18.01.2006

CARNET DE VOYAGE

 

    

 

 

PEROU  1.Lima

 Arrivé

 

                                      mardi 25 octobre 2005 00:23:36

 

 

Je suis bien arrivé à Lima. Désolé pour les fautes de frappe mais j’écris sur un clavier latino style avec des codes très bizarres, faudra que je m’y habitue.

Le voyage en avion était assez mouvementé, on a sans cesse dû rattacher les ceintures, mon café s’est même renversé sur la belle robe noire de ma petite voisine italienne.

J’ai passé les 13 heures de Madrid à Lima à côté d’une dame péruvienne d’origine mais mariée à un italien.

Elle était tout aussi gourmande que moi, donc on a fait copain copine avec les hôtesses pour recevoir les doubles rations de pollo rôti sans peste aviaire à chaque fois.

Mon espagnol est vraiment nul mais c’est bien drôle, je me débrouille comme je peux.

Ça doit être horrible à entendre mais finalement miracle, je me fais comprendre, c’est ça le pire, ça va venir encore assez vite je pense. Les dernières heures en avion étaient superbes, vraiment impressionnantes. On a survolé le Brésil, puis l’Amazonie, et en dernier, la cordillère des Andes. Qu’est ce que c’était  beau toutes ces montagnes ! En plus, j’étais à la fenêtre, j’avais jamais vu un spectacle pareil depuis un hublot d’avion. Là, j’ai bel et bien trouvé la famille de Nelly, un de leurs amis m’attendait à l’aéroport avec une pancarte ! Trop marrant de me retrouver ici dans cette foule…puis je cherche, je ne trouve personne mais finalement, je vois un petit bonhomme avec une affiche à mon nom.

Je suis bien arrivé dans la famille, ils sont vraiment adorables, la mamita Nelly est tout gentille et aux petits soins, on cause en espagnol, son fils parle un peu français donc tout va bien. On ne s’est pas pris dans les caprices destructeurs de Wilma, on n’a pas croisé de pic meurtrier dans la cordillère, I’m still alive donc, même si j’avais quelques appréhensions avec ce trip en avion !

J’enverrai encore des news de Lima, je vais rester 2-3 jours ici je pense.

 

Besos de sud America.

   

 


 

  PEROU  2. LIMA

 Ola de Lima de chez Mama Nelly

 

                                    mercredi 26 octobre 2005 00:23:36

 

 

Ola di Lima ! Je peux avoir l’ordinateur pendant une heure, donc j’en profite pour écrire un petit message à l’heure où tout le monde doit dormir en Europe.

Je suis tombé dans une famille habitant en banlieue de Lima via un site internet. La maman vit ici, leur fille Carmen est en France avec un Français. Mama Nelly a ouvert, au premier étage de sa maison, un genre de mini cybercafé avec cinq ordinateurs où tous les gosses du quartier viennent jouer aux jeux vidéo. Aussi, y a Internet sur deux des ordis. Elle se fait son petit business comme ça, en plus du fait quelle loue des chambres aux voyageurs de passage.

La maman s’appelle Nelly, elle est vraiment super gentille. Elle ne parle que espagnol, alors on se débrouille. Une de ses cousines parle l’anglais « un poco », elle sert de translator et ça marche. Là, je suis dans la salle avec tous les gamins qui jouent au jeu vidéo, autant dire qu’il y a de l’ambiance !

Aujourd’hui, on a été se promener dans le centre de Lima, avec Rubi, la cousine de Nelly qui a mon âge. Une vraie guappa chica latina, elle est vraiment marrante. On a vu la classique plazza de armas, les églises du centre, puis les superbes catacombes avec leur odeur de cadavre et de renfermé oui envahissaient les narines dès l’entrée.

Les Péruviens? Ils sont tout petits, ils sont vraiment marrant quoique réservés, mais une fois qu’on leur parle, on les sent beaucoup plus « olé olé » qu’en Asie par exemple. Pour les premières impressions…

Les femmes sont mignonnes et souriantes pour les mamas, les jeunes semblent très ouvertes, toujours prêtes au sourire, les contacts se font hyper facilement. En rue, on ne te colle pas pour tout et n’importe quoi. Enfin...je suis resté dans la capitale finalement. On verra bien pour la suite. Le centre ville est hyper clean...j’osais même pas jeter un mégot à terre, j’allais les mettre dans les poubelles! Apparemment, à lima, les pickpockets seraient les rois mais j’ai rien vu de vraiment anormal, ça va. Juste qu’il faudra sans doute rester sans cesse prudent.

Demain, je pars sur Ica, une oasis en plein désert de sable, pas loin de la mer, un truc assez bizarre à comprendre. Allez voir les photos sur google. Je quitte vers 6 heures du matin, je reviendrai plutôt à Lima vers la fin car là, j’ai envie de me retrouver dans autre chose que dans une grande ville.

 

J’ai besoin d’air!

 

     

 

 


 

 

PEROU  3. HUACACINA

Que bello !

 

                     jeudi 27 octobre 2005 00:18:18

 

 

Je suis à Huacacina, dans un petit cybercafé au fond d’un restaurant perdu au milieu d’immenses dunes de sable. J’espère juste que l’ordi ne va pas me lâcher avant la fin du message, car l’écran n’arrête pas de clignoter.  J’ai quitté Lima ce midi. Nelly, la maman péruvienne chez qui je logeais, m’a conduit à la station des bus. Elle est vraiment adorable, une super bonne adresse à recommander à tout qui passe à Lima. Je retournerai chez elle à la fin du voyage, avant de rentrer en Belgique depuis Lima en décembre. Le centre de Lima est propre, mais le reste... On dirait vraiment que les soins sont apportés au quartier de la plazza de armas et des différents musées et cathédrales qui l’entourent, mais que le reste demeure sans importance. Quelle pollution, quel chaos dans le trafic, mamamyia, ça me donnait un petit arrière goût d’Inde tout à coup.

J’ai pris le bus vers midi, no problem, je reste vigilant mais après tout, je crois quand même que les guides exagèrent à propos des questions de sécurité. Le Pérou doit être un pays comme les autres, il faut juste faire gaffe comme partout et ne pas tenter le diable.  La route jusqu’ici était vraiment trop speece. A peine quitté Lima, on entre dans une espèce de pampa désertique et désolée, sans la moindre végétation, comme une route goudronnée en plein désert. Etrange ce changement total de paysage... juste des montagnes ocres au loin et des étendues désertes à perte de vue.

Sur le bord de la route, plein de toutes petites maisons, comme de petites chapelles miniatures, avec des croix et des fleurs en plastique à l’intérieur...elles doivent être là en mémoire d’accidentés de la route. A gauche, les montagnes au loin et le désert, et juste à droite, l’océan. On traverse de temps en temps une bourgade semblant abandonnée. Les maisons au bord de la route n’ont pas d’étages, elles sont décrépies, les couleurs pétantes des murs sont cachées sous la poussière du temps, le plâtre tombe, quand il y en a ...

Les façades de certaines sont faites uniquement de briques, sans aucune finition ni peinture. Puis, des grappes de maisons de pailles ou de je ne sais quoi, en pleine zone aride perdue au milieu de nulle part. On dirait des bidonvilles délaissés du monde, sans la moindre âme à la ronde.

Je croyais au début qu’il s’agissait d’entrepôts, mais soudain des enfants, des femmes en sortent. C’était bel et bien des habitations. Aussi, plein, mais plein de restaurants désaffectés, grilles fermées, qui ne doivent plus avoir ouvert depuis des mois voire des années. Un peu comme un décor de farwest abandonné aux caprices du temps, renfermant des secrets qui auraient été trop bien gardés, au point de se faire oublier.

D’autres bourgades avec davantage de traces humaines, avec des slogans politiques peints en spanish et en géant sur les murs des maisons. Les slogans mangent toute la façade, on ne peut pas les louper. « Fujimori a la election 2006 » (...), « si a la regionalisation »... ils n’ont apparemment pas peur ici d’afficher leurs couleurs. Ca ferait encore de bons scénarios pour les demandes d’asile tout ça je trouve. Non?

Dans le ciel, des aigles ou des oiseaux du genre. De temps en temps, on trouve un épouvantail au sommet des dunes de sable géantes qui bordent la mer, pour les écarter.

Les Péruviens aiment la musique et le bruit. Dans le bus, on s’est tapé en boucle trois films soi disant comiques américains avec « Jim Carey », à tue tête. Quelle horreur, et quelle bêtise! En plus, personne ne regarde, ça doit être pour tenir le chauffeur éveillé!

Aussi, chez Nelly ou encore ici dans le cybercafé, c’est la musique à fond, on trouve toutes les chansons pop commerciales que l’on entendait chez nous, avec peut être un an de décalage.

La fille de Nelly, qui vit en France depuis 9 mois, a dit à sa mère que l’ambiance du Pérou lui manquait. Elle trouve qu’en France, là ou elle vit, ça ressemble à un « cemeterio ». Personne ne bouge, tout est calme, pas de musique débordant dans les rues, pas d’éclats de rire à travers les fenêtres ou dans les rues.

On devait être à quelques kilomètres de Ica quand tout à coup, on sent le bus faire un géant et violent bond en avant. Le véhicule s’arrête. Un crash....le camion de derrière n’a pas pu freiner. Il a emboîté notre bus, qui a lui-même emboîté la misérable petite voiture qui se trouvait devant nous. Elle avait dû freiner subitement je ne sais pas trop pourquoi. L’arrière de la petite voiture était complètement défoncé, le camion de derrière aussi, il pissait je ne sais quoi donc tout le monde s’est quand même écarté par peur d’un feu de joie  surprise du camion de légumes de derrière. Heureusement, pas de blessés ! Le seul hic est qu’on était loin de tout et que passer la nuit dans les sables, c’était pas très excitant! On a finalement attendu le bus pendant une petite heure sur le bord de la route, puis on a tous embarqué dans un autre bus qui passait. Encore une bonne heure serrés comme des poules dans ce bus et on était à Ica. Là, j’ai continué en taxi jusqu’à la lagune de Huacacina.

 

 

Huacacina est une oasis perdue au milieu d’immenses dunes de sable, dont la lagune est censée posséder de miraculeuses propriétés curatives. En tout cas, c’est pas la couleur verdâtre de son eau stagnante qui inciterait à se jeter dedans. Tout autour, des dunes immenses, dignes du sud marocain. C’est trop classe!

Demain, je serai dans le sable avec le lever de soleil pour en capter les premiers rayons en photos! Les dunes sont apparemment très hautes, et vu qu’au Maroc, on s’était arrêtés sans souffle à la moitié, je ne garantis pas d’arriver au sommet.  

Mon spanish s’améliore d’heure en heure, j’ai même entendu aujourd’hui que je parlais « mui bien ». Qu’est ce que ce sera demain ? Les gens sont vraiment adorables. Surtout les femmes, qu’elles soient jeunes, mûres ou âgées, elles sont beaucoup plus souriantes et amusantes que les hommes, qui ont l’air davantage endormis en général.  So, il doit être 20 heures. Il fait noir, je vois juste cette silhouette grandiose des dunes qui s’étire là sur ma gauche. Superbe décor, avec une odeur de feu de bois qui vient de je ne sais où, et cette merengue qui fait basculer mes doigts sur le clavier. Quel décor de rêve ! Eh oui... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 PEROU  4. HUACACINA

El deserto peruviano

 

                       vendredi 28 octobre 2005 01:51:55

  

Bip bip, il est six heures, le réveil sonne. Quelques minutes plus tard, je me retrouve le long de la lagune, seul sans une âme à la ronde. Une brume couvre le ciel. Elle rend le décor encore plus mystérieux. Le désert est à moi...

Les immenses montagnes des dunes s’élèvent là juste devant. Comment les aborder ? Au Maroc, on était restés bloqués à la moitié tellement on était à bout de souffle en les escaladant. Et la fois où l’on était arrivés au sommet, c’était presque la crise cardiaque!

J’ai été à mon aise, le soleil était de toute façon déjà levé. Personne, vraiment personne... Je me serais attendu à voir d’autres gens gravir ces buttes au lever de soleil mais non, tout était mort. Au sommet, d’immenses plaines de sable avec des dunes galopant plus loin. Des dunes, encore des dunes, dansant en toutes sortes de courbes inspirant une forme étrange de sensualité. Tout à coup, ce silence, cet absolu qui envahit. Quel bonheur de le retrouver depuis la dernière fois. Juste le bruit de mon sac qui se frotte contre mon dos et celui des mes pas qui se noient dans le sable. En m’arrêtant, comme une impression d’avoir mis des boules quiès, tellement ce silence est profond et limpide.

 

La lagune de Huacacina est comme nichée au milieu d’un cratère de volcan, à part que ce sont de douces dunes de sable qui l’entourent. Comme un oeuf sur le plat où le jaune serait la lagune, dans le creux du sable qui en serait le blanc. Vu de haut, c’est vraiment splendide, cette « fouffe » de verdure sortie de nulle part !

 

Je continue à marcher en prenant quand même quelques repères pour ne pas me retaper des buttes de sable inutiles au retour. Bloups, je crois avoir aperçu un chien errant au loin. Euh...eh oui, c’en était bien un, mais il est parti se faufiler je ne sais pas trop où. Bref, pas de raisons de s’exciter ou de lui servir de nourriture qu’il n’aura certainement pas trouvé dans sa ronde nocturne et solitaire.

Ce désert qui appelle, qui attire, qui suspend totalement le temps, qui transforme son visiteur. Cette cassure d’avec tout le reste, cette impression de se retrouver intégralement juste soi, son esprit et sa matière dans l’immensité. Cette prise de conscience de sa vulnérabilité et, paradoxalement, cette impression de toute puissance et d’éternité que je retrouve à chaque fois que je me perds dans un endroit pareil. Comme un repère finalement ce désert, comme tous les autres endroits de désert solitaire. On sait que ce silence et que cette éternité seront toujours présents, qu’on les retrouvera sans nul doute en revenant simplement vers eux, quoi qu’il ait pu se passer entre temps en l’existence.

Ce sentiment de paix. Cette envie de vouloir s’enfouir dans les sables et de se confondre avec ces particules granuleuses.

La lagune de Huacacina est vraiment paisible, les Péruviens y viennent en excursion, en famille, beaucoup d’écoles s’y rendent aussi, mme depuis le tout nord du pays! Le ninos jouent dans l’eau, les mamans se prélassent et font des roulis sur la rive pendant que leurs hommes regardent le tout trankillos en discutant. Puis des groupes de petits muchachos qui passent et qui te saluent. Ils viennent tous te serrer la main, tout fiers et intrigués d’avoir parlé à un étranger. Quand ils me voient avec l’appareil photo, ils me demandent de les prendre en photo et c’est à chaque fois l’émeute. Quand leur prof arrive, elle ne s’énerve pas, elle vient se joindre à eux. Elle pose aussi d’elle même en s’amusant pour les photos. Je ne sais pas qui dit qu’au Pérou, il est difficile de faire des photos des gens, car j’en ai déjà fait trop pleins, ils ont vraiment l’air ok avec ça. Tant mieux car les portraits des gens sont en général les plus beaux clichés!

Vers midi, la chaleur est devenue écrasante, je me suis déjà tapé un super coup de soleil en moins d’une heure. Vive la biafine! La nuit par contre, il fait très froid. Tu te réveilles en plein milieu de la nuit et dois te rhabiller, remettre un gros pull en plein sommeil. Très speece comme impression, alors qu’au coucher, tu t’endors quasiment sans rien.

Quel bonheur de se retrouver dans le soleil en plein air, avec de telles étendues, vraiment, on se sent vivre! C’est marrant comment se retrouver dans un nouveau décor en vient à stimuler les neurones. J’écris tout le temps dans mes carnets. Sur le pays, sur tout et sur rien. Aussi, cette inspiration photographique qui me revient comme à chaque fois que je me retrouve ailleurs...quel plaisir de sentir ces petites créations comme ça là, sortir de soi, ça fait trop de bien!

Demain, je reste encore ici et je quitte vers 18 heures en bus pour Nazca, où se trouvent les plaines arides avec ces mystérieuses lignes découvertes au début du siècle passé. On les survole en avion. Mais avant ça, encore une bonne journée dans l’immensité des sables péruviens.

Kot kot kot, je ne sais pas trop ce qui se passe en Europe avec la grippe aviaire mais, en tout cas ici, tout le monde ne mange que du pollo. Donc no stress. Les plumes dangereuses ne sont apparemment pas encore arrivées jusqu’ici ! Kot kot kot !

 

 

 


 

 

    PEROU  5.  NAZCA

Les formes de Nazca.

Mmmmmm....et cet avion en papier !

 

samedi 29 octobre 2005 18:26:44

 

   

Eh non, l'avion ne s'est pas crashé! Je suis à Nazca, le trou perdu dans la pampa aride du sud péruvien, connu pour ses fameuses lignes perdues au milieu de nulle part, héritage de la culture pré-inca des Nazcas. Leur signification et leur but sont encore ignorés aujourd’hui.

C’est au début 1900 qu'une archéologue allemande, Maria Reiche, les aperçoit par hasard en survolant la région. On trouve, gravés dans le sol, un lézard de 180 mètres de long, un singe, un condor, une silhouette humaine, un colibri, un chien...les dessins auraient été réalisés par les Paracas et les Incas en 900 avant Jésus Christ. Elles sont toujours là, toute bien tracées, c'est terrible à voir!

Certains disent que ces lignes ont été faites pour attirer l'attention des dieux vers la Terre et pour donner la pluie aux hommes. D'autres disent qu’il s’agit d'un calendrier d'astronomie pour diriger les périodes de moisson. On dit aussi qu'il s'agirait de pistes d'atterrissage pour les extra terrestres. Les lignes ont été faites en enlevant les grosses pierres noires présentes au sol et en les mettant juste sur le côté, de manière à former des dessins grâce à la terre présente sous les pierres et qui est elle, beaucoup plus claire.

Evidemment, on ne peut pas se rendre à pied sur le site, par souci de le préserver. De toute façon, du sol, on y verrait probablement rien.

Le seul moyen d’observer les formes mystérieuses est de...prendre un petit coucou volant pour survoler les lignes pendant une petite heure. Ce matin j'y étais, dans ce petit aéroport de campagne avec ses petits cesna où je ne sais pas trop quoi comme modèle d'avions dans le genre papier mâché.

A l'intérieur, on se serait cru à la foire. Ca bougeait dans tous les sens, j'avais plutôt l'impression, en tout cas au décollage, d'être entré dans une voiture qui roulait sur une route montagneuse. C’était très marrant, mais en regardant en bas…dire qu’on ne dépend plus que de ce petit machin de métal, minuscule face à ces immenses monts de pierres. Heureusement qu’ils avaient prévenu de ne pas manger avant de partir! Pendant le vol, les photos ont déplacé le centre d'attention et c'est passé sans aucun problème. Le pilote était vraiment marrant, il a donné des sacs plastique à tout le monde une fois dans la cabine, juste au cas où. C'était un avion 4 places, j’étais avec deux Suédois qui sont revenus blancs comme ce clavier Qwerty péruvien.

 

 

En haut, franchement génial! Surtout quand on connaît tout le contexte et l'histoire de ces lignes, ça faisait rêver. On pouvait presque entendre le rythme des musique des cérémonies incas dans le moteur grinçant de l'avion, et devenir le témoin de ce mystère digne des Cités d'or des ninos.

Mes photos sont nickels, j’en ai pris de super bonnes au téléobjectif. Je mitraille, je mitraille puis zoup, je dois en refaire une car la ligne d'horizon a subitement basculé et moi avec. Ce n’était qu'une turbulence. Tranquillo !

J’enverrais bien quelques photos mais j’ai pas encore gravé le cd de ce matin. Au retour, rien de tel qu’un bon desayuno peruano : du riz avec du poisson frit et un café. Apparemment, c’est l’habitude ici, alors allons-y ! Le tout sous un air de lambada dans un petit bui-bui, avec la petite hija de la tenancière qui venait me parler. Je parlais avec sa mama puis, quand elle est partie à l’arrière du resto, un Péruvien de la quarantaine s’est assis à la table d’à côté. Il avait pas l’air très rigolo et portait des grandes lunettes. Puis, la petite fille s’est mise sur le côté en me regardant, elle commençait à me regarder en imitant l'homme et en faisant la forme des lunettes avec ses main sur son visage. Elle était morte de rire, moi avec, tout en essayant de rester discret. J’avais l’impression d’avoir de nouveau cinq ans et ça fait du bien!

