaie de se comprendre, ça passe.
Un cireur de chaussures vient s'asseoir à côté de moi. Il me propose de me cirer mes godasses de trek qui sont en tissu. Il est marrant. La dame n'a que 50 ans...elle en paraissait pourtant tellement plus!
Je suis tombé dans un super hospedaje à 2,5 euros la nuit. Et c'est presque du luxe ! Un genre de vieille bâtisse espagnole aux murs couleur marrakchi, un vieux plancher qui grince et comme une odeur de vieux musée et de cire baignant à l'intérieur. En plus, on peut grimper sur le toit, et quelle vue! On domine toute la ville et on passe en revue les 360 degrés des montagnes et volcans de la région.
C'est super beau. Si beau que je me suis endormi là pendant deux heures en plein soleil. J'ai un super coup de soleil. Aujourd'hui, c'était les élections régionales, tout était fermé, c'est comme un jour férié chez eux. Peu de passants dans les rues sauf sur la place. Juste pas mal de flics un peu partout car ils craignaient les émeutes. Ici, on ne sait apparemment jamais ce qui peut se passer. Il est 18 heures maintenant, j'ai toujours rien entendu. Je suis dans un petit cybercafé près de la plazza. Le soleil baisse petit à petit, c'est vraiment relax.
Demain, j'irai voir le fameux couvent Santa Catalina des nonettes orgiaques, et le musée des sacrifices humains, où se trouve la momie Juanita.

PEROU
7. AREQUIPA
Les nonettes orgiaques et les sacrifices humains...
lundi 31 octobre 2005 23:31:01
Toujours tranquille dans les montagnes d'Arequipa. Aujourd'hui, j'ai été voir ce fameux monastère de Santa Catalina. Il a plus de 500 ans et est l'un des plus importants du Pérou. On se perdrait dans ce une labyrinthe géant, avec ses murs bleu Chefchaouen ou rouges vifs, ses innombrables chambres de nonnes, ses crucifix version gore à tous les coins de rue et ses fleurs, ses fleurs et encore ses fleurs. Au matin, quelle splendeur avec les rayons du soleil qui ne tape pas encore trop fort.
Dès la fondation du monastère, la mère supérieure avait tout compris, elle avait « engagé » les jeunes filles des plus riches familles péruviennes. Il était de coutume que l'aînée de toute bonne famille rentre au couvent. Pour la grâce de dieu, les novices étaient priées d'apporter leur contribution financière magistrale pour entretenir la high life du monastère. Les nonnes vivaient recluses, sans aucun contact avec l'extérieur. Aux murs, des dizaines de tableaux, des intérieurs très confortables pour l’époque, un mobilier raffiné, des salons aux coussins de velours (quoiqu’un peu ravagés par le temps quand même)...
Les braves soeurs n'avaient pas l'air de s'ennuyer! Les infos ne disent pas si l'un ou l'autre homme se perdait de temps en temps dans le dédale de ruelles du monastère.
Chaque nonette avait 5 servantes-esclaves, toujours des femmes noires importées du Brésil ou directement d'Afrique. L'élévation spirituelle devait leur être bien intense à ces soeurs!
Puis, après trois siècles de plaisirs et de fastes, une dominicaine austère arriva comme un ouragan au monastère d’Arequipa et tenta de rétablir l'ordre et leurs voeux d'austérité (et de chasteté, qui sait peut être? Aaah sacrées nonettes!). Les esclaves furent libérées et les soeurs durent vivre de manière légèrement moins luxueuse. Quelle hypocrisie tout de même, ces belles religions, non? C'est aussi comme dans ces missions où ils prêchaient la bonne parole et d'aimer son prochain, alors qu'ils massacraient les Indiens en masse ou les réduisaient en esclavage. Le monastère fut ouvert au public vers 1970. Aujourd'hui, une trentaine de religieuses y vivent toujours, isolées du monde.
Arequipa est aussi connue pour sa petite momie Juanita. En 1992, un alpiniste péruvien trouva par hasard sur un sommet des pierres amoncelées lui évoquant l'image d'un mausolée. Il y trouva des offrandes, le tout était près du sommet du volcan El Misti, qui domine la ville de son cratère fumant.
Il se demanda où était le corps, car les Incas étaient connus pour leur sacrifices humains. Le tout était bien sur prisonnier sous la neige et dans les glaces. Il revint avec une équipe, puisque tout était là pour le sacrifice humain, et intact car emprisonné des glaces, sauf le corps. Puis, il eut l'idée de faire rouler des rochers le long de la montagne et de voir où ces rochers allaient s'arrêter, pour avoir ainsi peut être une idée de l'endroit où était tombé le corps avec les années et la fonte des glaces de surface. Puis voilà, emprisonnée sous d'autres glaces plus récentes, il trouva la momie et décida de l'appeler Juanita.
C'était une petite fille de 12-14 ans, en presque parfait était de conservation, qui avait été victime d'un sacrifice humain fait au volcan El Misti. Les Incas pensaient qu'en offrant ainsi leurs enfants à la nature, celle-ci se montrerait plus clémente. La pauvre petite momie fut déshabillée, scannée aux x-ray sous toutes ses formes. Ils découvrirent un enfoncement sur sa tempe droite. Elle devait avoir été tuée d'un coup de massue. La petite momie est en parfait état de conservation au musée des sacrifices andins, dans le centre d’Arequipa près de la plazza. Vraiment bizarre à voir...la peau y est encore, les cheveux, les dents, elle n’est juste plus très fraîche la pauvre petite fille. Evidement, on ne pouvait pas prendre de photo, question juridique mais aussi de précaution de conservation del mumia.