Au fait, vous saviez que le thème de la lambada vient de Bolivie ? Au départ, c’était un air d’un groupe traditionnel bolivien. Les Américains l'ont volé avec le groupe Kaoma, faisant passer la mélodie pour brésilienne et en faisant un commerce planétaire. Le groupe bolivien leur a légitimement intenté un procès, mais Kaoma s'en est tiré sans débourser un sol ! Dansado lambada !

Là, il est 13 heures, il fait torride. On est loin de la mer, en plein dans la pampa, ça cuit. L'air est sec et chaud, dehors à cette heure-ci, ça tient pas ! Je vais aller promener au centre ville à la plazza de armas avec Juan, le gars qui tient le petit hôtel avec sa famille, il est marrant. Ce soir, je prends le bus. Je serai demain à l'aube à Arequipa, en altitude mais seulement à 2500 mètres. Après, ça grimpera parfois jusqu’à 5000 !

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

PEROU  6.AREQUIPA

Le bus déchaîné

 

dimanche 30 octobre 2005 22:21:29

 

Je suis à Arequipa depuis ce matin. Mon bus était censé partir à 21h30 hier soir de Nazca. Une heure plus tard, toujours rien... Les autres bus passent, il fait de plus en plus froid, la gare routière se fait déserte. Juste quelques personnes attendent là sans broncher, dans cette gare sombre perdue à la lisière de la pampa. Je vais demander au bonhomme ce qui se passe, il me raconte que le bus arrive dans 10 minutes.

Il est 23 heures, toujours rien. Minuit non plus. Le bus est arrivé à 0h30! La nuit, la température chute super fort alors qu'en journée au soleil, on doit parfois dépasser les trente degrés. Quel contraste ce froid ! Puis rien d’ouvert pour essayer de s'empiffrer avec un petit quelque chose, juste ces autres bus frustrants qui filent le long de la route et toi qui reste comme un Caliméro abandonné sur le bord. Snif snif, c'est injuste.

Ils m’ont expliqué que les transports sont désorganisés ces jours-ci à cause des élections régionales. Tout est complet, il y a aussi des barrages routiers car les gens veulent faire pression comme ils peuvent. Puis tous les Péruviens doivent retourner dans leur lieu d'origine pour y aller voter, donc c’est la foire.

Une fois dans le bus...ça valait la peine d'attendre! Tout le monde se rue à l'intérieur. Après ces trois heures désespérées passées dans le froid de la gare, juste quelques places sont disponibles. La compagnie avait apparemment fait du double booking. J’étais entré un des premiers dans le bus, donc j’ai trouvé un des derniers sièges disponibles. Vu que les Péruviens sont très petits, pas moyen de flanquer mon sac photos entre mes jambes, y a pas de place. J’ai dû le coucher sous le siège. Les rotules bloquées dans le siège avant, et le senior tranquillo qui en plus, une fois que j’étais à peine assis, abaisse son siège au maximum pour dormir. Comme ça il était certain d’avoir bloqué son espace. Mon voisin est endormi. Quand je m’assied, il ouvre les yeux et me regarde avec une tête bizarre. Il pousse un râle étrange puis se remet directement à ronfler lourdement. Le bus venait de Lima et était en route depuis 7 heures déjà. Puis entrent tous les passagers qui avaient payé leur place mais qui n’avaient pas de siège. Ils devaient être une dizaine. J’oubliais de dire que c’était un bus « business class », la classe économico était full. Autrement, il n'y avait plus de bus libres pendant trois jours. Au matin, avant de prendre l'avion, j'avais apparemment raflé un des trois derniers tickets.

Le bus est dans la pénombre, on voit juste ces silhouettes entrer, et les gens commencent à discuter sèchement entre eux à propos des places. Apparemment, l'un est assis à la place de l'autre...ils n’ont pas l’air contents. Le ton monte, encore et encore, un homme gigantesque se lève et se rend chez le chauffeur dans la cabine à l'avant. Il a l'air furax.

En un coup, certains commencent à taper les pieds sur le sol, à frapper aux carreaux, c'était trop marrant, même si je ne savais pas ce qui allait se passer. J'osais même pas sourire car eux n'avaient vraiment pas l'air de vouloir rigoler. Dans un coin et l'autre du bus, ils commençaient à palabrer, je pigeais rien mais c’était à propos des places assises. Le chauffeur est sorti de sa cabine et là, encore une fois, tout le monde recommençait à frapper de plus belle sur le sol et les carreaux, la tension était forte, ça commençait presque à faire peur. Une femme était déchaînée et commençait à hurler sur ce pauvre chauffeur qui n'y pouvait certainement rien. Quand ils s'y mettent ici, ils sont chauds! Le chauffeur a su finalement en caser quatre dans la cabine à l'avant. Les autres ont dû...rester dans le froid de la gare à attendre le bus suivant. Qui passait peut-être à trois heures du matin. Sans doute pour rattraper les heures de retard, le chauffeur a conduit comme un malade, et avec tous ces virages. On ne voyait rien de ce qui se passait dehors, si ce n'est deux monts de sables qui bordaient la route. Heureusement pas de précipice en vue, c'était déjà ça!

Ce matin, vers 7 heures, je me réveille dans ce bus du chaos. Plein soleil dehors, on ne voit au loin plus que des montagnes et des volcans aux sommets enneigés. Le conducteur lance une cassette de musique pour réveiller tout le monde, une espace de compil avec des morceaux traditionnels à la flûte de pan et des chansons d'amour en espagnol. Quel réveil sublime, avec ce paysage et le condor passa qui passait en second lieu sur la cassette. Ca valait le coup de se les geler pendant trois heures à l'arrêt de bus la nuit dernière!

Arequipa est nichée à 2200 mètres d'altitude. Elle est entourée de volcans, dont le plus haut est le El Misti, qui fait 5800 mètres. On le reconnaît car son sommet est enneigé, c'est le plus imposant de tous.

La ville est propre, principalement blanche. L'air est complètement pur, les gens sont vraiment relax. Quand le soleil caresse la peau, on se sent comme une petite odeur de bronzette sous le soleil de montagne ou des sports d'hiver. Ou encore cette odeur de quand on est passé dans un solarium...ça doit être les UV qui sont plus forts.

 

Au centre ville, la plazza de armas. Elle est, comme dans toutes les villes du pays, le centre de la ville, la grande place si on veut. Les gens y donnent à manger aux pigeons, y débattent, y draguent, y lisent le journal, les gosses jouent avec des bulles sous un palmier, un manchot essaie de faire la manche auprès des passants. Je m'assied sur un des bancs de la plazza, puis une vieille dame en costume traditionnel s'assied à côté de moi. Elle porte un tissu rose flamboyant et un chapeau boule, son visage est massif, ses traits burinés par le soleil des montagnes. Ses yeux par contre sont tout pétillants. Elle me parle un peu et quand elle rigole, tout son visage rude se détend. Elle parle le quechua, la langue originelle des indiens, et un peu espagnol. On essaie de se comprendre, ça passe.

 

 

 

Un cireur de chaussures vient s'asseoir à côté de moi. Il me propose de me cirer mes godasses de trek qui sont en tissu. Il est marrant. La dame n'a que 50 ans...elle en paraissait pourtant tellement plus!

 

 

Je suis tombé dans un super hospedaje à 2,5 euros la nuit. Et c'est presque du luxe ! Un genre de vieille bâtisse espagnole aux murs couleur marrakchi, un vieux plancher qui grince et comme une odeur de vieux musée et de cire baignant à l'intérieur. En plus, on peut grimper sur le toit, et quelle vue! On domine toute la ville et on passe en revue les 360 degrés des montagnes et volcans de la région.

 

C'est super beau. Si beau que je me suis endormi là pendant deux heures en plein soleil. J'ai un super coup de soleil.  Aujourd'hui, c'était les élections régionales, tout était fermé, c'est comme un jour férié chez eux. Peu de passants dans les rues sauf sur la place. Juste pas mal de flics un peu partout car ils craignaient les émeutes. Ici, on ne sait apparemment jamais ce qui peut se passer. Il est 18 heures maintenant, j'ai toujours rien entendu. Je suis dans un petit cybercafé près de la plazza. Le soleil baisse petit à petit, c'est vraiment relax.

Demain, j'irai voir le fameux couvent Santa Catalina des nonettes orgiaques, et le musée des sacrifices humains, où se trouve la momie Juanita.

 

 


 

PEROU

7. AREQUIPA

Les nonettes orgiaques et les sacrifices humains...

 

                                                                   lundi 31 octobre 2005 23:31:01

 

Toujours tranquille dans les montagnes d'Arequipa. Aujourd'hui, j'ai été voir ce fameux monastère de Santa Catalina. Il a plus de 500 ans et est l'un des plus importants du Pérou. On se perdrait dans ce une labyrinthe géant, avec ses murs bleu Chefchaouen ou rouges vifs, ses innombrables chambres de nonnes, ses crucifix version gore à tous les coins de rue et ses fleurs, ses fleurs et encore ses fleurs. Au matin, quelle splendeur avec les rayons du soleil qui ne tape pas encore trop fort.

Dès la fondation du monastère, la mère supérieure avait tout compris, elle avait « engagé » les jeunes filles des plus riches familles péruviennes. Il était de coutume que l'aînée de toute bonne famille rentre au couvent. Pour la grâce de dieu, les novices étaient priées d'apporter leur contribution financière magistrale pour entretenir la high life du monastère. Les nonnes vivaient recluses, sans aucun contact avec l'extérieur. Aux murs, des dizaines de tableaux, des intérieurs très confortables pour l’époque, un mobilier raffiné, des salons aux coussins de velours (quoiqu’un peu ravagés par le temps quand même)... Les braves soeurs n'avaient pas l'air de s'ennuyer! Les infos ne disent pas si l'un ou l'autre homme se perdait de temps en temps dans le dédale de ruelles du monastère.

Chaque nonette avait 5 servantes-esclaves, toujours des femmes noires importées du Brésil ou directement d'Afrique. L'élévation spirituelle devait leur être bien intense à ces soeurs!

Puis, après trois siècles de plaisirs et de fastes, une dominicaine austère arriva comme un ouragan au monastère d’Arequipa et tenta de rétablir l'ordre et leurs voeux d'austérité (et de chasteté, qui sait peut être? Aaah sacrées nonettes!). Les esclaves furent libérées et les soeurs durent vivre de manière légèrement moins luxueuse. Quelle hypocrisie tout de même, ces belles religions, non? C'est aussi comme dans ces missions où ils prêchaient la bonne parole et d'aimer son prochain, alors qu'ils massacraient les Indiens en masse ou les réduisaient en esclavage. Le monastère fut ouvert au public vers 1970. Aujourd'hui, une trentaine de religieuses y vivent toujours, isolées du monde.

Arequipa est aussi connue pour sa petite momie Juanita. En 1992, un alpiniste péruvien trouva par hasard sur un sommet des pierres amoncelées lui évoquant l'image d'un mausolée. Il y trouva des offrandes, le tout était près du sommet du volcan El Misti, qui domine la ville de son cratère fumant.

Il se demanda où était le corps, car les Incas étaient connus pour leur sacrifices humains. Le tout était bien sur prisonnier sous la neige et dans les glaces. Il revint avec une équipe, puisque tout était là pour le sacrifice humain, et intact car emprisonné des glaces, sauf le corps. Puis, il eut l'idée de faire rouler des rochers le long de la montagne et de voir où ces rochers allaient s'arrêter, pour avoir ainsi peut être une idée de l'endroit où était tombé le corps avec les années et la fonte des glaces de surface. Puis voilà, emprisonnée sous d'autres glaces plus récentes, il trouva la momie et décida de l'appeler Juanita.

C'était une petite fille de 12-14 ans, en presque parfait était de conservation, qui avait été victime d'un sacrifice humain fait au volcan El Misti. Les Incas pensaient qu'en offrant ainsi leurs enfants à la nature, celle-ci se montrerait plus clémente. La pauvre petite momie fut déshabillée, scannée aux x-ray sous toutes ses formes. Ils découvrirent un enfoncement sur sa tempe droite. Elle devait avoir été tuée d'un coup de massue. La petite momie est en parfait état de conservation au musée des sacrifices andins, dans le centre d’Arequipa près de la plazza. Vraiment bizarre à voir...la peau y est encore, les cheveux, les dents, elle n’est juste plus très fraîche la pauvre petite fille. Evidement, on ne pouvait pas prendre de photo, question juridique mais aussi de précaution de conservation del mumia.

Ce soir...c'est Halloween ! Chez vous aussi sans doute. Ben c'est contagieux, même ici ils le fêtent. On trouve des potirons en plastique sur les tables de certains restos, des gens déguisés, comme ces deux nanas péruviennes à l'entrée d'un bar ici. L'une en Hawaïenne, l'autre en infirmière avec une mini jupe vraiment arradlatoffa. C'est drôle ce contraste à propos de la condition de la femme, par rapport aux pays musulmans, hindous ou d'Asie par lesquels je suis précédemment passé. La femme ici a l’air (en tout cas « a l’air ») tellement plus émancipée, libre, ouverte. Elles ont même l'air plus dynamiques que les hommes parfois! Comme ce journal local que j'ai vu dans un kiosque à Nazca, avec le cul nu d'une femme en première page, avec écrit en grand « bombom caliente ». Ce n’était même pas une revue érotique, car l'autre grand titre portait sur les élections régionales qui ont eu lieu hier!

Je suis dans un cybercafé au bord de la plazza de armas. C'est la fête ce soir, ils ont monté deux géants podiums et les concerts ont déjà commencé de part et d'autre de la place, qui n'est même pas si grande. Ils sont situés l'un en face de l'autre, alors je me demande bien la cacophonie que ça va devenir lorsqu'ils vont jouer tous en même temps. Je checkerai en sortant, en tout cas y a l’air d'avoir de l'ambiance!

Demain, je pars pour trois jours en trek dans la vallée de Colca. Gravir les montagnes, se faufiler dans les mini jungles, gravir une partie du El Misti, trouver des geysers, éviter les condors sin pasa, plonger dans les cascades d'eau chaude…un programme trop excitant, le tout dans des canyons des plus profonds du monde!

Je pars avec une guidesse (oui, une femme ! Quand je dis que les femmes sont très actives ici!) et un couple de Français. A 6 heures du matin, we're going. On revient à Arequipa le 3 dans l'après-midi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

PEROU  8.AREQUIPA -

CANYON DE COLCA

 La furia fiesta et le trek majestueux du canyon de Colca...

 

                                                   vendredi 4 novembre 2005 01:03:05

 

La nuit du 31 octobre, celle avant le trek, c'était la fête de ...Halloween. Apparemment, la coutume américaine est même parvenue jusqu'ici! Au coucher du soleil, dans les rues d'Arequipa, los ninos étaient déjà déguisés avec des citrouilles sur la tête ou avec des bonnets de sorcière, l'ambiance commençait à chauffer dans les rues! Ils venaient demander des caramels à tout le monde, c'était tout mignon.

A 20 heures, j'avais rendez vous avec Rosa, la guide de trek avec qui je partais le lendemain. On avait fait connaissance à l'agence et elle m'avait proposé de venir faire la fiesta avec elle, ses copains et ses copines pour Halloween. A 20 heures pile, j'étais comme convenu au milieu de la plazza de armas, noire de monde et inondée de musique venant des deux concerts jouant simultanément l'un en face de l'autre. Elle était là avec sa bande de copains, tous plus ou moins de mon âge ou un peu plus âgés. C'était parti pour passer une super soirée dans la totale allegria!

On s'est retrouvé dans un bar disco super cool, cerveza et « pisco sour » à volonté, musique terrible, des rythmes meilleurs les uns que les autres, ambiance mui mui caliente, la totale! Rosa parle parfaitement anglais, ses potes aussi. Cool! Enfin possibilité de s'exprimer de manière un peu plus complète et sans avoir constamment l'impression de marcher sur des oeufs en espagnol en ouvrant la bouche! On a pu causer vraiment à l'aise.

Et quelle ambiance dans ces boites latinos! Déjà en 1999, au Mexique j'avais passé les meilleures soirées en boite de ma vie, et je n'ai d'ailleurs toujours pas change d'avis. Les gens sont ici tellement plus spontanés, plus festifs, ils s'amusent...réellement! Pas comme ce genre de boite faussement extasiée à l'européenne où l'on danse raides comme des piquets en regardant dans le vide et où les rires et l'amusement ne semblent même pas y être.

Ici, c'est natural high! La musique venait de partout, des bars, des voitures parquées sur les trottoirs avec la radiocassette à fond à l'intérieur pour inonder les alentours, des gens qui commencent à danser spontanément en plein milieu du trottoir, les embouteillages, les klaxons à n'en plus finir et interférant avec les autres rythmes endiablés des discothèques et cafés. Principalement des jeunes, bien sûr, tous le sourire aux lèvres, puis tous curieux de venir te demander « tu pais? » à chaque fois. Vraiment trop cool.

Ils ont un apparemment tout nouveau style de musique qui fait fureur ici, c'est la techno kumbia, un mélange de techno avec des instruments et rythmes traditionnels du nord Pérou et du Brésil. Qu'est ce que j'adore ces moments passés en boite où tu te laisses complètement emporter par la musique, ce genre d'instants où les basses t'envahissent et où le corps se trouve un autre moyen d'expression, par le simple mouvement.

Tout à coup, vers minuit, c'était le bal des sorcières, Halloween oblige. Elles dansaient sur le bar en mini-jupe avec des masques au nez crochu, la Mort était là aussi, avec sa faucille qui pointait en basculant au milieu de la piste de danse. D'autres étaient déguisés en poussins, en infirmières (je ne sais pas ce qu'ils ont ici avec les infirmières mais il y en avait plein), en clown, en Marylin Manson. Aussi, des travelos sans le moindre complexe aux perruques fluorescentes, des martiens, d'autres encore en tenue d'escrime etc...Puis, toutes ces chicas toutes excitées de voir un étranger au milieu de la foule, à mourir de rire. Ces gens qui sortaient de partout et qui inondaient les rues dans un chaos pas possible, alors qu'Arequipa semble si calme en journée. Le tout avec le volcan El Misti à l'arrière plan... La totale!

A réveil, à 5 heures du matin, la musique venait à peine de se terminer. J'avais une chambre donnant sur la rue et soudain, j’entends des bruits de verres se casser, des hommes crier, j'ouvre la fenêtre et...tout le monde était en train de se taper dessus! L'émeute générale...il n'y avait plus que des hommes en rue, certainement complètement bourrés. Quelques vieilles dames vendaient des hamburgers ou je ne sais quoi sur de petits chariots. Cette manière de terminer la nuit fait peut être aussi partie de la fête ici.

A 6 heures, je suis passé à travers cette foule titubante pour me rendre à l'agence de trek et ouf, je suis apparemment passe inaperçu.

Avec Rosa, on s'est rendus à la gare routière en dehors d'Arequipa. Pour gagner les abords des canyons de la région, il nous fallait primo faire 4 heures de bus. Avec une légère gueule de bois...c'était assez spécial mais bon, ça allait! On s'est retrouvé avec Rosa et un couple de Toulousains super marrants. J'étais bien tombé, car dans ce genre d' « excursions », on peut tout aussi bien tomber sur des touristes chiants qui s'arrêtent tous les kilomètres car ils ont mal aux jambes ou ailleurs.

On s'engouffre dans le bus, on rafle quelques unes des dernières places assises. Le bus se remplit comme un oeuf, il est vieillot et prêt à exploser. Anyway, vu la fête de la veille, c'était pas très important tout ça à 6 heures du matin.

Soudain, avant de partir, une femme frappe au carreau alors qu'on était encore sur le parking des bus. Elle vend des bouteilles de « mate de coca », des infusions de feuilles de coca, idéal pour l'adaptation au mal des montagnes. Et voilà, je faisais mon baptême de coca andin. Enfin non, le premier jour, à l'atterrissage a Lima, Nelly m'en avait déjà préparé un avant de dormir. Chiquer la coca ou la boire sous forme d'infusion est ici totalement légal. D'ailleurs, tous les andins en consomment au quotidien, rien de tel que pour s’adapter à l'altitude.

 

 

On en trouve d'ailleurs partout. Dans les bui-buis, en altitude, au lieu de te servir une cruche d'eau, on t'apporte d'office de la mate de coca, ce thé bourré de feuilles vertes qui énergise les muscles et le cerveau en haute altitude. Par contre, il est interdit d'en exporter hors du pays. Evidemment...Ce n'est qu'après un traitement savant que la coca donne la cocaïne, mais es effets avant cette préparation ne sont pas du tout les mêmes.

On en a bu et mâché souvent pendant le trek, et même à 4600 mètres, presque aucun symptôme de mal des montagnes. Bien meilleur que le diurétique Diamox qui m'aurait fait pisser tous les quarts d'heure!

 

On est monté jusque 4600 mètres. De ma vie, je n’étais jamais allé aussi haut je pense.

On a roulé jusque Cabanacondé, une petite bourgade aux abords des canyons. Le canyon de Colca est le canyon le plus profond du monde, après le Colorado. En fait non, pour être totalement juste, il y en a un autre qui le dépasse de 12 mètres juste à côté. Mais les Péruviens restent donc les deuxièmes au monde.

La route pour arriver à Cabanacondé était affreuse, on aurait dit qu'on y avait fait sauter des mines tous les 20 mètres tellement elle était cabossée, enfoncée, creusée. Le bus était bourré, de temps en temps il semblait basculer de manière douteuse un peu trop vers la gauche ou la droite.

Tout s'est finalement bien passé. Et quels paysages! Des montagnes aux sommets enneigés au loin, des pampas ocre et arides juste devant toi et soudain…un troupeau d'alpagas. Eh oui, ce sont les premiers alpagas que je vois du voyage! Une espèce de mélange entre un chameau et un mouton. Typique des Andes...

 

Cabanacondé est perchée à 3600 mètres, une sorte de petit village perdu du monde, là en haut de la montagne. Peut être une centaine de maisons tout au plus. Des paysages asséchés, des cactus parsemés ça et là, des mules se promenant dans les rues.

 

 

Il est 12 heures, il fait pétant de chaud...on commence la marche. Là, pas un bruit, à part celui du vent. Personne à la ronde, et ce canyon que l'on découvre dès la sortie du village. Immense, mais immensément profond. Vraiment, un paysage à couper le souffle.Terrible!

On trottait à l'aise, c'était encore assez facile au début, les montées n'étaient pas encore trop fortes.

On est ensuite descendus dans le canyon. Des chemins de maximum 80 centimètres de large, bourrés de petits cailloux, bordés de cactus et de ravins qui, eux aussi, sont remplis de cactus. Donc en tombant, soit on glisse tout en bas, soit on se fait crucifier dans un cactus et on s'arrête définitivement là.

De temps en temps, un troupeau de mules croise notre route sur ces chemins minuscules. Les pauvres, elles sont chargées au maximum et restent le seul moyen pour les habitants perchés dans la vallée de s'approvisionner.

Leur maître, homme ou femme parfois, est tout souriant. On se met à l'écart sur le passage. Rosa leur cause à chaque fois un peu. Elle est connue dans la région puisqu’elle y fait des treks depuis maintenant deux ans. Elle a 24 ans aujourd'hui.

Le temps passe et on commence à le sentir dans les jambes. Dans le dos, même dans les bras...ça devient dur! Juste que, très étrangement, on n’avait aucun problème d'essoufflement exagéré qui aurait été dû à l'altitude! Gracias à la mate de coca! Les deux Français en avaient une bonne poignée dans leur sac. Ils sont montés jusque 5000 mètres près de Cuzco, sans le moindre problème.

Après une pente bien trop raide, on a descendu presque à pic pour finalement tomber sur une rivière bordée de geysers. L'eau est bouillante, même pas moyen d' y mettre un pied...fallait se rendre quelques dizaines de mètres en contrebas pour que la température de l'eau devienne raisonnable, on se serait crus dans un bain bien chauffé en plein hiver! Vers la fin de la journée, sans doute que c'était lié au premier jour, on était complètement à la masse. Des crampes aux jambes, au dos, partout, le cerveau stoned et enfoncé dans les chaussures, mais l'ambiance était au rendez-vous. On a vraiment formé une bonne équipe à quatre. Ah, j'oubliais de dire que, sur les cinq personne peut être qu'on a croisées le premier jour dans le canyon, quatre avaient en bandoulière une espèce de radiocassette avec de la musique festive latina. Quand je disais qu'ici, la musique est partout...vraiment partout!

On est arrivé au campement vers 17h30, peu avant la tombée de la nuit. Complètement stoned, on ne voulait plus faire un pas. On est bien resté une demi heure à réaliser que oui, on y était. Franchement, de tous les treks que j'ai fait, celui-ci était le plus exigeant. Et encore...le pire restait à venir!

En contrebas du campement, cette rivière aux geysers magiques, où ils ont aménagé une espèce de petite piscine faite de rochers entreposés les uns à côté des autres afin de créer un bassin. On a hésité à deux fois à encore se taper une centaine de marches aller-retour pour aller plonger dans la rivière, mais c'était soit ça pour se laver, soit le robinet d'eau glacée qui coulait à côté des huttes. On n’a donc pas hésité longtemps. Quel bonheur ! On avait pas de maillot, donc on s'est tous baigné en caleçon (était-ce une façon « diplomatique » de discrètement se le laver? Euh…je ne sais pas). Aussi, on avait des pilules de micropur mais le problème était que l'eau restait encore pleine de petites algues miniatures. On l'a donc...filtrée avec une petite culotte propre de la copine française Julie. On trouve toujours une solution à tout!

Le jour se couchait, on était juste là, dans ces eaux tièdes, en pleine rivière au fond d'un canyon, à contempler le soleil disparaître derrière ses flancs...une pure magie. Au sortir de l'eau, c’était autre chose car on avait pas d'essuie et ici, une fois que le soleil se couche la température chute subitement et tout devient glacial. Anyway, on était du coup vite remonté au campement! 

 

 

Le petit monsieur qui tient le campement, Eduardo, un vieil homme tout ridé à la mine montagnarde, avait fait la chasse aux chats des forêts. Une espèce de chats beaucoup plus grands que « la normale » et qui venaient manger son potager et ses poussins.  Il en a donc abattu quelques uns et, pour écarter les intrépides qui oseraient encore s'aventurer dans le campement, à l'entrée de celui-ci, il a suspendu le cadavre d'un de ces chats des forêts par la tête.  Vidé, comme empaillé avec des bouchons dans la bouche, le ventre et le derrière, il est là, comme trophée, surplombant le canyon. Il dit qu'ainsi, les autres se tiendront à distance.      

 

 

 

 

 

 

Le soir, c'était truite party autour du feu, avec le riz que Rosa a failli faire vaciller dans les braises mais tout s'est bien terminé.

 

 

Les huttes étaient en bambou, avec de bonnes couvertures à l'intérieur car la nuit, ça caille. Les huttes n’étaient juste pas isolées de l'extérieur. Pas de problèmes de moustiques mais, à peine la lumière éteinte, alors que je n'avais que ma tête qui dépassait, je sentais toutes sortes de trucs se poser sur moi, c'était affreux ! Des gros machins comme des papillons de nuit ou des bestioles du genre. Ca se crashe sur ton visage puis ça s'envole, bref...j'ai passé la nuit complètement sous les couvertures, même si c’était pas top pour respirer. J'aurais avalé trop de bestioles sinon.

Le lendemain, à 7 heures, la mate de coca était au rendez vous pour le déjeuner car on allait grimper haut pour ce deuxième jour. Toujours pas un nuage à l'horizon, un ciel d'un bleu…Et un soleil d'une force exagérée !

C'était que de la montée, pendant les trois premières heures. Etrangement, tout allait bien, sauf les muscles des jambes. Heureusement aussi que j'avais repris le jogging régulièrement depuis six mois à Bruxelles, dommage que j'aie recommencé avec la cigarette depuis un mois mais bon, rien n'empêche.

Et ces paysages de rêves, ces montagnes à donner le vertige même en les regardant d'en bas. Roses, brunes, ocres, qui semblent toucher le ciel alors que toi tu te trouves à leurs pieds, dans le lit de leur rivière. Ces cactus de toutes les formes qui pointent et qui garnissent harmonieusement ces vallées asséchées, ces passages de terres on ne pourrait plus sèches et blanches, qui créent des nuages de fumées sous tes pas. Ces petits sentiers qui se faufilent entre les cactus et les autres 1001 de plantes et arbustes qui peuplent le canyon, le long des précipices, au sommet des crêtes, ces sentiers qui semblent aussi ne pas avoir de fin.

Puis ce silence, cette impression qu'on pourrait s'évanouir ici et que quelqu'un nous retrouverait quelques semaines plus tard, comme ce genre de squelette d'animal que l'on trouve en se promenant dans un désert. Puis c'est cette petite dame en costume traditionnel, qui monte sa mule et qui en tire deux autres derrière elle. Elle se rend à Cabanacondé ou dans d'autres villages de l'autre côté, pour aller chercher les provisions pour la famille.

Aussi, on trouve sur le bord des routes ou sur les endroits plats des sommets, de petits amoncellements de pierres, comme des maisons des esprits, des croyances locales. De temps en temps aussi, une croix, kitschement décorée avec de fausses fleurs et des guirlandes. Cette croix solitaire qui veille sur la montagne et sur ses visiteurs.

Apres 3-4 heures de montée vraiment hard, on se plante sur un sommet. On ne bouge plus, on profite. Une cigarette, et on part la tête complètement dans les nuages. Normal, à cette altitude, avec cette chaleur, avec ces efforts, c'est pas une si bonne idée.

On se trouve sur un sommet plat, on contemple le trajet qu'on vient de parcourir depuis ce matin, qu'est ce que ça parait haut, à peine croyable qu'on ait déjà gravi tout ça. On aperçoit la rivière dans laquelle on s'est baigné hier, elle n'est plus qu'un petit fil perdu à l'horizon. On reste encore au sommet, se prenant pour les nouveaux conquérants de cette montagne-ci. Les gourdes commencent à se vider. On reprend la route pour ne pas tomber en rade.

L'après midi, c'est la descente jusqu'au fond du canyon, sur son autre versant. Là, on s'est retrouvé dans une espèce de petite oasis de verdure, plantée le long d'une rivière, nichée en plein milieu du canyon, en bas de son versant le plus haut. Aussi, des petites huttes avec un groupe de gamins d'Arequipa qui sont venus à l'oasis en voyage de classe. Eux, évidemment, ont pris un raccourci beaucoup plus facile.

L'après midi, relax, on pêche la truite dans la rivière, elles sont toutes petites mais c'est quand même trop drôle à faire. Au coucher de soleil, on s'incruste dans l'équipe de foot des ninos peruanos et sur leur demande, on fait un match avec eux. Autant dire qu'on a pas su courir beaucoup mais bon...eux non plus !

On a passé la soirée autour du feu, avec Rosa qui nous expliquait toutes les légendes de la région et toutes sortes de trucs sur les Incas, sur le cayon en lui même, c'était vraiment génial. On avait aussi été cueillir des plantes dans l'oasis, pour un festival de dégustation de tisanes aromatiques. Rosa restait nous conseillait quand même car certaines plantes dans l'oasis avaient des propriétés hallucinogènes, et c'était peut être pas l'endroit!

Ce matin, on était levés à deux heures. Oui, deux heures du matin. Au programme, l'ascension du versant le plus raide de tous, pour retourner directement à Cabanacondé. Quatre heures prévues, quatre heures de marche en pleine obscurité, sur des pentes raides, sinueuses et bourrées de gros cailloux qui glissent avec tes pas et te rendent le chemin encore plus difficile. De toute façon, on n’avait pas le choix, on devait bien ressortir de ce canyon et on devait être de retour à Cabanacondé pour le bus de 7 heures.

On a commencé à grimper à 2h15. Pas une lumière dans le campement (de toute façon, il n'y avait pas d'électricité mais pas une bougie plutôt), on commence la route. Juste le ciel, noir de noir et parsemé d'étoiles à n’en plus finir. Juste qu'en levant la tête pour le regarder, on risquait de perdre l'équilibre et de basculer en contrebas, alors on s'est limité à le faire.

Le couple de Français avait une lampe pour deux, Rosa avait oublié la sienne, elle employait donc la lumière de son Gsm, et moi j'en avais une petite. On grimpe, on grimpe dans ce noir, en faisant vraiment attention à nos pas car dans l'obscurité comme ça, c'est tellement trompeur! Heureusement que Rosa passait la première et qu'elle connaît les lieux!

A force de monter, on s'est mis à transpirer grave et après, en s'arrêtant même ne fût-ce qu'une minute, ça commençait à cailler violemment à cause de nos vêtements mouillés. Ca ne nous laissait pas le choix que de continuer le plus possible. Tout à coup, j'entends un bip bip bip, je ne fais pas attention mais Rosa s'arrête et se retourne vers moi. Sa batterie de Gsm est nazze. Elle est sans lumière. Je lui passe ma lampe de poche et je la suis de près. Puis, comme si c'était fait exprès, peut être 15 minutes plus tard, c'est ma torche à moi qui faiblit et qui s'éteint complètement! Vive les piles de chez Carrefour! Elles étaient complètement neuves et ont peut être tenu 30 minutes. On s'est donc retrouvé avec une lampe pour 4. C'était Julien qui restait derrière et qui éclairait le troupeau des trois mules qui marchaient à l’avant, tant bien que mal. Vraiment, on croyait qu’on n’allait pas y arriver. Ce genre de moments où tu sens que tu touches carrément toutes tes limites, qu'il va vraiment falloir puiser dans tes propres réserves pour y arriver. Genre de moments aussi où l'on dissocie totalement son physique de son mental, où l'on isole au maximum le mental du contexte physique. Comme une forme de méditation naissant spontanément dans ce genre de situation, qui permet d'aller plus loin sans buter sur des peurs qui ne feraient que ralentir les performances devenues obligatoires car on a plus le choix.

On en pouvait plus, on s'arrêtait brièvement puis on repartait car on commençait à cailler. Et toujours tout dans le noir total avec ces étoiles qui étaient là accrochées sur nos têtes, comme pour nous encourager. Vers 5 heures, il a commencé à faire un peu moins obscur, on va dire. Pas encore de soleil mais on commençait à discerner là où l'on mettait les pieds. Un vent glacial s'est levé. Puis soudain, la montagne à droite a viré au rose, qu'est ce que c'était beau. Juste que j'avais les mains gelées pour sortir mon appareil photo. Je ne l'ai fait qu'en haut, c'était vraiment trop dur.

On doit être arrivés en haut vers 6 heures. Quelle sensation, mais quelle sensation de fou de se retourner, de plonger le regard dans le profond de ce canyon et de se dire qu'on venait de gravir tout ça! Ca paraissait tellement énorme, tellement impossible. On est resté en haut à regarder le soleil se lever, callés entre les rochers pour se mettre à l'abri du vent. Quel bonheur. Alors qu'on a pesté pendant toute la montée et que, franchement, on en devenait  presque désespérés par moments, en une fois, étant en haut, tout a changé du tout au tout. On était tout heureux, on se sentait tout high, tout victorieux, tout satisfaits!

Le reste du chemin était plat. Vu qu'on crevait de faim, on s'est presque mis à courir le long des champs de patates pour arriver à Cabanacondé. On a croisé un villageois qui se promenait dans les premiers rayons du soleil avec son chien et...sa radiocassette portative en bandoulière, dont émanait une musique de flûte andine.

A Cabanacondé, inutile de dire qu'on s'est empiffrés de pain, avec une soupe brûlante et de la mate de coca. Le soleil se levait sur Cabanacondé, les habitants se rendaient dans les champs ou je ne sais où. Qu'est ce que cette lumière était belle...J'ai mitraillé les photos.

On était quand même un peu sonnés. C'était marrant, on mangeait tous en se regardant les uns les autres, tout engourdis, mais personne ne pétait un mot. On parlait juste du regard, on était comme envoûtés par cette expérience qu'on venait de vivre.

On est ensuite partis en bus pour la « cruz del condor », un endroit où sont censés nicher les oiseaux sacrés symboles du pays. On est resté plus d'une heure, on en a juste vu au loin. Il devait être trop tôt.

Au retour, on est passé par Chivay, un petit village entre Cabanacondé et Arequipa. Tout calme, tout petit, tout propre, tout beau, on est resté glander là-bas puis, en début d'après-midi, on a repris la route pour Arequipa.

Dans le bus, une TV à tue tête avec, en boucle, les clips de la chanteuse traditionnelle locale « Anita de Colca ». Habillée en costume folklorique local, elle déambule dans chacune de ses vidéos en cueillant des fleurs, en mangeant des mangues, en dansant en ondulant légèrement le bassin, toujours entourée de ses musiciens la regardant avec admiration. De temps en temps, elle leur lâche un baiser et continue sa chanson. Trop marrant la vidéo...même si elle était à tue-tête, elle ne nous a pas empêchés de ronfler grave jusqu'à l'arrêt de bus d'Arequipa. On est arrivé vers 17 heures. Ce soir, on se retrouve pour aller manger un dernier bout ensemble. Demain, Rosa repart à Cabanacondé, les Français montent dans le nord et je file vers Puno, au Lac Titicaca. La nuit sera bonne, très bonne !

 

 

 


 

 

PEROU  9. PUNO

Festival ...à 200 mètres du Titicaca

 

                                                 vendredi 4 novembre 2005 23:44:18

 

Yesssss! Je suis encore une fois super bien tombé. Je suis arrivé à Puno cet après-midi.

Puno, c'est la dernière grosse ville péruvienne aux bords du lac Titicaca. On est à 3800 mètres d'altitude. Apres m'être fait assaillir par les rabatteurs d'hôtels et les taxis plus insistants les uns que les autres, je trouve un petit hôtel tout mignon et même pas cher, avec, quel luxe , une douche et une toilette dans la chambre, avec eau chaude! Yep!

La nuit ici, ça caille donc c'est nécessaire. La nana de l'hôtel me dit que j'ai de la chance d'avoir encore trouvé une chambre chez elle car tous les hôtels de la ville sont complets...c'est le festival de Puno du 3 au 7 novembre! En plus, je suis tombé ici par hasard à ces dates, c'est trop cool. Par contre, question altitude, on le sent. Ca doit aussi être lié à la fatigue du trek mais là, je le sens vraiment. Anyway...on y survit paraît!

Je pensais manger un petit truc et aller ronfler un bon moment puis, en remontant la rue vers le centre ville, un cortège, des couleurs de partout, des gens habillés de toutes sortes de costumes folkloriques, des trompettes, des tambours...c'est le défilé! C'est juste aujourd'hui.

Alors là, pas le choix, passion photo oblige, je me suis rue dans le cortège sans rien avaler.

L'artère principale de la ville est noire de monde, le cortège semble n'en plus finir. Les femmes sont habillées de costumes baroques, de toutes sortes de couleurs différentes mais se regroupent selon les couleurs symboles de leur village. Elles portent le chapeau boule, elles ont les cheveux tressés, la bassin bien proéminant comme toutes les femmes andines d'un certain âge. Elles dansent en faisant des pirouettes sur elles-mêmes toutes en même temps, les hommes jouent la trompette et sont habillés dans toutes sortes de costume à paillettes qui feraient penser à ceux des toréadors, les enfants sont déguisés en singes, en lions, c'est super beau. Le son des trompettes inonde les rues, quelle ambiance! Une femme vient me dire de faire attention à mon sac et à mon appareil photo, qu'on ne me l'arrache pas. Je le savais mais ça fait du bien de se refaire confirmer le danger, c'est toujours rassurant!

La foule s'émousse de plus en plus, je me faufile entre les gens mais je ne me sens pas trop à l'aise avec ce sac derrière mon dos...tout mon matos photo est dedans. Je me suis planté dans un coin, le dos contre un mur pour être sûr qu'on ne plonge pas dans mon sac ou qu'on y insère pas un coup de canif. On m'a dit bien une dizaine de fois pendant le cortège qu'il fallait faire gaffe alors...Puis la fatigue, l'ambiance de cette foule qui immerge l'esprit et la concentration pour prendre de bonnes photos, tout était au rendez-vous pour me faire piquer sans m'en rendre compte.

Là, il est 18 heures, je suis trop nazze, c'est le contrecoup du trek certainement et la montée à 4000 mètres, faut le temps de s'habituer. Demain, je reste à Puno, relax, pour le festival. J'essaierai d'envoyer des photos.