Ce soir...c'est Halloween ! Chez vous aussi sans doute. Ben c'est contagieux, même ici ils le fêtent. On trouve des potirons en plastique sur les tables de certains restos, des gens déguisés, comme ces deux nanas péruviennes à l'entrée d'un bar ici. L'une en Hawaïenne, l'autre en infirmière avec une mini jupe vraiment arradlatoffa. C'est drôle ce contraste à propos de la condition de la femme, par rapport aux pays musulmans, hindous ou d'Asie par lesquels je suis précédemment passé. La femme ici a l’air (en tout cas « a l’air ») tellement plus émancipée, libre, ouverte. Elles ont même l'air plus dynamiques que les hommes parfois! Comme ce journal local que j'ai vu dans un kiosque à Nazca, avec le cul nu d'une femme en première page, avec écrit en grand « bombom caliente ». Ce n’était même pas une revue érotique, car l'autre grand titre portait sur les élections régionales qui ont eu lieu hier!
Je suis dans un cybercafé au bord de la plazza de armas. C'est la fête ce soir, ils ont monté deux géants podiums et les concerts ont déjà commencé de part et d'autre de la place, qui n'est même pas si grande. Ils sont situés l'un en face de l'autre, alors je me demande bien la cacophonie que ça va devenir lorsqu'ils vont jouer tous en même temps. Je checkerai en sortant, en tout cas y a l’air d'avoir de l'ambiance!
Demain, je pars pour trois jours en trek dans la vallée de Colca. Gravir les montagnes, se faufiler dans les mini jungles, gravir une partie du El Misti, trouver des geysers, éviter les condors sin pasa, plonger dans les cascades d'eau chaude…un programme trop excitant, le tout dans des canyons des plus profonds du monde!
Je pars avec une guidesse (oui, une femme ! Quand je dis que les femmes sont très actives ici!) et un couple de Français. A 6 heures du matin, we're going. On revient à Arequipa le 3 dans l'après-midi.

PEROU 8.AREQUIPA -
CANYON DE COLCA
La furia fiesta et le trek majestueux du canyon de Colca...
vendredi 4 novembre 2005 01:03:05
La nuit du 31 octobre, celle avant le trek, c'était la fête de ...Halloween. Apparemment, la coutume américaine est même parvenue jusqu'ici! Au coucher du soleil, dans les rues d'Arequipa, los ninos étaient déjà déguisés avec des citrouilles sur la tête ou avec des bonnets de sorcière, l'ambiance commençait à chauffer dans les rues! Ils venaient demander des caramels à tout le monde, c'était tout mignon.
A 20 heures, j'avais rendez vous avec Rosa, la guide de trek avec qui je partais le lendemain. On avait fait connaissance à l'agence et elle m'avait proposé de venir faire la fiesta avec elle, ses copains et ses copines pour Halloween. A 20 heures pile, j'étais comme convenu au milieu de la plazza de armas, noire de monde et inondée de musique venant des deux concerts jouant simultanément l'un en face de l'autre. Elle était là avec sa bande de copains, tous plus ou moins de mon âge ou un peu plus âgés. C'était parti pour passer une super soirée dans la totale allegria!
On s'est retrouvé dans un bar disco super cool, cerveza et « pisco sour » à volonté, musique terrible, des rythmes meilleurs les uns que les autres, ambiance mui mui caliente, la totale! Rosa parle parfaitement anglais, ses potes aussi. Cool! Enfin possibilité de s'exprimer de manière un peu plus complète et sans avoir constamment l'impression de marcher sur des oeufs en espagnol en ouvrant la bouche! On a pu causer vraiment à l'aise.
Et quelle ambiance dans ces boites latinos! Déjà en 1999, au Mexique j'avais passé les meilleures soirées en boite de ma vie, et je n'ai d'ailleurs toujours pas change d'avis. Les gens sont ici tellement plus spontanés, plus festifs, ils s'amusent...réellement! Pas comme ce genre de boite faussement extasiée à l'européenne où l'on danse raides comme des piquets en regardant dans le vide et où les rires et l'amusement ne semblent même pas y être.
Ici, c'est natural high! La musique venait de partout, des bars, des voitures parquées sur les trottoirs avec la radiocassette à fond à l'intérieur pour inonder les alentours, des gens qui commencent à danser spontanément en plein milieu du trottoir, les embouteillages, les klaxons à n'en plus finir et interférant avec les autres rythmes endiablés des discothèques et cafés. Principalement des jeunes, bien sûr, tous le sourire aux lèvres, puis tous curieux de venir te demander « tu pais? » à chaque fois. Vraiment trop cool.
Ils ont un apparemment tout nouveau style de musique qui fait fureur ici, c'est la techno kumbia, un mélange de techno avec des instruments et rythmes traditionnels du nord Pérou et du Brésil. Qu'est ce que j'adore ces moments passés en boite où tu te laisses complètement emporter par la musique, ce genre d'instants où les basses t'envahissent et où le corps se trouve un autre moyen d'expression, par le simple mouvement.