C'est en tout cas génial comment on se sent vivre en voyageant comme ça! Comme ce matin, en plein soleil, à l'arrêt de bus à Arequipa, tout à coup cet accès d'Eveil du soi où je me dis que c'est vraiment trop le pied. Chaque jour de nouvelles découvertes, de nouveaux endroits, de nouvelles surprises, de nouvelles rencontres. Chaque jour est une richesse supplémentaire. Ces découvertes, ces créations photos, ces lettres qui tombent plus vites l'une que les autres tellement tout est inspirant dans ces tranches de vie, quelle full dynamique pour les neurones et pour sa propre âme. Qu'est ce que ça fait du bien de se sentir libre comme un pigeon voyageur au gré du vent! De se sentir totalement libre, tout simplement! YESSSSS! 

 

 

 


 

PEROU  10.LAC TITICACA

 Titicaca en fête

 

                                         dimanche 6 novembre 2005 00:58:49

 

Les rives du lac Titicaca sont en ébullition...Les fêtes de Puno se terminent aujourd'hui. Je suis dans un cybercafé dans le centre, les rues sont bourrées, le bruit est pas possible aaaaaaaaah...La musique d'un chanteur romantico qui chante « carigno mioooo je sais pas koi », les trompettes dehors, les nanas d'à côté qui rigolent, je sais pas sur quel site elles surfent. Ah oui, boum boum, j'oubliais les tambours ! Bref, c'est l'ambiance mais pour écrire, c'est dur de se concentrer.

Depuis midi, un immense cortège traverse la ville non stop. C’est trop beau.

A 9 heures, j'étais au bord du lac Titicaca. Tout semblait encore calme, juste quelques petites tentes se montaient ça et là pour le dernier jour des fêtes. Pour ce dernier jour, le cortége commence le long de la lagune. C'est le « camino del Incas » comme ils disent, ils retracent en un défilé tous les aspects des mythes incas.

 

 

 

Les dames aux chapeaux boule et aux longues tresses noires se reposent sur les bancs face à l'immensité du lac, les hommes lisent leur journal tranquillos au soleil, d'autres s'en vont faire des tours dans des pédalos en forme de cygnes ou de dauphins. Devant moi, ce lac sans fin, parsemé de touffes de plantes près des berges et rempli de mousse. Derrière moi, la ville de Puno qui s'étale sur une grosse butte ocre et asséchée. Non seulement on est à 4000 mètres d'altitude, mais la ville est en pente, donc quand on s'y promène, on doit encore se taper l'essoufflement des montées! Il fait bon, tout est calme, qu'est ce qu'il est zen ce lac Titicaca!

Le temps passe et, petit à petit, la foule commence à arriver. Le soleil de ces 4000 mètres tape de plus en plus fort. Je rencontre Samuel qui se promène avec sa copine Nina. Ils habitent tous les deux à Puno. Cool, ils parlent anglais! Le cortège commence à 12 heures au port, la foule envahit les lieux en moins de deux. On s'assied sur le rebord du trottoir pour être certains d’y voir quelque chose.

Il n’est même pas 11 heures et l'endroit est noir de monde. Ca grouille dans tous les sens. Des gamins, des tout vieux, des vendeurs de peluches, des marchands de gélatine rose écœurante ou de glaces à l'eau, de chapeaux en papier aussi pour les insolations. On reste là, assis à causer. C'est super chouette, à part qu'il fait de plus en plus chaud et que ça tape la cabessa. Je suis le seul étranger dans le coin où l’on s'est planté, ils commencent tous à me poser 36000 questions et Samuel et sa chica jouent aux interprètes espagnol-ingles.

Vers midi, des hommes et des femmes costumés font irruption dans la foule, ils se font les plus discrets possible et se rendent à l'embarcadère d'où est censé débuter le cortège.

A midi, la tension monte, les gens se mettent à crier le long de la rive, je sais pas trop ce qui se passe, apparemment c'est un problème entre des flics et une femme. Les flics se prennent deux cadavres de bouteilles en plastique sur la tête, la foule crie puis ça se calme et ils s'en vont.

Le cortège démarre. Les tambours frappent sur un rythme super calme, hypnotisant, méditatif. En fermant les yeux,  on se croirait presque dans une procession nocturne perdus au milieu de la forêt, il y a des centaines d'années, avec des torches pour seule lumière et des bruits d'animaux étranges au loin avec la Pachamama veillant sur nous. Les femmes sont habillées en costumes traditionnels « d'époque » on va dire, elles tiennent religieusement des bols en terre cuite dans lesquels sont posées deux ou trois pommes de terres ou des légumes en guise d'offrande à la Terre Mère. D'autres sifflent la corne et portent des masques ou des bonnets plus beaux les uns que les autres. Leurs costumes sont splendides, quel délice esthétique! C'est drôle comment toutes ces visions peuvent réveiller ton imaginaire d'enfant...ça me rappelait les dessins animés de quand on était petits, ou encore toutes ces histoires et mythes des Indiens et des cow boys.

 

Un homme assez massif domine le cortège de son regard fort et impassible, il porte une immense couronne de plumes blanches sur la tête. Il joue son rôle à fond. Il scande des trucs en quechua. Avec son air noble, il est splendide. Puis, c'est le roi et la reine qui débarquent sur un immense char porté par une dizaine d'hommes en sueur. Le roi se lève et parle à la foule, la reine jette des bonbons aux gens. D'autres hommes tous habillés de dorures et de plumes rouges se rendent devant le roi et s'agenouillent, ils le bénissent, ce moment précis est vraiment éblouissant de beauté. L'endroit est plein à craquer, on sait à peine bouger. Tout le monde se pousse, les gosses se faufilent entre les gens, entre les jambes des gens même, en passant à quatre pattes à ras du sol. Le cortège avance lentement vers le stade de Puno. Je prends des rues parallèles pour essayer de le rattraper par après. Je ne peux pas m'empêcher de prendre encore une fois trop de photos, j'en ai encore fait +- 250 aujourd’hui. Mais anyway, avec mon système de photos digitales, c'est à volonté, il suffit d'avoir des cd's vierges qui ne coûtent plus rien du tout aujourd’hui! Alors...allons-y! Chaque coup d'oeil, chaque scène, chaque personne vaut le déclic!

Les gens sont tous de super bonne humeur en plus, c'est super. C'est quand même drôle de constater le contraste existant entre la liberté et l'ouverture de communication et l'ouverture à l'autre, dans un pays comme celui ci et l'Europe. Comme disaient les deux Français lors du trek, nous en Europe, on est vraiment des coincés du Q! Eh c'est vraiment vrai...il suffit de sortir d'Europe et qu'est ce que ça n'a plus rien à voir ! Et dire que, en Europe, lorsque tu te montres trop ouvert ou communicatif, on en vient à te taxer de bizarre.

Le cortège a encore continué dans toute la ville cet après-midi, avec le défilé des différentes écoles. Tous les ninos étaient déguisés par thème par groupe, avec pour chaque groupe, sa propre chorégraphie. Ils dévalaient la rue. Les pauvres, certains avaient l'air tout fatigués. On est resté boire un verre dans le centre avec Samuel et Nina. De la mate de Coca, mais j'ai enchaîné avec du Diamox car je pense que la coca ne suffit plus si haut. L'altitude se ressent vraiment plus ici que lors du trek. L'adaptation dure normalement deux ou trois jours donc normalement demain ce sera bon. Croisons les doigts Incha Allah.

Le mal des montagnes…vraiment étrange comme sensation. T’es fatigué pour un rien, t'as l'impression que ton cerveau fonctionne au ralenti, d'avoir le visage plus joufflu car tu retiens plus d'eau. La nuit, n'en parlons pas, tu te réveilles tout à coup comme en panique car t'as l'impression que t'es gravement en manque d'oxygène, t'as comme l'impression d'étouffer puis tu te raisonnes et ça passe. Mais cette nuit-ci, qu’est ce que j'ai mal dormi, c'était affreux ! La cerise sur ce gâteau des maux d’altitudes était cette irruption de moustiques qui ont commencé à me bouffer les pieds, et cette panne générale d'électricité dans tout l'hôtel dès 21 heures. J'ai dû m'éclairer avec l'écran LCD de mon appareil photo.

La fiesta continue, y a un super bon petit resto chinois tout pas cher près d’ici. Peut être que Samuel et Nina m’y rejoignent dans 30 minutes, mais ce n’est pas certain car Samuel doit étudier. Tests à l'université de Puno la semaine prochaine. Demain, soit je me la fais relax ici soit, si l'adaptation à  l'altitude est nickel, je me lance dans les îles du légendaire...lac Titicaca.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

PEROU  11.LAC TITICACA

 Trip sur le lac Titicaca mmmmmm...

 

                           mercredi 9 novembre 2005 02:08:20

 

Baaaah je suis trempé même dans les chaussettes, gelé, la température a baissé violemment. Il douche depuis ce matin. La saison des pluies a bel et bien commencé. Les Péruviens disent que le mois de novembre compte 6 à 7 jours de pluie alors je pense que là, tout est venu en un bloc.

L'autre soir dans le cybercafé, après avoir envoyé les photos, je vois soudain tous les petits bonnets péruviens massés à la porte, avec ce bruit violent venant du dehors. C’était la tornade. Ici, quand il pleut, c'est violent! La pluie s'est ensuite transformée en grêle et en neige fondante, comme ça sans prévenir. Tout à coup, tout le quartier s'est retrouvé plongé dans le noir. Heureusement, ça n'a duré qu'une ou deux minutes. La foudre grondait si fort, les éclairs illuminaient toute la rue, c'aurait presque fait peur. Puis, le plus drôle, j’entends tout à coup les tambours et les trompettes venir du dehors. Le cortège continuait en partie. C’était surtout les gosses qui continuaient la marche, comme ça là, sous la pluie et la foudre. No problemo aki. Je crois qu'on a bien dû attendre dans le cybercafé pendant 45  minutes que la pluie daigne se calmer. Ca me rappelait quand j'étais en Inde, à Calcutta, une mendiante qui squattait près de là où je bossais m'avait dit qu'une de ses copines était morte « brûlée », selon elle, la veille par la pluie car elle se promenait en rue. Puis j'avais essayé de lui expliquer que, quand la Mousson gronde,  on doit se planquer et ne pas rester dans la rue à jouer. Elle n'en savait rien.

En sortant du cybercafé, j’étais en sandales ! Alors pieds nus dans la neige fondante, c’est vraiment un délire typiquement local. Anyway, mes pieds étaient tout propres et du coup inodorants.

Je me suis finalement adapté à cette altitude des 4000 mètres. Heureusement, car en Bolivie m'attend encore bien pire. Au début, j'étais tout le temps essoufflé, je me sentais lourd, détaché de tout, absent, crevé, mais là ça va. Heureusement que j'avais pris du Diamox avec moi et merci Sophie rasta pour les doses supplémentaires. Le seul problème c'est que avec le Diamox, tu dois courir pisser toutes les demi heures. Ca ne prévient pas, et au Pérou, es prohibido de urinar in lugares publicos sous peine d'emprisonnement. C'est grave quand même. Sinon ce serait peut être comme en Inde où les coins de rues deviennent des urinoirs improvisés pour les hommes et pour les vaches.

Avant hier, dans l'après-midi, je suis allé voir les ruines de Sillustani. Sillustani est un immense cimetière colla perdu sur une butte le long du lac Humayo, dépendant du grande lago Titicaca. L'endroit est super beau. Je suis arrivé au coucher de soleil. Presque personne sur le site, juste deux petites filles trop mimis qui m'ont suivi tout le chemin pour que je leur file des bonbons encore et encore.

Heureusement que j'avais acheté un bon gros sac de boules à Puno car ici, tous les gosses raffolent des bonbons. C'est pas tellement la mode des bics comme en Asie apparemment.

Les imposants tombeaux ont tous leur signification particulière : le phallus, le vagin, dans lequel on enterrait les morts en position foetale, ils symbolisent aussi les différents éléments de la terre, du feu et de l'eau, et sont savamment disposés selon les étoiles, la lune et le soleil. Ils appartenaient aux Collas, une tribu guerrière qui s'est ensuite intégrée à l'empire inca. C'est là qu'étaient enterrés les aristocrates des tribus. La plus haute tour atteint 12 mètres, c'est celle du phallus. Les sirs collas ne manquaient pas de fierté! Super relax comme endroit, propice à la méditation face à ce lac Humayo transformé en miroir aveuglant et glacial au coucher de soleil.

Hier, je suis parti en bateau sur le lac Titicaca pour aller voir ces fameuses îles flottantes et essayer d'avoir un aperçu de toutes les mini cultures qui se développent sur les différentes îles du lac. Les fameuses îles flottantes sont construites en bambou, elles sont l'oeuvre de la tribu des Uros qui vit encore sur place. Elles sont faites de bambous, de roseaux et de terre puisées dans les profondeurs du lac. Elles doivent faire moins d'un mètre d'épaisseur, à voir leur tranche sur la rive. Elles sont posées au milieu de nulle part, flottant au milieu du lac. Ses habitants se suffisent à eux mêmes, ils vivent en quasi autarcie, coupés du reste.

C'est marrant car quand on pose le pied dessus, on sent vraiment ses pas s'enfoncer dans la paille qui sert de tapis garniture à l'entièreté du territoire. Les Uros avertissent les visiteurs de faire bien attention à ne pas mettre un pied sur un morceau de terre pourrie, afin de ne pas tomber au fond du lac glacial. Tout est fait de paille et de roseaux, les petites maisons qui ponctuent l'île, leur mobilier, leurs bateaux. Les embarcations de roseaux et de paille ont des têtes de canards, de lions, de monstres. Les habitants sont tout mignons et tout accueillants. Ils t'accompagnent partout avec leur meute de gosses, comme tout fiers de te faire visiter leur endroit.

Ensuite, après trois heures de bateau en plein milieu du lac Titicaca, je suis arrivé à la grande île d’Amantani. Il s'agit d'une vraie île, « de terre », et non une île flottante de bambou. Sur le trajet, pas un morceau de terre à l'horizon. Par moments, on se croirait en pleine mer. Il y a plein soleil mais il fait glacial et le vent est froid. Les eaux du lac sont tourmentées, le petit bateau tangue de droite à gauche sans arrêt, à presque en donner le mal de mer.

Solution des Péruviens à ce mal de mer éventuel? La mate de coca bien sûr! Pas d'eau chaude pour en faire du thé sur le bateau, donc on la roule et on la calle entre la joue et les gencives. Elle baigne là, puis après un moment, toute la gencive semble anesthésiée.

Vers 15 heures, on est arrive à l'île d’Amantani. Il fait plein soleil, c'est super beau. Toutes les nanas sont le long de la berge pour accueillir les Péruviens et étrangers se rendant sur leurs terres. Ici pas d'hôtel, même pas de petite hospedaje bon marché, rien que des logements chez l'habitant. Les filles sont habillées en costume traditionnel, elles me font penser aux costumes traditionnels que revêtent les femmes dans certains villages du Portugal. Je suis parti dormir dans la famille de Eliana. J'avais acheté des pâtes et du riz. On m'avait dit que ça faisait toujours plaisir à la famille qui vit quasiment coupée du monde.

On a cuisiné ensemble, de la soupe aux racines d'arbres dans sa petite cuisine, sur un feu de bois. Ici, pas d'eau courante, pas d'évier, les murs de la cuisine sont en terre séchée, le toit est une espèce de ferraille ondulée, savamment posée pour isoler l’habitation des intempéries. Eliana me dit que, normalement, ils ont de l'électricité, uniquement pour la lumière, mais que celle-ci est coupée dans tout le village depuis deux semaines. Elle serait rétablie dans une semaine tout au plus. Dans la petite cuisine, on s'éclaire à la bougie. Il n'y a que la petite porte pour faire entrer la lumière du jour. La maison d'Eliana est perchée dans les hauteurs de l'île. On domine toute la splendeur du lac Titicaca, aveuglant avec le plein soleil qui se reflète dans ses eaux. Dans la cour de la maison, des peaux de moutons sèchent au soleil, le linge est accroché à une corde et ballotte au vent. Un savant système est aménagé depuis la gouttière du toit. Ils récoltent ainsi les eaux de pluies par une série de bouteilles d'eau emboîtées les unes dans les autres, formant une espèce de buse et menant droit dans une immense bassine. C'est toujours plus pratique que d'aller la puiser en contrebas dans le lac!

Un tout petit mouton dort au soleil dans la cour. Il fait bon ménage avec le chat d'Eliana. Ils se reposent côte à côte, c'est marrant. Deux moineaux morts sont suspendus à l'entrée de la cuisine, ils sont là pour protéger la maison, en guise d'offrande pour les dieux. Quel contraste d'avec les pays genre bouddhiste dans lesquels j'ai eu l'habitude de traîner. Dire que là, on ne ferait presque pas de mal à un moustique! Ici, les animaux sont pour servir les hommes, et pour rien d'autre. Relativisme culturel.

Les toilettes, enfin...le trou dans le sol qui fait office de « toilette » est surveillé par un âne endormi au soleil. Le trou est caché dans une petite hutte et « au fond du jardin », c'est le cas de le dire! Juste à côté se trouve un enclos rempli de chèvres. Puis, partout autour, des champs cultivés en terrasses qui descendent comme d'immenses et longues marches jusqu'aux eaux du lac. L'endroit est vraiment trop zen.  J'ai l'impression d'avoir fait un bond de 150 ans en arrière. Même si je n'y ai jamais mis les pieds, les paysages m'évoquent ceux que je me fais de la Crète.

En fin d'après midi, je monte au sommet de l'île et je rencontre Stanley et Martina. Stanley vient de Zambie, Martina est allemande. Ils vivent en Allemagne et sont ici pour 5  mois, à trotter en Amérique du sud. Ils sont trop cools, on fait la route ensemble. Ils sont vraiment intéressants, on accroche tout de suite, c'est génial de rencontrer comme ça des gens ouverts avec qui tu te sentes bien dès les premières minutes. Question d'émanations intérieures.

On monte en haut de la petite montagne qui domine l'île. On a droit à un coucher de soleil ténébreux face à l'immensité du lac Titicaca. Les nuages ont envahi le ciel et laissent entrepasser des lueurs de soleil vif oranger. Comme des paysages de l'au delà à travers ce ciel. Une fois le soleil couché, il fait glacial. Vraiment glacial. On est pris par le froid...on se réfugie dans une petite maison de paille, et zoup, « una matecita de coca por favor senorita », à la lumière de la lune. Du coup, on se sentait réchauffés. Tout est dans la tête.

On redescend, éclairés à la lumière de la lune. On voit super bien, elle est forte ici. Même pas besoin d'une torche qu’on n’avait de toute façon même pas sur nous.

On avait entendu que chaque soir, les Péruviens font la fiesta sur la petite place du centre du village. Tout le monde y est le bienvenu, tant étrangers que locaux. Et qu'est ce qu'on s'est bien marrés! Même sur une île perdue au milieu du lac Titicaca, à 4 kilomètres au dessus du niveau de la mer...ils avaient de la cerveza arequipina!

Eliana m'avait filé un bon gros poncho pour ne pas trop cailler (car le « chauffage », bien sûr, on n’y pense même pas sur l'île). Eliana était venue faire la fête avec nous. On s'est retrouvé dans un local aux murs vert d'eau, bourré de Péruviens surexcités à jouer de la musique comme des malades, les Péruviennes invitaient tous les hommes à danser, excellent! Même une femme portait son bébé sur son dos, il était aussi de la party! Les dansent péruviennes sont pas trop difficiles apparemment mais, à 4000 mètres d'altitude et avec une cerveza, on en est vite essoufflé.

Une cerveza à cette altitude en vaut bien 5! C'est plus économique. Tout le monde forme une immense chaîne humaine, on tourne en rond dans un sens puis dans l'autre, je pigerais plus rien du tout à la fin. Stan et Martina non plus but anyway, we called this dancing “chaos and hiding”. Pourquoi « hiding »? Hihihi car à chaque fois que je faisais faire des pirouettes à une Péruvienne et qu'elle devait donc passer sous mon bras, la longue manche de mon poncho lui volait et restait sur sa figure. J'étais pas très au point mais elles étaient mortes de rire...c'est le principal.