Tout à coup, vers minuit, c'était le bal des sorcières, Halloween oblige. Elles dansaient sur le bar en mini-jupe avec des masques au nez crochu, la Mort était là aussi, avec sa faucille qui pointait en basculant au milieu de la piste de danse. D'autres étaient déguisés en poussins, en infirmières (je ne sais pas ce qu'ils ont ici avec les infirmières mais il y en avait plein), en clown, en Marylin Manson. Aussi, des travelos sans le moindre complexe aux perruques fluorescentes, des martiens, d'autres encore en tenue d'escrime etc...Puis, toutes ces chicas toutes excitées de voir un étranger au milieu de la foule, à mourir de rire. Ces gens qui sortaient de partout et qui inondaient les rues dans un chaos pas possible, alors qu'Arequipa semble si calme en journée. Le tout avec le volcan El Misti à l'arrière plan... La totale!
A réveil, à 5 heures du matin, la musique venait à peine de se terminer. J'avais une chambre donnant sur la rue et soudain, j’entends des bruits de verres se casser, des hommes crier, j'ouvre la fenêtre et...tout le monde était en train de se taper dessus! L'émeute générale...il n'y avait plus que des hommes en rue, certainement complètement bourrés. Quelques vieilles dames vendaient des hamburgers ou je ne sais quoi sur de petits chariots. Cette manière de terminer la nuit fait peut être aussi partie de la fête ici.
A 6 heures, je suis passé à travers cette foule titubante pour me rendre à l'agence de trek et ouf, je suis apparemment passe inaperçu.
Avec Rosa, on s'est rendus à la gare routière en dehors d'Arequipa. Pour gagner les abords des canyons de la région, il nous fallait primo faire 4 heures de bus. Avec une légère gueule de bois...c'était assez spécial mais bon, ça allait! On s'est retrouvé avec Rosa et un couple de Toulousains super marrants. J'étais bien tombé, car dans ce genre d' « excursions », on peut tout aussi bien tomber sur des touristes chiants qui s'arrêtent tous les kilomètres car ils ont mal aux jambes ou ailleurs.
On s'engouffre dans le bus, on rafle quelques unes des dernières places assises. Le bus se remplit comme un oeuf, il est vieillot et prêt à exploser. Anyway, vu la fête de la veille, c'était pas très important tout ça à 6 heures du matin.
Soudain, avant de partir, une femme frappe au carreau alors qu'on était encore sur le parking des bus. Elle vend des bouteilles de « mate de coca », des infusions de feuilles de coca, idéal pour l'adaptation au mal des montagnes. Et voilà, je faisais mon baptême de coca andin. Enfin non, le premier jour, à l'atterrissage a Lima, Nelly m'en avait déjà préparé un avant de dormir. Chiquer la coca ou la boire sous forme d'infusion est ici totalement légal. D'ailleurs, tous les andins en consomment au quotidien, rien de tel que pour s’adapter à l'altitude.

On en trouve d'ailleurs partout. Dans les bui-buis, en altitude, au lieu de te servir une cruche d'eau, on t'apporte d'office de la mate de coca, ce thé bourré de feuilles vertes qui énergise les muscles et le cerveau en haute altitude. Par contre, il est interdit d'en exporter hors du pays. Evidemment...Ce n'est qu'après un traitement savant que la coca donne la cocaïne, mais es effets avant cette préparation ne sont pas du tout les mêmes.
On en a bu et mâché souvent pendant le trek, et même à 4600 mètres, presque aucun symptôme de mal des montagnes. Bien meilleur que le diurétique Diamox qui m'aurait fait pisser tous les quarts d'heure!
On est monté jusque 4600 mètres. De ma vie, je n’étais jamais allé aussi haut je pense.
On a roulé jusque Cabanacondé, une petite bourgade aux abords des canyons. Le canyon de Colca est le canyon le plus profond du monde, après le Colorado. En fait non, pour être totalement juste, il y en a un autre qui le dépasse de 12 mètres juste à côté. Mais les Péruviens restent donc les deuxièmes au monde.
La route pour arriver à Cabanacondé était affreuse, on aurait dit qu'on y avait fait sauter des mines tous les 20 mètres tellement elle était cabossée, enfoncée, creusée. Le bus était bourré, de temps en temps il semblait basculer de manière douteuse un peu trop vers la gauche ou la droite.
Tout s'est finalement bien passé. Et quels paysages! Des montagnes aux sommets enneigés au loin, des pampas ocre et arides juste devant toi et soudain…un troupeau d'alpagas. Eh oui, ce sont les premiers alpagas que je vois du voyage! Une espèce de mélange entre un chameau et un mouton. Typique des Andes...
Cabanacondé est perchée à 3600 mètres, une sorte de petit village perdu du monde, là en haut de la montagne. Peut être une centaine de maisons tout au plus. Des paysages asséchés, des cactus parsemés ça et là, des mules se promenant dans les rues.
Il est 12 heures, il fait pétant de chaud...on commence la marche. Là, pas un bruit, à part celui du vent. Personne à la ronde, et ce canyon que l'on découvre dès la sortie du village. Immense, mais immensément profond. Vraiment, un paysage à couper le souffle.Terrible!
On trottait à l'aise, c'était encore assez facile au début, les montées n'étaient pas encore trop fortes.
On est ensuite descendus dans le canyon. Des chemins de maximum 80 centimètres de large, bourrés de petits cailloux, bordés de cactus et de ravins qui, eux aussi, sont remplis de cactus. Donc en tombant, soit on glisse tout en bas, soit on se fait crucifier dans un cactus et on s'arrête définitivement là.
De temps en temps, un troupeau de mules croise notre route sur ces chemins minuscules. Les pauvres, elles sont chargées au maximum et restent le seul moyen pour les habitants perchés dans la vallée de s'approvisionner.
Leur maître, homme ou femme parfois, est tout souriant. On se met à l'écart sur le passage. Rosa leur cause à chaque fois un peu. Elle est connue dans la région puisqu’elle y fait des treks depuis maintenant deux ans. Elle a 24 ans aujourd'hui.
Le temps passe et on commence à le sentir dans les jambes. Dans le dos, même dans les bras...ça devient dur! Juste que, très étrangement, on n’avait aucun problème d'essoufflement exagéré qui aurait été dû à l'altitude!
Gracias à la mate de coca! Les deux Français en avaient une bonne poignée dans leur sac. Ils sont montés jusque 5000 mètres près de Cuzco, sans le moindre problème.
Après une pente bien trop raide, on a descendu presque à pic pour finalement tomber sur une rivière bordée de geysers. L'eau est bouillante, même pas moyen d' y mettre un pied...fallait se rendre quelques dizaines de mètres en contrebas pour que la température de l'eau devienne raisonnable, on se serait crus dans un bain bien chauffé en plein hiver! Vers la fin de la journée, sans doute que c'était lié au premier jour, on était complètement à la masse. Des crampes aux jambes, au dos, partout, le cerveau stoned et enfoncé dans les chaussures, mais l'ambiance était au rendez-vous. On a vraiment formé une bonne équipe à quatre. Ah, j'oubliais de dire que, sur les cinq personne peut être qu'on a croisées le premier jour dans le canyon, quatre avaient en bandoulière une espèce de radiocassette avec de la musique festive latina. Quand je disais qu'ici, la musique est partout...vraiment partout!
On est arrivé au campement vers 17h30, peu avant la tombée de la nuit. Complètement stoned, on ne voulait plus faire un pas. On est bien resté une demi heure à réaliser que oui, on y était. Franchement, de tous les treks que j'ai fait, celui-ci était le plus exigeant. Et encore...le pire restait à venir!
En contrebas du campement, cette rivière aux geysers magiques, où ils ont aménagé une espèce de petite piscine faite de rochers entreposés les uns à côté des autres afin de créer un bassin. On a hésité à deux fois à encore se taper une centaine de marches aller-retour pour aller plonger dans la rivière, mais c'était soit ça pour se laver, soit le robinet d'eau glacée qui coulait à côté des huttes. On n’a donc pas hésité longtemps. Quel bonheur ! On avait pas de maillot, donc on s'est tous baigné en caleçon (était-ce une façon « diplomatique » de discrètement se le laver? Euh…je ne sais pas). Aussi, on avait des pilules de micropur mais le problème était que l'eau restait encore pleine de petites algues miniatures. On l'a donc...filtrée avec une petite culotte propre de la copine française Julie. On trouve toujours une solution à tout!
Le jour se couchait, on était juste là, dans ces eaux tièdes, en pleine rivière au fond d'un canyon, à contempler le soleil disparaître derrière ses flancs...une pure magie. Au sortir de l'eau, c’était autre chose car on avait pas d'essuie et ici, une fois que le soleil se couche la température chute subitement et tout devient glacial. Anyway, on était du coup vite remonté au campement!

Le petit monsieur qui tient le campement, Eduardo, un vieil homme tout ridé à la mine montagnarde, avait fait la chasse aux chats des forêts. Une espèce de chats beaucoup plus grands que « la normale » et qui venaient manger son potager et ses poussins. Il en a donc abattu quelques uns et, pour écarter les intrépides qui oseraient encore s'aventurer dans le campement, à l'entrée de celui-ci, il a suspendu le cadavre d'un de ces chats des forêts par la tête. Vidé, comme empaillé avec des bouchons dans la bouche, le ventre et le derrière, il est là, comme trophée, surplombant le canyon. Il dit qu'ainsi, les autres se tiendront à distance.
Le soir, c'était truite party autour du feu, avec le riz que Rosa a failli faire vaciller dans les braises mais tout s'est bien terminé.
Les huttes étaient en bambou, avec de bonnes couvertures à l'intérieur car la nuit, ça caille. Les huttes n’étaient juste pas isolées de l'extérieur. Pas de problèmes de moustiques mais, à peine la lumière éteinte, alors que je n'avais que ma tête qui dépassait, je sentais toutes sortes de trucs se poser sur moi, c'était affreux ! Des gros machins comme des papillons de nuit ou des bestioles du genre. Ca se crashe sur ton visage puis ça s'envole, bref...j'ai passé la nuit complètement sous les couvertures, même si c’était pas top pour respirer. J'aurais avalé trop de bestioles sinon.
Le lendemain, à 7 heures, la mate de coca était au rendez vous pour le déjeuner car on allait grimper haut pour ce deuxième jour. Toujours pas un nuage à l'horizon, un ciel d'un bleu…Et un soleil d'une force exagérée !