On est resté comme ça jusque 23 heures. Heureusement qu'Eliana nous avait accompagnés à la fiesta car seul, j'aurais jamais pu retrouver le chemin. A peine rentré, un violent orage a éclaté. La foudre déchirait le ciel et le lac se retrouvait éclairé presque comme en plein jour, histoire d'une fraction de seconde. La pluie frappait violemment sur les tôles ondulées qui servent de toit à la maison d’Eliana, quelle ambiance! Bloqué, enroulé dans trois couvertures, c'était génial à voir à travers la fenêtre. Juste que trois couvertures ne suffisaient même pas, j'avais encore froid! Quel moment de magie, planté face à ce paysage de déchaînement de la nature, en pleine nuit, perdu en plein milieu du Titicaca, blotti à se les cailler dans des couvertures. Un moment vraiment mémorable.

On s'était mis d'accord avec Stan et Martina qu'on se lèverait à 4 heures du matin pour le lever de soleil. J'avais mis le réveil mais comme il pleuvait toujours, on est juste resté dormir jusque 6 heures.

A 6 heures, sans me laver car il faisait vraiment trop froid dans cette pluie et cette humidité omniprésente, je suis allé préparer le petit déj avec la famille. Heureusement qu'il y avait l'eau de la gouttière qui pissait à flots et qui avait déjà depuis longtemps fait déborder la bassine.

La mama était là, et qu'est ce qu'elle est jolie la maman d’Eliana! Avec un voile noir lui couvrant les cheveux, termine par un pompon rose fluo. Ses traits marqués par le soleil des altitudes…vraiment un visage splendide. Les deux soeurs d’Eliana étaient là aussi. On a tous mangé ensemble. Le papa est arrivé peu après, il était déjà levé depuis 5 heures du matin.

La pluie continuait à tomber violemment, c'était parti pour toute la journée. J'ai rejoint Stan et martina vers 7 heures, on devait prendre l'unique bateau qui quittait l'île ce matin. Si j'avais su, je serais vraiment resté plus longtemps mais mon bus pour la Bolivie est déjà bloqué. Au retour, je repasse par Puno, peut être que je resterai quelques jours à Amantani, who knows?

On a fait escale sur l'île de Taquile, qui est censée entre splendide mais tout était gris, froid, pluvieux et venteux. Vraiment, le temps de merde! On est resté sur la place principale et à se promener dans les petites ruelles, mais il faisait tellement caillant qu'on s'est retrouvé plantés dans un buibui à boire du thé bouillant et à manger une truite venant tout droit du lac. Stan était malade au retour dans le bateau et a remis sa petite truite en liberté dans les eaux mouvementées du Titicaca. Il était tout malade de mer, j'arrêtais pas de lui donner des bonbons, destinés normalement aux enfants péruviens mais bon, ça lui faisait du sucre en plus. Le trajet a duré quatre heures vu le temps! On était gelés et trempés. Après une heure, on s'est planqué dans un coin à l'intérieur du bateau serrés tous les trois les uns contre les autres, c'était le seul moyen se réchauffer, et ça marche!

On a ronflé jusqu'a Puno, sans même se réveiller.

Une bonne douche bouillante fera trop de bien ce soir. Là, j'ai remis mes slashs. Je caille des pieds mais au moins, ils sont secs. Stan et Martina sont partis se reposer. On va s'offrir un menu chinois à un euro, paraît que les portions de riz sont immenses, ça fera du bien de s'empiffrer un bon coup. Dommage qu'ils partent déjà demain pour Arequipa. On fait le voyage en sens inverse. Eux aussi ont déjà bloqué leur bus. Tout est souvent complet, et il faut réserver à l'avance. C'est pas top car quand on rencontre des gens super mais qui ne vont pas dans la même direction, ou lorsqu'on tombe sur un endroit de paradis, on doit quand même partir. Je vais changer de système je pense, c'est frustrant et c'est anti liberté.

Demain, je reste glander à Puno. Jeudi matin, je pars pour la Bolivie et je serai à La Paz normalement en soirée, accueilli par un faux flic qui va essayer de me faire les poches. Ou peut être vais-je trouver un barrage routier en chemin, car il parait que les troubles pourraient reprendre. Si vous avez des infos svp envoyez c'est toujours utile bien sûr. Mais a priori no problemo.

 

 

Envoyé : jeudi 10 novembre 2005 23:28:35

Objet : Arriba a Bolivia...

 

 

Je viens d'arriver à La Paz. Quelle ville! Vraiment, c'est trop speece! J'ai quitte Puno ce matin à 6 heures. Les paysages du Titicaca qui défilent et en plus sous un plein soleil...quel délice!

A 11 heures, on a passé la frontière, les fonctionnaires de l'immigration tant boliviens que péruviens ont l'air d'être de gros endormis, plus nonchalant que ça tu meurs! Ca a pris des heures pour obtenir un cachet sur son passeport, puis il le retournait dans tous les sens, encore et encore, je me demandais ce que j'avais encore fait de mal.

Dans le bus, j'étais assis à côté d'un Péruvien aux cheveux quasi rasés mais avec une petite mèche de cheveux laissée à l'arrière. Il avait un sac avec écrit « Hare Krishna ». Jusque là, rien de spécial, à part qu'après quelques minutes, il a filé un flyer à moi et aux autres passagers du bus, avec des références d'adresses de centres Hare Krishna au Pérou, et qu'il s'est mis à entonner le mantra sacré « Hare Krishna hare Rama » pour tout le bus. Il était en fait complètement normal, juste en pleine méditation matinale. Le plus drôle c'est que je connais ce mantra par coeur de l'Inde, je l'ai même à la maison, j'aurais pu chanter avec lui mais je l'ai pas fait. Evidemment, les Péruviens se demandaient un peu ce qui se passait. Puis, lorsqu'il est sorti de sa trance, on a cause un peu, je l'ai laisse à la frontière, je ne sais pas ce qu'il est devenu ensuite. Il était allé en Inde et y retournait encore régulièrement. De retour dans son pays, il diffuse les enseignements des Hare Krishna. Une rencontre...très bizarre et intéressante.

J'ai du attendre deux heures à Copacabana, côté bolivien, le long du lac Titicaca, avant de trouver un bus pour La Paz. Qu’est ce que c’est tranquille Copacabana, j’y retournerais bien plus tard, histoire de se la glander au bord du Titicaca avant de visiter le Macchu Picchu. Les paysages jusque La Paz étaient sublimes, je n’ai pas arrêté de prendre des photos à travers les fenêtres du bus. On voyait des montagnes complètement enneigées au loin, puis ces étendues infinies avec ces montagnes en fond...trop beau.

Une fois à El Alto, c'était les embouteillages. El alto est le quartier en banlieue de La Paz, ressemblant plus à un immense marché plutôt qu’à un quartier à proprement parler. On est bien restés callés deux heures dans les embouteillages! En contrebas des ponts sur lesquels on passait, ils organisaient une course cycliste.

Puis soudain, la vision de la ville...spectaculaire! De toutes les villes où je suis passées, j'avais jamais connu une première impression aussi prenante qu'en arrivant ici à La Paz. On arrive au sommet, sur la route, puis toute la ville de La Paz s'étend en contrebas, comme coincée dans une immense casserole. Ca parait énorme, démesuré.

Les rues montent et descendent, la ville a l'air a priori super speece. Il plane quelque chose de bizarre à La Paz, je ne sais pas trop dire quoi, on dirait que les esprits planent ici. J'ai été à pieds dans les rues qui montent et qui descendent pour trouver un hôtel du Lonely Planet mais il était complet. Quelle horreur, et ce sac pèse trois tonnes. Ca ne paraissait pas encore trop loin de la gare routière et je préfère éviter les taxis au début tant que je ne suis pas habitué, car on m'a raconté tellement de trucs sur eux. Mais c'est sûrement exagéré. Bref, j'ai repris le gros balluchon et je me suis trouvé un hôtel à 3 euros la nuit, une ancienne bâtisse coloniale ressemblant à un paradore espagnol. Super trop classe pour trois euros, et immense, on s’y perdrait!

En plus, j'ai une chambre dans le toit, avec une petite fenêtre qui domine tout le centre de La Paz, presque comme à la maison, c'est génial. Juste que pas de toilette ni de salle de bains dans la chambre, et pas de prise d’électricité. J'irai graver mes cd's de photos aux toilettes. Je ne reste pas plus, je crève la dalle. Et je suis vraiment crevé. Viva La Paz, ça a l'air a priori trop classe et bien étrange comme ville. 

 

 

Envoyé : vendredi 11 novembre 2005 23:00:11

Objet : La Paz...ses sorciers, ses grèves et sa magie intrigante

 

Lever du jour en plein soleil sur La Paz ce matin depuis le sac de couchage, quelle beauté depuis la fenêtre de la guesthouse! Plein soleil, mais vraiment pas chaud par contre...normal, on est à près de 4000 mètres d’altitude!

Il avait plu toute la nuit. On est en plein dans la saison des pluies, alors une fois la nuit tombée, ça douche. Apparemment, lorsque la pluie tombe bien, toutes les rues de La Paz se transforment en torrent. Ils disent que ça devient hyper dangereux de marcher en rue lorsque la pluie se fait trop violente. Normal...toutes les rues sont en pente et convergent toutes vers la plazza San Francisco, au centre.

J'ai dû d'abord partir changer les soles péruviens qui me restaient, en bolivianos. Les casas de cambios sont toutes concentrées en une seule rue. Le premier ne voulait que me changer la moitié de ce que j'avais, je ne sais pas trop pourquoi. Puis, le deuxième, quelle histoire. J'avais 5 billets de 100 soles qui me restaient, ce qui fait plus ou moins 125 euros. Je les avais changés à l'aéroport de Lima à mon arrivée. Vu qu'il y a plein de faux qui circulent, il a commencé à scanner mes billets plusieurs fois, et deux billets ne passaient pas. Il me disait que c'étaient des faux.

Mais ça vient de la banque de l'aéroport de Lima! Il appelle son chef, rescanne le truc, ils ont vraiment pas l'air de vouloir lâcher le morceau. Et moi j'avais 50 euros à perdre ou à gagner. Ils sont montés dans le bureau du dessus, je ne sais pas trop ce qu'ils ont fait. Puis après 15 minutes, ils se sont rendus compte à la lueur du simple néon qui éclairait leur bureau de change...que les deux billets restant étaient bien des vrais! Leur machine ne devait pas être trop au point! Peut être était ce un truc pour me piquer mon flouze. J'ai entendu aussi que certains flics arrêtaient les gens, leurs demandaient de voir leurs dollars et prétendaient qu'il s'agissait de faux. Conclusion, les dollars sont alors confisqués dans la poche du flic! No stress, je n'ai pas de dollars.

Aussi, la grosse arnaque à la mode à La Paz est de se faire passer pour un flic. En uniforme ou non. Le faux flic te demande alors tes papiers en rue, te demande d'ouvrir ton sac etc...Toi tu t’exécutes comme un idiot et comme par hasard, un voleur passe à ce moment et t'arrache tout. Mieux encore, le faux flic t'invite à monter dans un taxi ou dans une voiture banalisée pour se rendre soi disant au bureau de police. Puis tu te retrouves dans un quartier pourri avec dix types autour de toi, sans avoir d'autre choix que de tout leur lâcher. Anyway, c'est bien écrit partout, même sur la porte de la chambre en grand, que jamais les flics n'arrêtent les étrangers comme ça en rue, et qu'au cas où ça arrive, on doit nier l'affaire ou proposer à l’imposteur de se rendre...chez un vrai policier! De toute façon, le centre de La Paz est rempli de policiers un peu partout, des vrais, donc no stress!

La Paz est une ville super speece, vraiment, j'adore. Déjà la manière dont elle s'est développée, c'est excellent. Elle est au fond d'un canyon de 400 mètres, déployant ses tentacules en un immense cercle avec pour centre la plazza San Francisco. Les rebords du canyon sont remplis de maisons, de bidonvilles, de toutes sortes d'habitations de tous les styles, le centre comprend plusieurs gratte ciel qui semblent faire concurrence avec la hauteur du canyon. C'est l'inverse des autres grandes villes: ici, ce sont les riches qui habitent en bas, et les pauvres dans les hauteurs.

Au loin, avec ce plein soleil, on voit les sommets enneigés des montagnes alentours. On se croirait vraiment dans un rêve, ce décor est terrible. Partout règne un air de sports d'hiver, le ciel est parfaitement bleu, pas un nuage à l'horizon ce matin, pas le moindre.

Le trafic est chaotique et démesuré mais il n'est même pas dérangeant. Ca doit être le calme des Boliviens qui fait la balance. Puis les airs de flûte de pan qui flottent ça et là ont tout pour apaiser le corps et l'esprit face à ces carnages de voitures qui crashent leurs fumées blanches ou noires sans aucun complexe dans les airs.

La Paz semble être un immense marché, finalement. Il n'y a pas un trottoir du centre qui ne comprenne pas ses petits vendeurs de rue. On trouve de tout...sur le trottoir. C'est d'ailleurs bien moins cher que dans les magasins. Les cd et dvd pirates sont disponibles à la pelle. Apparemment, il n'y a vraiment aucun contrôle. C'est le moment de faire de bonnes affaires, juste que la douane belge ne m'attrape pas! Je les planquerai dans les sales chaussettes, un répulsif sans pareil pour les gendarmes de Zaventem, comme toutes les autres fois d'ailleurs.

La Paz est connue pour son marché de la sorcellerie. Dans ce marché, situé en plein centre de la ville, on trouve tout et n'importe quoi pour alimenter les croyances des Indiens aymaras. C'est quand même étrange et passionnant toutes ces croyances de l'Homme prostré face à son destin, même si on y croit soi même rien du tout. Comme toutes les religions d'ailleurs.

Le marché s'étale en une petite esquina piétonnière. Dès le début de la rue, on est accueilli par une poignée de fœtus de lamas morts, séchés, et étalés au soleil. On dirait des têtes de canards desséchés mais ce sont des lamas. La coutume veut par exemple que, lorsqu'on ouvre un commerce, on enterre un foetus de lama sous la première pierre du magasin. Les Boliviens plus riches peuvent s'offrir le luxe d'enterrer un cadavre de lama adulte. Et feront de meilleures affaires sans doute. La perpétration des classes sociales, c’est la faute au lama !

Aussi, on trouve des cadavres de chats, de hérissons, de petits crocodiles, de grenouilles (on ne sait même plus compter le nombre de pauvre grenouilles séchant au soleil, leurs yeux sont incrustés de petites billes bleues ou roses). L'effet doit être différent selon la couleur de la bille. Vraiment, une atmosphère très, très trippante. Les mamas sont assises sur le trottoir. Elles gardent précieusement des boites avec des boules de toutes les couleurs, des espèces d'épices jaunes agglomérées, des racines d'arbre, des pieds qui semblent provenir d'une vache, des becs de toucan séchés, des poudres magiques pour jeter des bons ou mauvais sorts selon le cas, des viagras locaux pour augmenter le tonus ou la taille de son sexe...c'est la totale.

On trouve aussi, étalées un peu partout et veillant sur le marché, des statues à l'effigie de la Pachamama, la déesse mère vénérée des Aymaras et en l'honneur de qui tous ces sacrifices d'animaux sont réalisés. J'oubliais les amulettes, les morceaux de viandes séchant au soleil, les ailes entières d'aigle ou des plumes de pigeon traînant dans un bac sous une couverture de laine.

C'était cool car les petites mamas boliviennes du marché m'expliquaient leurs croyances, je leur posais des questions alors elles me racontaient à quoi servait ça et ça. Avec mon espagnol, franchement, c'est presque impec. Le fond y est à présent. Mais la forme...mieux vaut sans doute ne pas en parler !

La météo suit le même schéma tous les jours. Le matin, il fait splendide, froid puis chaud vers midi. Vers 16 heures, le ciel se couvre petit à petit, un vent froid et parfois violent se lève. La pluie se déchaîne une fois la nuit tombée. Là, il fait encore sec mais ça ne va pas tarder.

Pour le moment, tout est calme en Bolivie...jusqu'à preuve du contraire. Espérons que ça dure! La société bolivienne est une société empreinte de contestations sociales, on l'entend même dans les paroles des chansons populaires passant en rue. Les grèves sont très fréquentes, elles paralysent alors tout le pays. En général, il n'y a pas trop de danger, juste que l'on trouve alors des barrages routiers un peu partout dans le pays et que l'on est contraint à rester au même endroit pendant plusieurs jours. Parfois plusieurs semaines, mais c'est rare!

Il reste alors juste comme solution d'attendre que ça se dégage, car si l'on essaie de franchir ces barrages routiers, là on a affaire à la violence. Evidemment, on est alors considéré comme « traître ». Juste là tantôt, sur une des grandes artères de La Paz, j'entendais des sifflets et des pétards, c'était une petite manifestation. Il parait qu'elles sont quotidiennes.

Je viens d'aller manger dans un buibui. Toujours cette musique omniprésente. Ils venaient d'acheter une TV géante avec nouvelle chaîne hi fi et lecteur dvd, alors ils en font profiter tout le quartier. Ils savent être tellement joyeux ici, même si leur vie n'est vraiment pas facile. On devrait vraiment changer ça en Europe, qu’est ce qu’on attend là ? Les Européens savent être tellement déprimants. Ici, la gaieté est quotidienne, et ça fait du bien!

Demain, je pars dans le mercado negro de La Paz, j'irai peut être en haut du canyon, dans le quartier d'El Alto. Je ramènerai peut être une tête de lama au passage. Je suis sérieux, ça me tente bien, de toute façon c'est séché, puis c'est typiquement local. Ca me portera peut être chance pendant le voyage. Y'en a d'autres qui veulent?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Envoyé : samedi 12 novembre 2005 22:11:07

Objet : La Paz

 

 

Quelle ville! Vraiment, La Paz n'est pas un endroit comme les autres! La Bolivie m'avait toujours attiré (plus que le Pérou par exemple) par le mystère que je m'en faisais. Une sorte d'imaginaire qui nous pousse à partir vers telle ou telle contrée plutôt que vers telle autre. Pour le peu que j'en ai vu, j'adore!

Les gens, leurs habitudes et les endroits ne sont a priori pas fondamentalement différents que ce que j'ai pu trouver au Pérou, mais c'est cette atmosphère invisible qui est toute différente.

Ce matin, je suis parti tôt dans le quartier du mercado negro et de la plazza del 14 septiembre. J'avais laissé toutes mes affaires à l'hôtel, y compris l'appareil photo (tiens, pour une fois!), car plein de gens qui s'y sont rendus se sont fait intégralement voler.

C'est un quartier situé dans les hauteurs de La Paz, endroit où ne se rendent pas trop les étrangers en général. Il n'y a pas de vrais flics en rue, et donc...là-bas, au cas ou, on fait ce qu'on veut!

En premier, on trouve les boutiques de costumes et de masques folkloriques destinés à leurs 1001 fêtes et parades. C'est super beau. Tous les costumes pour homme et femme sont exposés en vitrine sur des mannequins, une explosion de couleurs, de plumes et de paillettes, de l'élégant raffiné au kitsch le plus grossier. On trouve partout des masques géants des diables du lac Titicaca, et toutes sortes d'autres figures sorties tout droit de l'imaginaire des Aymaras. Dommage que les masques font 1 mètre de haut, j'en aurais bien ramené un avec moi. Mais j'ai peut être une petite idée.

Dans les rues d'à côté, on trouve de tout, vraiment de tout, des cotons tiges bleu fluo aux bouchons d'évier, en passant par les matelas de seconde main, les dvd's pirates et les Gsm trafiqués ou les halogènes new styles ultra sophistiqués aux couleurs arc en ciel. Chaque rue est spécialisée dans telle ou telle chose. On devine des montures de lit, assemblées ou non, entre les bâches bleues flottant au vent qui annonce la pluie, des armoires hi-fi à même le trottoir, des TV poussiéreuses empilées les unes sur les autres, alors qu’à peut être trois mètres de là, on refait le trottoir et on fore dans le béton au marteau piqueur.

Puis ce trafic chaotique, avec ces policiers plantés au milieu des carrefours, habillés en vert kaki et qui ne servent à rien. On traverse avec la chance, entre les bus, les minibus, les voitures et les motos, lorsqu'une éclaircie de trafic apparaît, en inhalant  les gaz agréables des pots d'échappement qui crachent des nuances passant du noir au gris très clair. Toutes les rues montent et descendent, quel exercice, à la fin de la journée, on a l'impression d'avoir couru 10 kilomètres.

La Paz, c'est aussi ses immenses artères commerçantes, garnies de boutiques « à la chez nous », qui contrastent soudain avec un groupe de trois vieillards aveugles qui chantent assis à terre pour se faire un peu de thune.

Je suis retourné au marché de la sorcellerie. Vraiment, j'adore l'endroit. Le marché n'est pas grand et se concentre finalement en une rue piétonnière. A force d'y passer et d'y rester, je connais les mamas qui vendent leurs statues, amulettes et 1001 potions et herbes magiques. C'est super chouette. Je m'assied puis elles viennent à 2, 3 ou 4, on discute, et elles sont toujours toutes contentes de me raconter leur rites et croyances, c'est super intéressant. Puis d'autres se rajoutent. On reste à causer comme ça, et la journée est déjà finie.

Il pleut dehors, c'est violent. Ca a commencé peu avant que je ne rentre dans le cybercafé. Je sais pas dans quel état je trouverai les rues dehors, on verra. Le tonnerre gronde.

Demain, je pars à Tihuanaco, des ruines pré incas non loin de La Paz. Je retourne à La Paz le soir.

Aussi, j'ai emporte mon fœtus de lama séché. Je le mettrai au grenier pour qu'il veille sur la maison. Il parait que ça fait de l'effet (...). J'espère juste que la douane belge ne me le confisquera pas pour cause de maladie tropicale ou grippe moutonnière ou autres. On verra bien.

 

 

 

Envoyé : lundi 14 novembre 2005 23:07:45

Objet : Tihuanaco, coca et cocaïne

 

 

Hier, au lever du soleil, je suis parti dans un bus bondé pour Tihuanaco. Tihuanaco est un grand centre de cérémonies construit il y a plus de 1000 ans. Il serait né d'une civilisation datant de bien avant les Incas, et qui allait les influencer intégralement par la suite. La ville aurait compté plus de 20000 habitants, et s'étendait sur 2,5 kilomètres carrés. Le site n'est malheureusement pas bien conservé du tout...plus grand chose n'est resté debout face au temps, mais surtout face à la furie destructrice et impérialiste des Espagnols en leur temps.

Les conquistadores ont détruit les édifices et les statues, considérées comme des œuvres païennes entravant l'évangélisation des Indiens. Aussi, sur certaines statues remises debout et rassemblées, on trouve des gravures en forme de croix, apposées par les Espagnols sur les objets de culte incas, dans un but d’exorcisme (...).

L'endroit est par contre superbe, situé en plein Altiplano. Les montagnes aux sommets enneigés pointent au loin, la pampa désolée est juste devant soi. Quelques groupes de lamas errent ça et là. Ils sont tout petits ou carrément énormes lorsqu'on ne les tond pas, ce qui n'est pas si fréquent ici puisque la laine de lama fait l'objet d'un commerce effréné.

Il fait froid, malgré le plein soleil. Soudain, quelques gouttes de pluie se mettent à tomber et c'est l'arc en ciel en plein milieu du site! Quel parfait moment d'esthétisme pour les yeux. Yep! Ca vaut la photo!

Avec le ticket d'entrée du site, on a aussi droit à la visite du musée de Tihuanaco. Super intéressant...On trouve en vitrine plein d'objets retrouvés lors les fouilles, qui sont toujours en cours d'ailleurs, des poteries rassemblées par exemple. Ils expliquent chronologiquement toute l'évolution de l'art de cette civilisation, comme l'apparition des couleurs dans leurs instruments, la finition, les représentations de la nature. Les représentations humaines ou de lama ont aussi évolué. Ils passaient d'un art totalement réaliste où une tête de lama était sculptée telle qu'elle, à une forme d'art plus abstrait, où l’on doit encore chercher longtemps avant de deviner le lama dans la pierre.

Aussi, ils expliquent comment cette civilisation a découvert le bronze, pour créer les sous bassements des temples, mais aussi pour les instruments de chirurgie.

Dans une vitrine, une trouve une série de crânes humains déformés. Ils avaient pour tradition de déformer le crâne de certains de leurs enfants dès la naissance. On leur plaçait une couronne de fer sur le crâne dès leur plus jeune âge, et leurs têtes prenaient alors des proportions tout à fait bizarroïdes. Le but de ces coutumes est encore ignoré. Ils supposent que c'était par souci d'esthétisme, ou afin de réveiller certains centres du cerveau, en l'ayant préalablement déformé.

D'autres crânes sont étalés dans une autre vitrine. On voit une série de petits trous dans l'os : les opérations chirurgicales de l'époque. Ils pouvaient déjà réaliser des trépanations efficaces, où ils enlevaient carrément un morceau du crâne du patient pour accéder au cerveau. Ils remplaçaient ensuite le morceau d'os ainsi extrait par une pièce de métal sur lequel repoussait la peau. Parait que c'était bien efficace et que les gens vivaient encore longtemps par la suite!

A midi, je me suis planté dans un petit bui-bui. A la carte...du lama con papas fritas. Mmmm un steak de lama, pourquoi ne pas essayer? Je commence, et je me rends compte que je connais déjà ce goût depuis que je suis ici au Pérou et en Bolivie. Ca a le même goût que les hamburguesas qu'ils vendent en rue! Et voila, j'ai enfin compris que les hamburgers et la plupart des viandes hachées que l'on mange ici ne sont pas des viandes de bœuf mais bien...de la viande de lama. Il aura fallu presque un mois pour que le franc tombe. Et en effet, je suis retourné manger un hamburger dans le centre de La Paz ce midi, je leur ai demandé et oui, c'est bien du lama que l'on flanque dans le hamburger. Moi qui pensais que c'était leur manière d'épicer le truc, ou que leur viande n'était pas trop fraîche, ben non! C'est du lama!

Sur le chemin du retour, je me suis arrêté à El Alto. El alto, c'est comme l'appendice de la capitale La Paz. Les administrations sont distinctes mais vu que El Alto est située en continuation dans les hauteurs de La Paz, on prend souvent le tout pour une même ville. Tous les paysans des environs ou du restant du pays débarquent à El Alto dans le but d'y trouver (enfin...de tenter d'y chercher)  une vie meilleure.

Les quartiers se développent n'importe comment, c'est beaucoup plus rough et pauvre que La Paz. Maintenant que c'est l'été, ils se remettent à bâtir des maisons supplémentaires de manière chaotique à flanc de montagne. Le dimanche, c'est le grand marché d’El Alto. Tout le monde s'y rend depuis La Paz et depuis toute la région pour y faire de bonnes affaires. Comme dans certains quartiers de La Paz, on se trouve véritablement dans un immense marché ou l'on vend de tout. Tout est noir de monde. Vive les pickpockets, je mets mon sac devant moi car on ne sait jamais. On peut à peine bouger.

Les gens sont partout...sur les trottoirs, au milieu des rues, même à vendre des trucs en plein trafic entre les voitures, sur les terrasses des maisons et même sur les ponts qui enjambent les deux grandes artères qui traversent la ville. C'est génial comme ambiance. Et tous ces chapeaux boules et ces couvertures typiques aux couleurs vives que portent les femmes et qui inondent la masse de couleurs, c'est super beau.

Une des deux grandes artères est subitement vidée de son trafic délirant et de ses passants: une course cycliste traverse le faubourg. Ca fait 5 jours qu'ils organisent des courses cyclistes ici à La Paz. Chaque après midi , c'est la même chose...une grande rue se vide, tout le monde s'arrête, on entend plus rien, presque le silence, puis un coup de sifflet et tout le monde se met à crier, les cyclistes débarquent et les encouragements fusent. Le tout sous le soleil couchant.

Les nuages de barbe à papa tranchent la foule, les gens mangent à même le trottoir, des plats provenant parfois de petits bui-buis situés loin de là. On trouve des nanas qui traversent la foule avec de grands plateaux, portant trois ou quatre assiettes avec couverts, verres et tout le tralala, comme dans un vrai resto, à part qu'ici, on va livrer le menu dans la foule quelque part un peu plus loin, à même le sol.

J'ai ensuite repris un mini collectivo pour La Paz, mais je me suis arrêté bien sûr pour les photos du haut de la montagne qui surplombe le canyon de la ville. Waw, c'est trop impressionnant, vous verrez les photos!

La Paz, ça creuse, ça crève! Toutes les rues montent et descendent, il n'y a presque aucun endroit qui ne soit plat, sauf à l'intérieur des maisons (Quand même! Ouf!). A la fin de la journée, j'ai vraiment l'impression d'avoir couru 10 kilomètres.

Hier, j'avais mis mes slashs car, comme il pleut tous les après midi ou tous les soirs, vaut mieux ça que les chaussures de trek qui resteraient mouillées pendant des jours. Vu qu'il ne fait pas chaud, ici rien ne sèche! Non seulement j'avais froid aux pieds toute la journée à Tihuanaco, mais une fois arrivé à La Paz, j'ai glissé sur un de ces vieux pavés qui garnissent les rues. Le cul par terre. Une gentille mama est venue m'aider directement, une toute vieille en plus. Heureusement, rien de cassé, sauf que je me suis foulé la cheville. Je traînais un peu le pied, alors j'ai mis de l'eau bouillante de la douche sur le bobo et j'ai enfilé deux chaussettes pour que ça tienne bien chaud dans mes chaussures de trek aux parfums délicats. Là, ça va mieux, mais je devrai encore faire doucement pendant un ou deux jours je crois.

Ce matin, je suis allé à la poste centrale pour faire envoyer une caisse vers la Belgique. C'était lourd mais je préférais ne pas m'allier les services d'un taxi car les arnaques ici avec les taximen sont infinies, et infiniment variées. Une fois à la poste, tout envoi de colis doit passer par la brigade des stups. Bolivie oblige (...). Quelle longue procédure, je crois que j'ai bien mis trois heures pour envoyer une simple caisse.

On passe tout d'abord aux sous sol, où tout le contenu du colis est vérifié et scruté dans les moindres détails. Tout est déballé intégralement, même les cd's de photos font l'objet d'une attention toute particulière, elle s'est amusée à les sortir des pochettes à chaque fois, comme si j'aurais pu planquer quoi que ce soit là-dedans!

Heureusement, le personnel était super gentil, ce qui rendait les choses encore assez agréables finalement dans ce sous sol plus que glauque. Une Israélienne était devant moi. Elle comptait envoyer toute une série d'encens, de savons et de je sais pas tout quoi à Tel Aviv. Puis la dame de la brigade des stups a commencé à percer tous ses savons et ses trucs à l'aide d'une longue tige en métal qu'elle reniflait ensuite, avant de la nettoyer pour piquer à travers le prochain objet. Ca rendait presque parano tout ça, je commençais à me demander si on n’aurait pas fourré quelque chose dans ma caisse à mon insu alors que je l'avais laissée dans ma chambre d'hôtel. Anyway, ça ne coûte rien du tout ces envois, et c'est passé comme ça finalement. Même mon foetus de lama séché de la buena suerte est parti dans le tas. Bien emballé.

Une autre curiosité de La Paz est le fameux musée de la coca. Un tout petit musée perdu dans une ruelle du centre ville, au fond d'une cour, et vraiment intéressant! Il entend retracer toute l'histoire de la feuille de coca, des ses usages ancestraux dans les Andes jusqu'aux utilisations interdites et actuelles....qui ne sont que le fruit des Occidentaux comprend on clairement.

Un parcours en 20 points, agrémenté à chaque fois de splendides photos et de commentaires complets et sans censure sur la chose. Evidemment, feuille de coca ne veut pas dire cocaïne! La feuille de coca a été utilisée depuis des milliers d'années par les civilisations andines, pour toutes sortes de vertus énergétiques, thérapeutiques et spirituelles. Ce n'est qu'après le passage du blanc conquistador qu'elle s'est vue détournée afin de produire la cocaïne, illicite.

Des restes de feuilles de coca ont été découverts dans des tombes des ruines de Huanco Prieto au nord du Pérou d'il y a +- 4000 ans. On momifiait les morts avec, entre autres, des feuilles de coca en guise d'offrande. Pour les Indiens, la coca est un symbole qui unit le sacré et le profane, elle est aussi au centre du système andin de réciprocité et d'échange. Elle articule tout l'univers andin sur le plan économique, social, culturel et spirituel. C'est comme le symbole de l'identité andine. Les Incas ont ensuite utilise les feuilles de coca comme anesthésiants, afin d'extraire des tumeurs cérébrales par voie de trépanation.

Vers 1500 après JC, le premier conseil ecclésiastique de ces chers Espagnols implantés à Lima a décrété que la feuille de coca était diabolique et qu'elle était un obstacle à la christianisation (...). Elle a donc été interdite de production et de consommation.

Par après, une fois que les Espagnols eurent bien colonisés les Indiens et les eurent réduits à l'état d'esclaves de Jésus...revirement de situation. La feuille de coca est à nouveau licite, puisque les colons se rendaient compte qu'elle améliorait le rendement des Indiens esclaves au travail.

Dans les mines d'or, à Potosi par exemple, à cette époque, la consommation mensuelle de feuilles de coca équivalait à 450 kilos d'or! Les Indiens se rendaient ainsi la tâche moins insupportable et moins invivable, ce qui arrangeait bien sûr leurs colons. Du coup, les colons faisaient le sacrifice de respecter les traditions locales.

Vers la fin du 19ème, un Allemand découvre le dérivé de la coca, la cocaïne. A ce moment, la coke est légale. Elle est tout d'abord utilisée comme anesthésiant et dans des boissons (...) comme du vin de coca, vendu en France, et dans le Coca Cola tam bien! (Ce n'est que depuis 1911 que le Coca cola ne contient plus de cocaïne!). Vous saviez que Freud était le premier junkee cocaïnomane de l'histoire? Il en avait tellement consommé qu'il en a attrapé un cancer du nez!

Vers 1950, les pays occidentaux se sont acharnés à éradiquer les cultures de « drogues » dans les pays andins. La drogue était, selon eux, la cause du non développement de ces pays. Conséquence: on détruit les champs de coca, producteurs de cocaïne alors qu'ils sont tout autant producteurs de la pure feuille de coca, tradition ancestrale andine.

Conséquence 2: les Indiens pauvres, tentés par ce marché florissant au service du blanc cocaïno adepte, persévèrent et se font incarcérer car tombent dans l'illégalité.

La feuille de Coca des Indiens a donc été détournée de ses vertus premières par l'homme blanc, et c'est ce même Blanc qui, par la suite, l'interdit, brise des traditions andines ancestrales et fait mettre en prison de pauvres indigènes qui se lancent dans ce commerce certes illégal, mais fait pour subsister.

Par le biais de conventions internationales, les Occidentaux, avec pression sur les pays andins,  vont même plus loin. Une loi internationale sur la coca et les substances illicites dispose que « tous sont narcotrafiquants jusqu'à ce qu'ils démontrent le contraire ». La présomption d'innocence passe même à la trappe.

Actuellement, la culture de la feuille de coca est licite (sans en faire de la cocaïne), même s'il est interdit d'en exporter. Evidemment, on se doute de ce qu'elle deviendrait dans les laboratoires européens ou américains ayant une fois passé la frontière bolivienne! Mais où est la limite, la frontière à ne pas dépasser par les Boliviens, alors que le marché de la coke est tellement florissant...grâce aux riches Blancs!

A la fin de la visite, un grand panneau avec la « prediction de coca ». A la fin de cette prédiction, une phrase qui reprend le tout et que je n’ai pas pu m'empêcher de recopier, tellement elle résume bien le tout.

Le titre est « la malédiction de la légende ». « ...quand le conquistador blanc a touché à la feuille de coca, tout ce qu'il a su trouver, c'est du venin pour son corps et de la folie pour son esprit, et quand la coca a tenté d'apaiser son coeur, ça n'a fait que le briser, comme le cristal des glaces détruit les montagnes, car son coeur est aussi dur que son épée et son armure ».

 

 

 

Envoyé : mardi 15 novembre 2005 21:57:13

Objet : Les manifs et grèves boliviennes vont elles recommencer?

 

 

La dernière nuit à La Paz était vraiment splendide. J'étais perché sur le toit de l'hôtel, en plein centre ville. Une fois 21 heures, le bruit de la circulation s'estompe, les rues se vident...la nuit s'annonce doucement comme une sorte d'accalmie au hectique de la journée.

Je ne sais pas d'où ça venait, mais une douce musique de flûte de pan berçait tout le voisinage. C'était si apaisant tout à coup. Puis, ces 1001 lumières au loin, garnissant les flancs du canyon qui encercle la ville, et ce ciel noir sans le moindre nuage, avec une voûte parfaitement étoilée pour couronner le tout. Un rêve éveillé, alors que la nuit n'avait pas encore commencé.

Ce matin vers 9 heures, je quitte l'hostal Torino. En attendant le taxi devant la porte, j’entends des sifflets, des pétards et des gens crier en haut de la rue, sur la plazza Murillo. Une manifestation des mineurs cette fois. Ca a l'air assez chaud. Des hommes sont en train d'hurler dans de grands hauts parleurs avec de grands faits et gestes, les femmes suivent en levant le poing. Elles savent être très viriles ici les femmes, c'est parfois trop marrant, comme l'autre jour dans le marché, j'en ai vu une qui a commencé à taper un autre homme. L'homme ne réagissait pas, c'était la mama qui menait la danse! C'est vrai qu'elles ont largement la carrure ici, une fois passé un certain âge.

Et voilà une manifestation de plus. Du coup, c'est l'embouteillage dans tout le centre ville, on se retrouve pris avec le taxi en plein dans le cortège. Le taximan me dit que la route vers Cochabamba est complètement bloquée.

Les manifestants ont l'air assez agressifs en plus, un flic est là et se fait insulter par deux hommes, ils s'approchent de lui avec des gestes menaçants. On est à deux mètres, j'avais déjà mis mon sac sur mon dos au cas où on aurait été amené à quitter le taxi.

Tout était plus ou moins calme depuis des mois, depuis le mois de juin en Bolivie. Les manifestations et les barrages routiers avaient plus ou moins cessé, j'espère que ce ne sera pas mon cadeau de bienvenue au pays que tout recommence. On verra bien!

J'arrive à 10h20, juste le temps d'acheter un billet pour le bus de Oruro qui part à 10h30. Je suis assis à côté d'une dame super cool, elle est vraiment sympa, on cause pendant une bonne partie du trajet. Elle me dit que cette manifestation est ponctuelle, et que les troubles ne se limitent qu’à la ville de La Paz. Tant mieux. Autre son de cloche que celui du taximan. Anyway, qui vivra verra.

Tout à coup, alors qu'on était en route depuis deux heures, le bus freine, on distingue au loin plusieurs silhouettes de véhicules qui se trouvent au milieu de la route...ça y est! Un barrage! Eh oui, ça recommence! Notre bus a fait marche arrière, et s'est avancé sur un chemin de terre et de cailloux en plein dans la pampa pendant deux heures. Ainsi, on arrivait à contourner les barrages. On voyait la route goudronnée au loin, bourrée de camions et d'autres véhicules à l'arrêt.

Le bus soulève des nuages de poussières en passant, tout rentre dans le bus, on est obligé de se mettre le nez dans le t-shirt car ça devient presque irrespirable. La route continue à travers la pampa, avec ce bus qui était tout sauf un bus destiné à faire du 4x4. Heureusement, deux ou trois autres véhicules nous suivaient derrière au cas où on tombait en panne ou autre problème. Ca balançait de droite à gauche, la roue s'est à deux fois prise dans un terrain mouvant et on a dû descendre pour pousser le bus. Tout à coup, yes, c'est la pluie qui tombe. Pour compléter le tout...La poussière brunâtre qui s'était posée sur les vitres se mélange aux gouttes de pluie et forme une délicieuse mâche sur tous les carreaux, la foudre gronde, les éclairs tombent...c'était vraiment trop dingue!

Ma voisine Angela commençait à avoir peur. J'essayais de la rassurer en rigolant un peu, même si c'est elle qui connaît le pays et même si je n’étais pas plus rassuré qu'elle, mais bon. On est finalement arrive à Oruro vers 17 heures.