C'était que de la montée, pendant les trois premières heures. Etrangement, tout allait bien, sauf les muscles des jambes. Heureusement aussi que j'avais repris le jogging régulièrement depuis six mois à Bruxelles, dommage que j'aie recommencé avec la cigarette depuis un mois mais bon, rien n'empêche.
Et ces paysages de rêves, ces montagnes à donner le vertige même en les regardant d'en bas. Roses, brunes, ocres, qui semblent toucher le ciel alors que toi tu te trouves à leurs pieds, dans le lit de leur rivière. Ces cactus de toutes les formes qui pointent et qui garnissent harmonieusement ces vallées asséchées, ces passages de terres on ne pourrait plus sèches et blanches, qui créent des nuages de fumées sous tes pas. Ces petits sentiers qui se faufilent entre les cactus et les autres 1001 de plantes et arbustes qui peuplent le canyon, le long des précipices, au sommet des crêtes, ces sentiers qui semblent aussi ne pas avoir de fin.
Puis ce silence, cette impression qu'on pourrait s'évanouir ici et que quelqu'un nous retrouverait quelques semaines plus tard, comme ce genre de squelette d'animal que l'on trouve en se promenant dans un désert. Puis c'est cette petite dame en costume traditionnel, qui monte sa mule et qui en tire deux autres derrière elle. Elle se rend à Cabanacondé ou dans d'autres villages de l'autre côté, pour aller chercher les provisions pour la famille.
Aussi, on trouve sur le bord des routes ou sur les endroits plats des sommets, de petits amoncellements de pierres, comme des maisons des esprits, des croyances locales. De temps en temps aussi, une croix, kitschement décorée avec de fausses fleurs et des guirlandes. Cette croix solitaire qui veille sur la montagne et sur ses visiteurs.
Apres 3-4 heures de montée vraiment hard, on se plante sur un sommet. On ne bouge plus, on profite. Une cigarette, et on part la tête complètement dans les nuages. Normal, à cette altitude, avec cette chaleur, avec ces efforts, c'est pas une si bonne idée.
On se trouve sur un sommet plat, on contemple le trajet qu'on vient de parcourir depuis ce matin, qu'est ce que ça parait haut, à peine croyable qu'on ait déjà gravi tout ça. On aperçoit la rivière dans laquelle on s'est baigné hier, elle n'est plus qu'un petit fil perdu à l'horizon. On reste encore au sommet, se prenant pour les nouveaux conquérants de cette montagne-ci. Les gourdes commencent à se vider. On reprend la route pour ne pas tomber en rade. 
L'après midi, c'est la descente jusqu'au fond du canyon, sur son autre versant. Là, on s'est retrouvé dans une espèce de petite oasis de verdure, plantée le long d'une rivière, nichée en plein milieu du canyon, en bas de son versant le plus haut. Aussi, des petites huttes avec un groupe de gamins d'Arequipa qui sont venus à l'oasis en voyage de classe. Eux, évidemment, ont pris un raccourci beaucoup plus facile.
L'après midi, relax, on pêche la truite dans la rivière, elles sont toutes petites mais c'est quand même trop drôle à faire. Au coucher de soleil, on s'incruste dans l'équipe de foot des ninos peruanos et sur leur demande, on fait un match avec eux. Autant dire qu'on a pas su courir beaucoup mais bon...eux non plus !
On a passé la soirée autour du feu, avec Rosa qui nous expliquait toutes les légendes de la région et toutes sortes de trucs sur les Incas, sur le cayon en lui même, c'était vraiment génial. On avait aussi été cueillir des plantes dans l'oasis, pour un festival de dégustation de tisanes aromatiques. Rosa restait nous conseillait quand même car certaines plantes dans l'oasis avaient des propriétés hallucinogènes, et c'était peut être pas l'endroit!
Ce matin, on était levés à deux heures. Oui, deux heures du matin. Au programme, l'ascension du versant le plus raide de tous, pour retourner directement à Cabanacondé. Quatre heures prévues, quatre heures de marche en pleine obscurité, sur des pentes raides, sinueuses et bourrées de gros cailloux qui glissent avec tes pas et te rendent le chemin encore plus difficile. De toute façon, on n’avait pas le choix, on devait bien ressortir de ce canyon et on devait être de retour à Cabanacondé pour le bus de 7 heures.
On a commencé à grimper à 2h15. Pas une lumière dans le campement (de toute façon, il n'y avait pas d'électricité mais pas une bougie plutôt), on commence la route. Juste le ciel, noir de noir et parsemé d'étoiles à n’en plus finir. Juste qu'en levant la tête pour le regarder, on risquait de perdre l'équilibre et de basculer en contrebas, alors on s'est limité à le faire.
Le couple de Français avait une lampe pour deux, Rosa avait oublié la sienne, elle employait donc la lumière de son Gsm, et moi j'en avais une petite. On grimpe, on grimpe dans ce noir, en faisant vraiment attention à nos pas car dans l'obscurité comme ça, c'est tellement trompeur! Heureusement que Rosa passait la première et qu'elle connaît les lieux!