Oruro, c'est la seule grande ville perdue dans le sud de l'Altiplano bolivien, avant les déserts de sel du grand sud. La ville est assez speece, mais le temps doit y être pour beaucoup. De première impression, ça ne donne pas trop envie d'y rester. Les gens n'ont pas l'air très sympa, contrairement à La Paz par exemple. On m'a raconté que c'était assez dangereux comme ville, surtout le soir. Le temps est dégueu, puis y a rien de spécial à y faire. Je me demande en fait ce que je suis venu faire ici. La ville est intéressante pour son carnaval des diables en février, mais à part ça...bof.

Le ciel est ténébreux, presque bleu marine alors que le jour ne s'est pas encore couché. Il y a plein de vent froid dans les rues, la poussière vole. Au loin, on devine comme des tempêtes de poussières ou de sables soulevés par les vents de l'Altiplano. En marchant dans les rues, on est obligé de fermer les yeux à moitié pour ne pas se ramasser la poussière du vent.

J'irai scruter la ville demain mais à mon avis, je filerai en bus de nuit demain soir pour le majestueux Salar d’Uyuni, à la frontière chilienne. Il parait qu'il fait encore plus froid là-bas et que cette région est l'une des plus rudes de toute l'Amérique du sud. Vive l'aventure! 

 

 

Envoyé : jeudi 17 novembre 2005 12:48:46

Objet : Je pars jusque dimanche dans le salar

 

 

Hé là-bas ! Je ne reste pas longtemps. Je pars dans une heure et demie pour un circuit de 4 jours dans le Salar d’Uyuni, avec l’agence Andrea tours de Uyuni, recommandée par le Lonely Planet. Voilà le téléphone au cas où je ne reviens pas : 693-2638. L’adresse... Arce 26, Uyuni. Je reviens dimanche 20 dans l’après-midi donc vous aurez news lundi matin. C’est safe, no problem. À mon avis ça va être le clou du voyage, regardez seulement sur Internet Uyuni ou Salar d’Uyuni.

Je suis un peu crevé en fait je n’ai pas fermé l’œil de la nuit car trajet en bus était horrible mais ce n’est pas grave ! On ne marche pas, tout se fait en jeep, logements confort, avec couvertures en suffisance etc... Je pars directement, je reste pas glander un jour comme prévu car il fait plein soleil aujourd’hui, et aussi y a un groupe qui partait aujourd’hui à quatre dont moi, sinon je devais peut être attendre quelques jours.

Allé, bye bye. A lundi !

 

 

 Envoyé : dimanche 20 novembre 2005 22:54:20

Objet : La majesté du Salar d’Uyuni...still alive!

 

 

Mercredi, j'avais quitté Oruro vers 21 heures, sans vraiment savoir ce qui m'attendait. Le meilleur, mais aussi le pire, et pendant presque tout le trajet jusqu'à Uyuni!

On avait à peine quitté la gare routière d'Oruro que l'on se rend compte qu'on a oublié un passager. "Falto uno passagero" ils commencent à crier dans tous les coins. Le chauffeur n'entend apparemment pas, et ils se mettent tous à taper du pied, comme l'autre fois à Nazca. Ca doit être à la mode ici pour s'exprimer en cas d'urgence. Le conducteur, une fois mis au courant, ne veut pas s'arrêter. Tout le bus commence à crier, disant qu'il fallait changer de chauffeur. On entend une toute vieille mamie crier « relationes humanas es importantes » ou quelque chose comme ça. Elle faisait son petit plaidoyer à elle toute seule dans l'espoir d'aller repêcher la dame manquante à la gare routière, mais sans effet. J'aimerais bien voir qu'on dise ça chez nous...lorsqu'un inconnu manque dans le bus, que les autres passagers, par solidarité, s'expriment pour ne pas le laisser dans la merde. Chez nous, on aurait continué la route en silence sans rien dire et sans se soucier de l'autre.

Finalement, la petite dame a rejoint le bus en taxi. Elle nous a rattrapé alors qu'on avait déjà quitté la ville.

Ayant à peine quitté Oruro, on s'engage dans une pampa désertique et poussiéreuse. C'est presque la pleine lune, on peut tout voir à l'horizon. Pas un nuage dans le ciel, juste les étoiles. La lune éclaire ces étendues de sel qui se profilent déjà à l'horizon et qui se reflètent comme un miroir opaque. C'est splendide.

Au loin, il doit y avoir un orage, les éclairs claquent et agrémentent le tout d'un peu de magie supplémentaire, même si pas une goutte de pluie ne tombe sur nous. Le bus soulève des nuages de poussières. Il fait complètement noir dans ce bus mais je sens tout à coup mon nez s'encrasser et ma gorge gratter. Tout rentre par le plancher et les fenêtres non hermétiques. Pas grave, la magie du moment vaut bien ça!

Ca me rappelle un trajet de nuit que j'avais fait en bus en Inde en 2002, entre Jaisalmer et Bikaner, au bord du désert du Thar, près du Pakistan. En plus, je suis assis à la même place, tout à l'arrière du bus, sur la droite. J'avais jamais oublié ce trajet, je ne sais pas pourquoi. C'était aussi presque la pleine lune cette nuit là, aussi à travers des étendues désertiques de la planète, la même ambiance. Je tenais aussi mon sac sur mes genoux pour éviter les secousses dans les appareils, et un petit Indien de peut être 6 ans s'était endormi en posant la tête sur mon épaule, alors qu'il ne me connaissait même pas. Je n'avais presque pas dormi du trajet tellement les paysages de nuit étaient splendides, et au matin, j'étais allé me reposer dans le temple des rats. Là, j'ai l'impression de revivre le même voyage tout à coup. Trois ans ont passé.

Je ne suis même pas fatigué, les heures passent, le spectacle est tellement beau. Ce genre de moment où tu te sens tellement loin et détaché de tout, où les visions de l'esprit s'élargissent soudain, comme une élévation méditative grâce à l'immensité de ce qui se profile devant toi.

Vers minuit, la route change soudain de "texture". On s'engage sur une route qui n’est même pas tracée, faite de cailloux, on est secoué comme jamais. J'espère que ça ne durera que quelques instants...mais l'état de la route sera le même jusqu'à l'arrivée, soit plus ou moins cinq heures plus tard!

Ce vieux bus craque de partout, il tangue sans arrêt, on décolle de son siège toutes les 30 secondes. Je n’avais peur que d'une chose...que ça ne bouzille mon matos photo, mais heureusement, tout est arrivé entier. Je n’ai finalement pas fermé l'oeil de tout le trajet, jusqu'à l'arrivée à Uyuni.

De temps en temps, on traverse un petit village de maximum 20 maisons. Tout est délabré, tout semble abandonné du monde mais l'une ou l'autre lumière brûle encore à cette heure tardive pour nous laisser penser le contraire.

Soudain, un gros "pchhhht" réveille le bus. On vient de crever un pneu. Pas étonnant sur cette route de m.... On s'arrête dans un village endormi. On est en Amérique latine mais on se croirait au Far West dans un décor de Western. Quelques personnes mangent des soupes à la rue...il est deux heures du matin ou quelque chose comme ça. Un microcosme de vie en pleine pampa désertique et obscure.

La route continue, les bosses et secousses aussi. On traverse d'immenses flaques d'eau ou de petites rivières formées sans doute car c'est la saison des pluies. Je ne dors toujours pas.

Finalement, on arrive à Uyuni vers 4 heures du matin. Ouf! Même si on n’est pas encore au bout de nos peines.

Il fait gelant, tout est noir, on me dit que c'est la gare routière mais je vois presque rien dehors. Les passagers restent dans le bus. On peut y dormir jusque 7 heures. Tout le monde trouve une place où il peut. Certains restent sur les sièges, d'autres, dont moi, se couchent à terre dans le couloir entre les sièges. Le conducteur part dormir dans la soute à bagages. Peut être qu'il y fait plus chaud. Je somnole peut être une heure, je n'arrive pas à trouver vraiment le sommeil.

Vers 6 heures, le soleil se lève. Je sors, il fait gelant. Vraiment, c'est hard, j'ai 4 couches de t-shirts et de pulls sur moi, deux caleçons plus deux pantalons et deux paires de chaussettes, et ça passe même encore à travers! Le soleil commence à éclairer la rue. Des gens sortent de je ne sais trop où, sans doute des autres bus qui sont parqués un peu plus loin dans la rue. Comme des fantômes déambulant à contre jour, ils se rejoignent tous au milieu de la rue, emmitouflés dans des bonnets et couvertures. Une dame arrive avec une espèce de casserole remplie d'huile bouillante et une petite table. Yes! On va pouvoir acheter quelque chose à manger! La bonne humeur est au rendez-vous. La dame prépare des espèces de pains jetés dans la friture, c'est écœurement gras mais qu'est ce que ça fait du bien, en plus avec ce café là...un vrai délice même si ce pain n'a aucun de goût!

On doit attendre jusque 7 heures pour les bagages. Le chauffeur nous a offert l'hospitalité de son bus jusqu'a cette heure là, mais c'est alors 7 heures pour prendre les bagages dans la soute, et non 6h30, même si tout le monde ne demanderait pas mieux que de pouvoir partir maintenant que le soleil s'est enfin levé.

Une dame s'impatiente, mais une autre lui répond sèchement qu'il faut respecter le sommeil du chauffeur et de son apprenti qui dort parmi les passagers sur une banquette.

Il est 7 heures, on peut enfin partir. Le grand village d'Uyuni s'éclaire d'une lumière orange, les chaudes caresses du soleil font trop de bien, le froid est tout à coup presque oublié.

Je tombe dans un petit hôtel connu pour ses douches chaudes, ce qui n'est jamais garanti ici. Je pensais me reposer ici un jour, mais il fait plein soleil et je tombe à l'agence Andrea tours qui me raconte qu'un groupe est fin prêt à partir pour un tour de 4 jours dans le Salar, dès 10h30. Parfois, il vaut mieux ne pas trop réfléchir. Je prends. Puis ce soleil m'excite trop, s'il faisait gris ou s'il pleuvait, ce serait vraiment la merde de se rendre dans le Salar avec un temps pareil!

A 10h30, j'avais rendez vous devant le petit bureau de l'agence Andrea tours. Je sentais la nuit blanche me rattraper mais rien de tel qu'un bon gros paquet de M&M's importés du Chili et une bonne tasse de mate de coca pour se remettre en route et parfaitement en forme.

On embarque. On achète plusieurs bouteilles d'eau car il est naturellement difficile d'en trouver sur place. Je me retrouve avec un Suisse super cool et un couple de Polonais venant visiter un autre ami polonais vivant ici. Le guide s'appelle Juan. La bouffe des 4 jours est planquée dans le coffre de la jeep, les bagages sont attachés sur le toit avec des cordes sous une bâche. Andiamo!

Après une heure de route sur une piste une fois de plus caillouteuse au possible, on aperçoit au loin le blanc du fameux Salar d’Uyuni. Je suis tout excité car ça fait des mois que je zieute des photos de ce truc sur Internet, et m'y voilà enfin! Le Salar d’Uyuni est le plus grand désert de sel au monde. Imaginez un instant...un ciel parfaitement bleu, sans le moindre nuage, avec un soleil torride. Pour seule autre teinte devant soi, du blanc, du blanc, rien que du blanc, sans le moindre relief, et à perte de vue. Nous y sommes. C'est tout simple, mais c'est carrément grandiose!

On dirait de la pure neige sous un plein soleil. Le reflet de l'astre brûlant sur ce tapis de sel est aveuglant et crame la rétine. Heureusement qu'ils avaient prévenus d'emporter des lunettes solaires. J'en ai trouvé rapidos à Uyuni avant de prendre la jeep. J'ai vraiment une tête de Terminator avec ces imitations Gucci, mais qu'est ce qu'on s'en fout!

On trace dans le sel. A certains endroits, la pluie des derniers jours s'est accumulée et forme comme un immense miroir de glace avec le soleil. C'est carrément surnaturel. On aurait envie de plonger dedans, sans savoir trop par quel côté commencer...le ciel ou la terre? Il fait pétant de chaud dans la jeep, mais frais au dehors. On aurait envie de se rouler dans cette étendue blanche et limpide, mais elle est dure comme la pierre.

Après deux heures de route dans une des plus  profondes solitudes par rapport à ce monde, on aperçoit au loin comme un mirage, comme une île imaginaire flottant au milieu de ce néant de blanc. L'île semble surélevée du sol, le soleil nous joue des tours. C'est la Isla de Pescadores. On s'approche, on se croirait en pleine hallucination. Mais non, ce ne sont pas des champignons OCB qui peuplent l'île, mais bien des centaines de cactus géants. Comme une part de vie laissée seule en plein désert de neige, au milieu de nulle part. Les cactus s'élèvent chaotiquement dans les airs, comme une danse sacrée de la nature.

Ca me donne l'impression d'être dans une forêt enchantée, une vision de rêve, surnaturelle. Certains cactus ont près de 1200 ans. Le plus grand a 12 mètres de haut, et ces créatures ne grandissent qu'à raison de un centimètre par an!

Perché au sommet de l'île et entouré de ces amis cactus, on se croirait presque dans le mirador d'un vaisseau spatial à scruter l'horizon pour détecter d'éventuels envahisseurs.

La route continue dans cette perle de sel. Majestueux. Le ciel est totalement net, le sol aussi mais dans une autre teinte. On se croirait de retour dans un monde originel, dénué de tout, remis à zéro. Quelle sensation succulente! L'endroit est vraiment sublime. Des tas de visions me viennent à l'esprit, ça ne me parait même plus réel, c'est délirant. J'adore.

Plus tard dans l'après-midi, on quitte le blanc du Salar pour trouver à nouveau des terres complètement desséchées et poussiéreuses. Des paysages lunaires tout aussi étranges que ceux qu'on vient de traverser, mais dans un tout autre genre. Une toute autre ambiance aussi.

Des roches volcaniques centenaires aux formes bizarroïdes qui semblent être tombées droit de la voûte céleste, comme si le plafond du ciel avait craqué par endroits et avait laisse tomber ses débris sur Terre.

On sort d'un énorme nuage de poussières soulevé par notre passage et un troupeau de lamas traverse la route. Ils sont là, en pleine nature, sans Dieu ni maître. On fait une pause. Maîtres des lieux, les lamas nous accueillent dans leur royaume. Je les approche de plus près et ils ne semblent même pas troublés ou importunés par ma présence.

Ils se laissent approcher et me fixent du regard, de leur air si stupide mais si doux.

A qui appartiennent ils? Où dorment ils? Où vont ils? Nul ne le sait, ils sont juste là. Et bien réels!

Le premier soir, on est tombé dans un petit village de l'Altiplano, San Juan. Une seule rue  minuscule, avec le cimetière à une extrémité, un étang où viennent s'abreuver les lamas de l'autre. Une petite église se trouve entre les deux. On trouve 22 maisons en tout, chacune porte un numéro au dessus de sa porte, garni de fleurs ou de plumes d'oiseaux. Le soleil se couche et plonge l'endroit dans ses lueurs orange. Le vent se lève.  Il est violent et glacial. Le village fantôme s'endort, même s'il semble ne s'être jamais réveillé.

Une fois 19 heures, plus d'électricité nulle part. On s'éclaire à la bougie. Félix, un des Polonais du groupe, vit en Bolivie depuis 25 ans. Il nous apprend plein de trucs avec le guide, et sans tabou. C'est génial.

Le lever de soleil est tout aussi magnifique. Tous les lamas du coin se sont donne rendez-vous au bord de la pièce d'eau du village qui leur offre un parfait miroir avec ce soleil levant. On quitte San Juan vers 7 h 15, on longe la frontière chilienne qui n'est qu'à quelques centaines de mètres de là. On traverse une ancienne voie de chemins de fer dont les rails sont tordus, brisés, rouillés. Le passage à niveau s’est effondré et gît entre les cailloux. Une maison fantôme complètement délabrée fait office de mémoire d'un passé bien trop lointain à présent.

Un volcan de 5500 mètres se profile sur la droite. Il crachote cette fumée éternelle depuis son sommet. Face au volcan, des monticules de pierres ont été entassées comme on en trouve souvent ici dans les étendues désertes. Ils sont là pour honorer les esprits et pour apaiser les rages éventuelles du Dieu volcan. On ignore qui les a posées ici à cet endroit. Nul ne le sait. Pas une âme à la ronde. Toutes les étendues sont sèches, désertes, juste garnies de rochers et de cette éternelle poussière qui enveloppe la jeep d'épais nuages dont on ne voit pas au travers. On avance parfois à l'aveugle. Heureusement que le chauffeur connaît l'endroit et qu'on a pas encore croisé le moindre véhicule en sens inverse!

Les routes sont chaos. On doit s'accrocher aux barres de l'habitacle pour ne pas se cogner la tête contre les carreaux ou le plafond du véhicule. Le moteur peine par moments. Espérons qu'il ne tombe pas en panne ici ou qu'on ne crève pas de pneu. Sinon, ce serait l'improvisation.

Vers midi, on se trouve au bord d'une lagune immense, entourée de montagnes tout aussi imposantes. Une bande blanche de sel tranche les eaux de blanc. La lagune est colonisée par des hordes de flamands roses picorant en paix au milieu de l'eau et dédoublés par son reflet limpide. C'est génial de trouver soudain ce microcosme de vie dans ces terres oubliées, moi qui croyais que toute forme de vie avait bel et bien disparu. Agréable sensation d'être le témoin de ces troupes de volatiles perdus dans cette immensité solitaire.

On trouve encore d'autres lagunes...blanches, aux eaux de couleur jaune car contenant du souffre, et le clou du spectacle est la laguna colorada. Des eaux allant du rouge vif au rouge bordeaux, sous un splendide coucher de soleil.

On arrive dans une espèce de refuge délabré vers 18 heures. Le soir, le vent est glacial, on est à 4500 mètres. Je pars voir le coucher de soleil avec le Suisse pour les photos, puis en retournant au refuge, on trouve la Polonaise dans le dortoir, les lèvres bleues, pleurant, en se tenant la tête entre les mains et en poussant des gémissements de toutes les sortes. Elle dit que sa tête va exploser. C’est vrai qu’elle n’a vraiment pas l'air bien. On est à 4500 mètres, c'est à cause de l'altitude. Heureusement que j'avais du Diamox en trop, je lui ai refilé quelques pilules magiques et hops, ça allait déjà mieux. Elle a encore gémi toute la nuit mais au matin, elle était plus ou moins normale. Ouf, elle n'était pas morte. Car ça peut arriver!

Vers 5 heures, les rayons du soleil pénètrent dans le dortoir glacial. Je suis dehors dans la minute, appareil photo en main, j'ai jamais vu un truc pareil...ce soleil sur la lagune, c'est trop beau. Ca valait le coup de sortir en slashs dans ce froid, alors que mes chaussettes étaient dehors pour aérer mais s'étaient envolées avec le vent pendant la nuit.

A 7 heures, on était déjà dans la jeep, à la conquête de nouvelles merveilles. Après une heure et demie de route, l'horizon s'illumine de fumerolles parsemées au bord de la piste. Derrière une butte que l'on gravit à pieds se trouvent d'immenses geysers brûlants qui s'élèvent parfois à 5 ou 6 mètres dans les airs. Le guide nous dit de faire attention car, il y a deux ans, une touriste est tombée dans une des marres bouillonnantes. Elle a été intégralement brûlée au troisième degré et est morte sur place. Je m'approche pour les photos et merde, est ce que je ne glisse pas sur la terre boueuse qui entoure une de ces marmites en ébullition! J'ai immédiatement planté mes doigts au plus profond de cette boue et, heureusement, je n’ai pas glissé un centimètre plus bas. Mais quand même.En plus, je faisais attention!

Ca fait sans doute du bien de se faire rappeler de temps en temps qu'on est complètement vulnérable, et que tout peut arriver à tout moment.

Une forêt de rochers dévale le flanc d'une montagne. On la dirait tout droit sortie d'un des tableaux du maestro Dali. Encore une vision spectaculaire et troublante. Est ce vraiment la nature qui, sans s'en rendre compte, nous offre ces oeuvres d'art? Ou?

Une des autres merveilles de ce sud ouest de l'Altiplano est la laguna verde. Un immense lac à flanc de montagne, d'un vert éclatant, bordé d'une écume blanche et aveuglante. Au bord de ses eaux, toujours ces petits amoncellements de pierres formés par l'Homme pour nous rappeler que nous ne sommes pas seuls et que les esprits veillent sur nous.