A force de monter, on s'est mis à transpirer grave et après, en s'arrêtant même ne fût-ce qu'une minute, ça commençait à cailler violemment à cause de nos vêtements mouillés. Ca ne nous laissait pas le choix que de continuer le plus possible. Tout à coup, j'entends un bip bip bip, je ne fais pas attention mais Rosa s'arrête et se retourne vers moi. Sa batterie de Gsm est nazze. Elle est sans lumière. Je lui passe ma lampe de poche et je la suis de près. Puis, comme si c'était fait exprès, peut être 15 minutes plus tard, c'est ma torche à moi qui faiblit et qui s'éteint complètement! Vive les piles de chez Carrefour! Elles étaient complètement neuves et ont peut être tenu 30 minutes. On s'est donc retrouvé avec une lampe pour 4. C'était Julien qui restait derrière et qui éclairait le troupeau des trois mules qui marchaient à l’avant, tant bien que mal. Vraiment, on croyait qu’on n’allait pas y arriver. Ce genre de moments où tu sens que tu touches carrément toutes tes limites, qu'il va vraiment falloir puiser dans tes propres réserves pour y arriver. Genre de moments aussi où l'on dissocie totalement son physique de son mental, où l'on isole au maximum le mental du contexte physique. Comme une forme de méditation naissant spontanément dans ce genre de situation, qui permet d'aller plus loin sans buter sur des peurs qui ne feraient que ralentir les performances devenues obligatoires car on a plus le choix.
On en pouvait plus, on s'arrêtait brièvement puis on repartait car on commençait à cailler. Et toujours tout dans le noir total avec ces étoiles qui étaient là accrochées sur nos têtes, comme pour nous encourager. Vers 5 heures, il a commencé à faire un peu moins obscur, on va dire. Pas encore de soleil mais on commençait à discerner là où l'on mettait les pieds. Un vent glacial s'est levé. Puis soudain, la montagne à droite a viré au rose, qu'est ce que c'était beau. Juste que j'avais les mains gelées pour sortir mon appareil photo. Je ne l'ai fait qu'en haut, c'était vraiment trop dur.
On doit être arrivés en haut vers 6 heures. Quelle sensation, mais quelle sensation de fou de se retourner, de plonger le regard dans le profond de ce canyon et de se dire qu'on venait de gravir tout ça! Ca paraissait tellement énorme, tellement impossible. On est resté en haut à regarder le soleil se lever, callés entre les rochers pour se mettre à l'abri du vent. Quel bonheur. Alors qu'on a pesté pendant toute la montée et que, franchement, on en devenait presque désespérés par moments, en une fois, étant en haut, tout a changé du tout au tout. On était tout heureux, on se sentait tout high, tout victorieux, tout satisfaits!
Le reste du chemin était plat. Vu qu'on crevait de faim, on s'est presque mis à courir le long des champs de patates pour arriver à Cabanacondé. On a croisé un villageois qui se promenait dans les premiers rayons du soleil avec son chien et...sa radiocassette portative en bandoulière, dont émanait une musique de flûte andine.
A Cabanacondé, inutile de dire qu'on s'est empiffrés de pain, avec une soupe brûlante et de la mate de coca. Le soleil se levait sur Cabanacondé, les habitants se rendaient dans les champs ou je ne sais où. Qu'est ce que cette lumière était belle...J'ai mitraillé les photos. 
On était quand même un peu sonnés. C'était marrant, on mangeait tous en se regardant les uns les autres, tout engourdis, mais personne ne pétait un mot. On parlait juste du regard, on était comme envoûtés par cette expérience qu'on venait de vivre.
On est ensuite partis en bus pour la « cruz del condor », un endroit où sont censés nicher les oiseaux sacrés symboles du pays. On est resté plus d'une heure, on en a juste vu au loin. Il devait être trop tôt.
Au retour, on est passé par Chivay, un petit village entre Cabanacondé et Arequipa. Tout calme, tout petit, tout propre, tout beau, on est resté glander là-bas puis, en début d'après-midi, on a repris la route pour Arequipa.
Dans le bus, une TV à tue tête avec, en boucle, les clips de la chanteuse traditionnelle locale « Anita de Colca ». Habillée en costume folklorique local, elle déambule dans chacune de ses vidéos en cueillant des fleurs, en mangeant des mangues, en dansant en ondulant légèrement le bassin, toujours entourée de ses musiciens la regardant avec admiration. De temps en temps, elle leur lâche un baiser et continue sa chanson. Trop marrant la vidéo...même si elle était à tue-tête, elle ne nous a pas empêchés de ronfler grave jusqu'à l'arrêt de bus d'Arequipa. On est arrivé vers 17 heures. Ce soir, on se retrouve pour aller manger un dernier bout ensemble. Demain, Rosa repart à Cabanacondé, les Français montent dans le nord et je file vers Puno, au Lac Titicaca. La nuit sera bonne, très bonne !
PEROU 9. PUNO
Festival ...à 200 mètres du Titicaca
vendredi 4 novembre 2005 23:44:18
Yesssss! Je suis encore une fois super bien tombé. Je suis arrivé à Puno cet après-midi.
Puno, c'est la dernière grosse ville péruvienne aux bords du lac Titicaca. On est à 3800 mètres d'altitude. Apres m'être fait assaillir par les rabatteurs d'hôtels et les taxis plus insistants les uns que les autres, je trouve un petit hôtel tout mignon et même pas cher, avec, quel luxe , une douche et une toilette dans la chambre, avec eau chaude! Yep!
La nuit ici, ça caille donc c'est nécessaire. La nana de l'hôtel me dit que j'ai de la chance d'avoir encore trouvé une chambre chez elle car tous les hôtels de la ville sont complets...c'est le festival de Puno du 3 au 7 novembre! En plus, je suis tombé ici par hasard à ces dates, c'est trop cool. Par contre, question altitude, on le sent. Ca doit aussi être lié à la fatigue du trek mais là, je le sens vraiment. Anyway...on y survit paraît!
Je pensais manger un petit truc et aller ronfler un bon moment puis, en remontant la rue vers le centre ville, un cortège, des couleurs de partout, des gens habillés de toutes sortes de costumes folkloriques, des trompettes, des tambours...c'est le défilé! C'est juste aujourd'hui.
Alors là, pas le choix, passion photo oblige, je me suis rue dans le cortège sans rien avaler.
L'artère principale de la ville est noire de monde, le cortège semble n'en plus finir. Les femmes sont habillées de costumes baroques, de toutes sortes de couleurs différentes mais se regroupent selon les couleurs symboles de leur village. Elles portent le chapeau boule, elles ont les cheveux tressés, la bassin bien proéminant comme toutes les femmes andines d'un certain âge. Elles dansent en faisant des pirouettes sur elles-mêmes toutes en même temps, les hommes jouent la trompette et sont habillés dans toutes sortes de costume à paillettes qui feraient penser à ceux des toréadors, les enfants sont déguisés en singes, en lions, c'est super beau. Le son des trompettes inonde les rues, quelle ambiance! Une femme vient me dire de faire attention à mon sac et à mon appareil photo, qu'on ne me l'arrache pas. Je le savais mais ça fait du bien de se refaire confirmer le danger, c'est toujours rassurant!
La foule s'émousse de plus en plus, je me faufile entre les gens mais je ne me sens pas trop à l'aise avec ce sac derrière mon dos...tout mon matos photo est dedans. Je me suis planté dans un coin, le dos contre un mur pour être sûr qu'on ne plonge pas dans mon sac ou qu'on y insère pas un coup de canif. On m'a dit bien une dizaine de fois pendant le cortège qu'il fallait faire gaffe alors...Puis la fatigue, l'ambiance de cette foule qui immerge l'esprit et la concentration pour prendre de bonnes photos, tout était au rendez-vous pour me faire piquer sans m'en rendre compte.
Là, il est 18 heures, je suis trop nazze, c'est le contrecoup du trek certainement et la montée à 4000 mètres, faut le temps de s'habituer. Demain, je reste à Puno, relax, pour le festival. J'essaierai d'envoyer des photos.
C'est en tout cas génial comment on se sent vivre en voyageant comme ça! Comme ce matin, en plein soleil, à l'arrêt de bus à Arequipa, tout à coup cet accès d'Eveil du soi où je me dis que c'est vraiment trop le pied. Chaque jour de nouvelles découvertes, de nouveaux endroits, de nouvelles surprises, de nouvelles rencontres. Chaque jour est une richesse supplémentaire. Ces découvertes, ces créations photos, ces lettres qui tombent plus vites l'une que les autres tellement tout est inspirant dans ces tranches de vie, quelle full dynamique pour les neurones et pour sa propre âme. Qu'est ce que ça fait du bien de se sentir libre comme un pigeon voyageur au gré du vent! De se sentir totalement libre, tout simplement! YESSSSS!
PEROU 10.LAC TITICACA
Titicaca en fête
dimanche 6 novembre 2005 00:58:49

Les rives du lac Titicaca sont en ébullition...Les fêtes de Puno se terminent aujourd'hui. Je suis dans un cybercafé dans le centre, les rues sont bourrées, le bruit est pas possible aaaaaaaaah...La musique d'un chanteur romantico qui chante « carigno mioooo je sais pas koi », les trompettes dehors, les nanas d'à côté qui rigolent, je sais pas sur quel site elles surfent. Ah oui, boum boum, j'oubliais les tambours ! Bref, c'est l'ambiance mais pour écrire, c'est dur de se concentrer.
Depuis midi, un immense cortège traverse la ville non stop. C’est trop beau.
A 9 heures, j'étais au bord du lac Titicaca. Tout semblait encore calme, juste quelques petites tentes se montaient ça et là pour le dernier jour des fêtes. Pour ce dernier jour, le cortége commence le long de la lagune. C'est le « camino del Incas » comme ils disent, ils retracent en un défilé tous les aspects des mythes incas.

Les dames aux chapeaux boule et aux longues tresses noires se reposent sur les bancs face à l'immensité du lac, les hommes lisent leur journal tranquillos au soleil, d'autres s'en vont faire des tours dans des pédalos en forme de cygnes ou de dauphins. Devant moi, ce lac sans fin, parsemé de touffes de plantes près des berges et rempli de mousse. Derrière moi, la ville de Puno qui s'étale sur une grosse butte ocre et asséchée. Non seulement on est à 4000 mètres d'altitude, mais la ville est en pente, donc quand on s'y promène, on doit encore se taper l'essoufflement des montées! Il fait bon, tout est calme, qu'est ce qu'il est zen ce lac Titicaca!
Le temps passe et, petit à petit, la foule commence à arriver. Le soleil de ces 4000 mètres tape de plus en plus fort. Je rencontre Samuel qui se promène avec sa copine Nina. Ils habitent tous les deux à Puno. Cool, ils parlent anglais! Le cortège commence à 12 heures au port, la foule envahit les lieux en moins de deux. On s'assied sur le rebord du trottoir pour être certains d’y voir quelque chose.
Il n’est même pas 11 heures et l'endroit est noir de monde. Ca grouille dans tous les sens. Des gamins, des tout vieux, des vendeurs de peluches, des marchands de gélatine rose écœurante ou de glaces à l'eau, de chapeaux en papier aussi pour les insolations. On reste là, assis à causer. C'est super chouette, à part qu'il fait de plus en plus chaud et que ça tape la cabessa. Je suis le seul étranger dans le coin où l’on s'est planté, ils commencent tous à me poser 36000 questions et Samuel et sa chica jouent aux interprètes espagnol-ingles.
Vers midi, des hommes et des femmes costumés font irruption dans la foule, ils se font les plus discrets possible et se rendent à l'embarcadère d'où est censé débuter le cortège.
A midi, la tension monte, les gens se mettent à crier le long de la rive, je sais pas trop ce qui se passe, apparemment c'est un problème entre des flics et une femme. Les flics se prennent deux cadavres de bouteilles en plastique sur la tête, la foule crie puis ça se calme et ils s'en vont.
Le cortège démarre. Les tambours frappent sur un rythme super calme, hypnotisant, méditatif. En fermant les yeux, on se croirait presque dans une procession nocturne perdus au milieu de la forêt, il y a des centaines d'années, avec des torches pour seule lumière et des bruits d'animaux étranges au loin avec la Pachamama veillant sur nous.
Les femmes sont habillées en costumes traditionnels « d'époque » on va dire, elles tiennent religieusement des bols en terre cuite dans lesquels sont posées deux ou trois pommes de terres ou des légumes en guise d'offrande à la Terre Mère. D'autres sifflent la corne et portent des masques ou des bonnets plus beaux les uns que les autres. Leurs costumes sont splendides, quel délice esthétique! C'est drôle comment toutes ces visions peuvent réveiller ton imaginaire d'enfant...ça me rappelait les dessins animés de quand on était petits, ou encore toutes ces histoires et mythes des Indiens et des cow boys.
Un homme assez massif domine le cortège de son regard fort et impassible, il porte une immense couronne de plumes blanches sur la tête. Il joue son rôle à fond. Il scande des trucs en quechua. Avec son air noble, il est splendide. Puis, c'est le roi et la reine qui débarquent sur un immense char porté par une dizaine d'hommes en sueur. Le roi se lève et parle à la foule, la reine jette des bonbons aux gens. 
Les gens sont tous de super bonne humeur en plus, c'est super. C'est quand même drôle de constater le contraste existant entre la liberté et l'ouverture de communication et l'ouverture à l'autre, dans un pays comme celui ci et l'Europe. Comme disaient les deux Français lors du trek, nous en Europe, on est vraiment des coincés du Q! Eh c'est vraiment vrai...il suffit de sortir d'Europe et qu'est ce que ça n'a plus rien à voir ! Et dire que, en Europe, lorsque tu te montres trop ouvert ou communicatif, on en vient à te taxer de bizarre.
Le cortège a encore continué dans toute la ville cet après-midi, avec le défilé des différentes écoles. Tous les ninos étaient déguisés par thème par groupe, avec pour chaque groupe, sa propre chorégraphie. Ils dévalaient la rue. Les pauvres, certains avaient l'air tout fatigués. On est resté boire un verre dans le centre avec Samuel et Nina. De la mate de Coca, mais j'ai enchaîné avec du Diamox car je pense que la coca ne suffit plus si haut. L'altitude se ressent vraiment plus ici que lors du trek. L'adaptation dure normalement deux ou trois jours donc normalement demain ce sera bon. Croisons les doigts Incha Allah.
Le mal des montagnes…vraiment étrange comme sensation. T’es fatigué pour un rien, t'as l'impression que ton cerveau fonctionne au ralenti, d'avoir le visage plus joufflu car tu retiens plus d'eau. La nuit, n'en parlons pas, tu te réveilles tout à coup comme en panique car t'as l'impression que t'es gravement en manque d'oxygène, t'as comme l'impression d'étouffer puis tu te raisonnes et ça passe. Mais cette nuit-ci, qu’est ce que j'ai mal dormi, c'était affreux ! La cerise sur ce gâteau des maux d’altitudes était cette irruption de moustiques qui ont commencé à me bouffer les pieds, et cette panne générale d'électricité dans tout l'hôtel dès 21 heures. J'ai dû m'éclairer avec l'écran LCD de mon appareil photo.
La fiesta continue, y a un super bon petit resto chinois tout pas cher près d’ici. Peut être que Samuel et Nina m’y rejoignent dans 30 minutes, mais ce n’est pas certain car Samuel doit étudier. Tests à l'université de Puno la semaine prochaine. Demain, soit je me la fais relax ici soit, si l'adaptation à l'altitude est nickel, je me lance dans les îles du légendaire...lac Titicaca.


