Dans l'après midi, on est tombé dans un petit village d'une cinquantaine de maisons, Villamar. On est à 3800 mètres d'altitude, soit un peu moins haut. On sent la différence. La transition est violente, j'ai un bourdonnement d'oreilles infernal, comme si ma tête allait craquer de toute part. J'ai même l'impression de perdre un peu l'équilibre en marchant. Mais ça passe. Apres une petite heure (...). No stress, c'est normal. Tout n'est que force intérieure de toute manière!

Les autres vont pêcher dans la rivière en contrebas du village. Moi, je reste à Villamar. L'endroit me tente bien. Il y a plein soleil, il fait bon, le village est calme, juste quelques enfants jouent sur la place principale, qui est minuscule. Puis, le brave troupeau de lamas sauvages qui broutent l'herbe même devant la cour de la maison me convainc définitivement de rester. Et sans regrets...

Je pars acheter une bouteille d'eau à la seule tienda du village. La dame de l'épicerie est super sympa, elle est là avec sa fille et son bébé. Tous les gosses jouent sur la place. C'est samedi, donc pas d'école. Je m'approche avec mon appareil photo en bandoulière et ils me demandent de les prendre en photo. Yep! La plazza s'échauffe soudain, ils viennent à tour de rôle regarder les photos qui s'affichent sur mon écran digital. Ils n'en reviennent pas, c'est trop marrant. Ils me demandent si on capte la télévision avec mon appareil photo. Tout le monde se bouscule pour voir sa tête s'afficher sur l'écran et moi, naturellement, je ne demande pas mieux.

Ils me demandent si je n'ai pas de bics ou papiers pour l'école. J'en ai encore pleins dans mon gros sac resté dans le dortoir, je leur promet de revenir dans une heure ou deux, juste le temps pour moi de grimper sur la butte qui surplombe le village, avant de passer chercher les cadeaux.

Une fois en haut, le silence est impressionnant, la solitude est écrasante, cette étendue infinie l'est tout autant. Le ciel est d'un bleu presque fluorescent, je me promène sur ces terres asséchées. Pas un bruit...juste le vent qui souffle dans les quelques broussailles aux pieds des rochers.

Tout à coup, les deux meneurs de la bande me rattrapent. Angelo est bolivien, Danielo aussi, mais ses parents sont partis travailler au Chili. J'ai appris par la suite que c'est ainsi. Beaucoup de Boliviens des régions les plus pauvres partent travailler au Chili voisin, où les salaires sont plus hauts. Mais la loi chilienne interdit à toute femme ayant un enfant de travailler! Conclusion, Danielo reste à Villamar, en Bolivie, chez ses grands parents, il ne peut accompagner sa mère qui vit au Chili depuis trois ans. Ils ont +- 12 ans.

On se promène un peu puis ils me prennent par la main. Ils veulent m'emmener quelque part le long de la roche qui borde le village. Ils m'expliquent en espagnol qu'ils veulent me montrer la "momia". Je ne pense pas plus loin.

On grimpe entre les rochers. Ca monte à pic, je suis tout essoufflé et eux filent comme des lézards entre les pierres sans le moindre problème. Je suis jaloux! On arrive dans une espèce de grotte remplie de mouches. Au fond, un puit lumineux éclaire une espèce d'autel de pierres remplie d'ossements humains et de mouches.

Trois crânes sont étalés sur des peaux de lamas. Une peau desséchée et brunâtre recouvre encore certaine endroits. Dans le tas, on devine aussi des côtes, des tibias et un pied. Deux sandales d'enfant sont aussi sur l'autel. Soudain, mes deux guides deviennent sérieux et m'expliquent, avec plein de respect, que ce sont les restes des trois grands pères des trois principales familles du village. Quel honneur de me faire voir ça, alors que je les connais à peine ces gamins! Au dehors de la grotte, un autre autel de pierres, beaucoup plus grand, où reposent les trois grands mères. Ils ont été enterrés dans cette grotte surplombant le village pour veiller sur leurs familles et sur les habitants.

On continue la route, ils veulent me montrer un avion. Et oui...sur un des sommets de la butte se trouve une queue presque intacte d'un petit avion qui s'est crashé dans le coin il y a 8 ans. Le débris est posé là comme trophée. Ils sont tout fiers de poser pour la photo, assis sur le débris d'avion en haut du rocher.

On continue à marcher mais la fatigue me gagne. Je leur donne rendez vous une heure plus tard sur la plazza. Et là, c'est la distribution de quinze des bics que j'avais emporté. C'était presque l'émeute mais tout le monde en a eu un. Juste qu'ils se disputaient pour en avoir un bleu ou un noir. On a encore joué au foot, le soir, avec les gamins du village, le Suisse et deux Israéliens qui passaient par là. Je m'étais mis comme goal keeper, so je ne devais pas trop courir.

Le dernier jour était essentiellement consacré au retour sur Uyuni. On devait parcourir plus de 350 kilomètres dans la pampa chaotique. Sur la route, d'immenses rochers volcaniques s'élèvent dans les airs, dont on devine parfaitement des visages d'homme, de condor, c'est trop speece!Et c'est purement naturel!A croire que des esprits sculpteurs seraient passés par ici.

On est finalement arrivé à Uyuni vers 15 heures, après avoir fait un tour dans l'immense cimetière des trains, situé à la lisière de la ville. Des dizaines de locomotives à vapeur, de wagons et toutes autres sortes de matos rouillés, rongés par les années s'entassent là, c'est assez impressionnant! En fermant les yeux, on entendait comme le hurlement des cheminées des locomotives au loin. Encore un endroit trop speece et propice à l'imagination!

Là, je glande un peu à Uyuni. A 2 heures du matin, cette nuit, je prends un train pour Tupiza. Il y en a deux par semaine, je n'ai pas le choix. Tupiza est un village situé plus au sud, dans une des régions les plus magnifiques d'Amérique latine, un peu comme ici. J'y serai demain matin.

En tout cas, le Salar de Uyuni, c’est vraiment grandiose!  De ma vie, je n’avais jamais vu de mes propres yeux des paysages aussi impressionnants et d'une telle majesté. De vrais lieux d'élévation de l'esprit. Ca valait bien ces quatre jours de jeep, de froid et de voyage quand même assez rude. Si c'était à refaire, je repartirais demain.

Là, une bonne douche chaude m'attend à la guesthouse...ça fait 4 jours sans se laver sauf les dents. Miam miam...mais c'était ça ou l'eau glacée alors... Allez voir sur google images, tapez Uyuni, Salar d’Uyuni, ou Laguna Colorada, Isla de Pescadores etc...En attendant mes photos! J'en ai fait +- 600! 

 

     

 

     

 

 

 

 

Envoyé : mercredi 23 novembre 2005 21:20:16

Objet : Tupiza...perdu en pleine pampa!

 

 

A peine rentré du Salar à 16 heures, j'avais exactement 8h30 pour me reposer un peu. Seulement un train par semaine joint Uyuni à Tupiza, alors je n’avais pas intérêt à le louper. A peine au pieu à 21 heures, j'étais à nouveau levé vers 0h30. Les chiens errants sont les maîtres à cette heure là. Quelle horreur!

Uyuni dort profondément: seul un groupe d'une dizaine de poivrots errent sur la place. Certains sont en train de se battre mais on dirait que c'est pour rigoler. J'arrive à la gare, tout est mort. A peine une petite lumière dans le hall. Je demande à un vendeur de biscuits s'il y a moyen d'avoir un café chaud quelque part. Il m'envoie me promener sur les voies obscures et sans âmes. Une lumière jaillit d'un des coins de la plateforme et là...quel réconfort! Je trouve une espèce de bar avec des gens endormis sur les tables ou à terre, des néons verts, roses et mauves, et une vielle chanson de Cher des années 80. C'est sans doute la salle d'attente de la gare.

Le train part à 2h30. Il entre en gare et toutes les portes sont fermées à clef. On se demande si on pourra y entrer avant le coup de sifflet...pas moyen d'ouvrir ces portes. Heureusement, le chef de gare arrive à temps et déverrouille le tout.

Les wagons sont plongés dans le noir. L'air est malsain, ça sent la chambre mal aérée au matin. J’entends ronfler ça et là. Heureusement que j'ai mon briquet en poche pour trouver le siège numéro 38.

Un gamin n'arrête pas de pleurer. Un gosse qui pleure, ça doit être le bruit le plus dérangeant au monde. Comme un réveil de vieux démons enfouis je ne sais pas trop où.

Vers 8h30, on arrive à Tupiza. Les paysages qui défilent depuis le lever de soleil sont magnifiques, teintes de sépias, de rouge et de vert. Tupiza est une petite ville toute tranquille. Pas grand chose à y voir ou à y faire, son principal attrait réside dans la splendeur de ses environs. Tupiza est perchée dans les régions les plus spectaculaires de Bolivie, et même de toute l'Amérique latine pour certains.

Une ville fraîche et jeune. Elle compte 20000 habitants, et plus de la moitié a moins de 20 ans! Il y plane une atmosphère irrésistible de Far West. Les hommes aux chapeaux de cow boys, les cactus à profusion, ce ciel bleu sans le moindre nuage et cette chaleur torride, ces montagnes rouges, ocres, sépias, grises et vertes qui s'étalent à 360 degrés.

La tribu originelle de Tupiza est celle des Chiochas. Une tribu mystérieuse dont on ne sait que peu de choses, mais dont la culture et les richesses ont été en bonne partie anéanties part l'arrivée des Incas il y a 500 ans.

La ville est dominée par une immense statue blanche de Jésus, les bras tendus, comme embrassant toute la superficie des lieux. On y arrive par un petit sentier perdu dans les montagnes et ponctué par de petits édifices représentant les différentes étapes du chemin de croix. Hier matin, à 6 heures, je pète la forme. C'est marrant, je me réveille chaque matin à cette heure là et de moi-même, sans alarme. Le soleil se lève vers 5h30.

Le village se réveille petit à petit et je prends ce petit sentier qui mène au grand Jésus. Je rattrape une vieille dame qui grimpe à son aise. Elle commence à me parler en espagnol. Elle gravit la butte chaque matin pour prier aux pieds du Jésus. Elle me vante les mérites de la foi chrétienne. Jésus qui protège la famille, la vie, qui veille sur nos richesses et sur le monde...Je ne peux pas m'empêcher de trouver ça troublant cette foi suprême de cette brave dame, originaire de la région, en une religion qui lui a été imposée par ses envahisseurs. Anyway, elle a l'air d'en être pleinement heureuse. C'est le principal.

Et voilà qu'on se retrouve à faire notre chemin de croix à deux. Une de ses copines nous rejoint et la promenade se termine au grand marché de Tupiza, à trois, à boire une mate de coca et une soupe de pommes de terres en guise de déjeuner.

 

 

 

 

A 9 heures, j'ai rendez vous avec Fernando et trois Australiens. Fernando travaille à l'hôtel où je loge et propose de guider les étrangers dans les environs à vélo. On part à cinq.

Le VTT n’a pas l'air très au point mais les freins sont même trop raides! C'est le principal!

Sur la route, alors qu'on est en pleine montagne, de la musique jaillit depuis une maison en terre. De grandes affiches bleues de propagande en faveur du parti socialiste local sont placardées sur la façade et sur le toit. D'autres rochers sont peints avec des slogans d'autres partis. On en trouve non seulement partout en ville, mais donc même en pleine campagne!

Les élections présidentielles devaient avoir lieu le 5 décembre, mais ont été reportées au 18. Tout le monde prévoit de sérieux troubles apparemment, et ce, dans l'entièreté du pays: barrages routiers, manifestations, grèves, émeutes éventuelles...La situation est tendue et ça se sent en y prêtant attention, même si la tension n'est que latente en ce moment. On trouve des flics partout, ces hauts parleurs qui crachent en boucle des slogans et discours politique en rue, les affiches dans tous les coins...ça promet d'être chaud les élections! Il serait recommandé aux étrangers de quitter le pays au moment des élections, sauf raison impérieuse.

La situation politique en Bolivie est tendue depuis des mois, des années, et les élections de décembre risquent d'être un véritable détonateur, débouchant peut être sur une vraie guerre civile selon certains.

Depuis 2002, avec la réélection de Gonzalo Sanchez à la présidence, les questions économiques (et politiques par ricochet) monopolisent le devant de la scène en Bolivie.  Eradication de la culture traditionnelle de la coca sous impulsion des pays riches, et donc viol et coup de hache planté dans leur culture originelle, réformes et privatisations des ressources naturelles du pays etc... On ne compte plus les manifestations depuis 2002, entraînant parfois des dizaines de morts. En 2003, Sanchez démissionne et laisse sa place à Carlos Mesa. Aujourd’hui, la contestation est toujours aussi vive.

On continue la route à vélo. Ca grimpe fort. Il n'est que 10 heures du matin et la chaleur est torride sur ces terres asséchées. Les bouteilles d'eau s'évaporent déjà à vue d'oeil. Les canyons sont impressionnants, à en donner le vertige, même vus d'en bas. De temps en temps, un camion de contrebande nous dépasse et nous envahit de poussière. C'est atroce. On doit à chaque fois s'arrêter, c'est irrespirable.

La route que l'on empreinte mène à l'Argentine, qui n'est qu’à une cinquantaine de kilomètres d'ici. C'est par cette route que son transportées vers l'Argentine toutes les marchandises pirates ou illégales, depuis cette Bolivie où la main d'oeuvre est considérablement moins coûteuse.

On s'arrête pour manger quelques fruits à l'ombre. Trois chicos sont assis un peu plus loin, tout fiers de nous exhiber leur cadavre de puma tué la veille et fraîchement dépecé. Ils nous en offrent un morceau crépitant sur les braises. C'est pas trop mauvais, ça ressemble à du steak mais en plus dur et avec un goût beaucoup plus fort. Avec du ketchup et du fromage ça passerait mieux tout de même!

On retourne sur Tupiza vers 15 heures. Pour quelques Bolivianos, on peut louer un cheval à l'heure, pour aller jouer aux cow boys et aux Indiens dans la pampa. J'hésite un peu, je n’ai jamais monté de cheval de ma vie! Fernando m'assure que mon caballo est « mui tranquillo », et que c'est vraiment facile. C'est parti!Andiamo! Il faut tout essayer dans la vie !

On trace dans la pampa. Quels paysages! C'est encore plus beau que ce qu'on a vu ce matin! On traverse des forets infinies de cactus, des flancs de montagnes rouges aux formes si finement dessinées qu'on les dirait sculptées. Les chevaux se mettent à galoper. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre. Quelle sensation bizarre! Cette bête qui s'emballe et qui file de plus en plus vite!  Mes mollets se râpent contre cette selle de cuir brûlant au soleil, le cheval n'arrête pas de courir et je me casse le cul sur la selle en rebondissant à chaque fois. Rien à quoi s'accrocher, si ce n'est cette corde et cette selle de métal qui m'ouvre le bout des doigts. J'ai l'impression que je pourrais perdre l'équilibre à n'importe quel moment et me casser la gueule à terre. Ce ne serait pas joli joli ici, perdu en plein dans ces montagnes. En plus, avec tout ce matos photos sur mon dos!

Bref, je le sens pas trop. On était parti pour plus ou moins 3 heures, mais après 1h15, j'ai profité d'un arrêt dans un canyon pour leur dire que je m'arrêtais là et que je rentrerais à pieds à Tupiza, à travers la pampa. C'était quand même ni l'endroit ni le moment de me taper une sale chute de cheval.

Les voilà partis au loin sur la gauche, emportant avec eux ces éternels nuages de poussières et toute trace de vie, par la même occasion. Fernando m'a dit que, pour Tupiza, il suffisait de suivre « le chemin » en sens inverse, et que c'était toujours tout droit. C'est vrai qu'à priori, ça avait l'air hyper facile. Euh...je m'assieds deux minutes avant de reprendre la route. Je m'allume une clope et bois une gorgée d'eau de ma bouteille presque à sec. Soudain, le silence devient carrément trop envahissant. Je n’entends plus que lui et il ne m'inspire pas comme il a pu le faire les autres fois. Pas une âme à la ronde.

Je me lève, je rebrousse chemin, d'un bon pas sous ce plein soleil. Je me sens presse de rentrer. Il est 16h20 et le soleil se couche à 18h30. J'ai intérêt à me grouiller. Je suis ce foutu soi-disant chemin qui n'est en fait qu'une bande de terre légèrement plus claire perdue entre les cactus et les broussailles. Tout à coup, le chemin se sépare en deux. Merde! C'est par où?

J'essaie de me repérer grâce aux crottes de cheval que je trouverais de l'un ou l'autre côté mais je ne vois rien du tout. Pas moyen de se fier aux paysages...tout se ressemble. Là, je commence à avoir les boules. Je prends le chemin de gauche. Toujours aucune trace de vie quelconque à la ronde. De temps en temps, j’entends des bruits bizarres. Je me retourne en sursaut. Ca doit être le son de mon sac qui se frotte contre mon dos, ou celui de mes propres pas. J'ai comme l'impression d'être observé mais je me calme pour ne pas entrer dans un mauvais trip!

Et que faire à part tracer? Si je vois quelqu'un au loin, est ce que j'oserais crier pour qu'il me renseigne le chemin? Je repense tout à coup à cette histoire que j'ai entendue à Uyuni, de 4 Israéliens qui se sont fait abattre au fusil de chasse le mois passé, pour leur fric, dans les montagnes. Bref, ce n’était pas le moment de penser à ça non plus. On verra bien si je croise quelqu'un! J'essaie de me repérer par rapport au trajet qu'est censé suivre le soleil. J'ai vu hier qu'il se couche juste derrière la statue de Jésus qui domine la ville. Bref...Tupiza doit être à droite. Aaah, j'ai encore plus les boules. Le temps avance.

C'est mon seul indice.

Je marche encore comme ça bien 40 minutes, sans aucune certitude si ce n'est d'avoir heureusement mon gros pull chaud dans le sac pour la nuit éventuellement. C'est déjà ça! Et mon paquet de clopes. Je repense à ce cadavre de Puma de là tantôt. Est ce que c'était dans ce coin-ci qu'ils l'avaient chassé? Soudain, je vois un aigle voltiger dans les parages. Je sais que les aigles n'attaquent pas les hommes comme ça donc ça ne m'effraie pas. Ca n’avait pas l'air d'être un condor car il n'était pas assez grand.  Ca ne m'effraie pas  mais quand même...ça complète un peu plus ce tableau pas très rassurant.

Maintenant j'ai peur mais je dois continuer, y a pas le choix. Je vais quand même pas m'asseoir et attendre quelqu'un qui n'en viendra pas. Puis ce sinistre soleil menaçant de son compte à rebours qui descend à l'horizon me fait presser le pas.

Après une heure de marche, je vois au loin, mais tout au loin, des câbles électriques qui filent vers la droite. Ouf! Même si c'est pas vers Tupiza, c'est au moins une trace de civilisation. J'essaie de rejoindre les câbles et je trace vaguement dans une espèce de mini jungle, le long d'un ruisseau. Et là...quel bonheur! Deux chiens errants qui se mettent à me courser et à me hurler dessus. C'est la totale!

Je ne sais même pas grimper dans les hauteurs pour les nier, je suis au fond du lit de cette rivière desséchée, avec eux. Il ne me reste que les pierres à terre. On m'a dit que ça marche. Je prends d'abord mon sac à dos et je le planque contre mes jambes au cas où ils voudraient me mordre les mollets. Je me baisse pour ramasser une pierre. Par ce simple geste, ils se reculent mais deviennent encore plus agressifs par après. Bref, ma tête explose. Je leur jette une pierre. Je les rate. Merde! Une deuxième  et hop, j'en touche un en plein sur le flanc, il se casse en pleurant, l'autre recule. Moi je presse le pas en regardant derrière moi, ils continuent à aboyer. J'ai l'impression d'entendre d'autres aboiements en écho plus loin sur le chemin, mais j'entendais peut être des voix car je n'ai plus croisé de clebs par la suite. Je dégouline de sueur et j'ai la tête qui bourdonne. Ces chiens là, c'était la goutte de trop! Pitié, mais où est cette Tupiza de mes deux?!

Je continue encore et encore...puis ouf, voilà de petites cabanes le long du lit desséché de cette rivière. Ca ne veut rien dire mais quand même, l'homme ne doit pas être loin.

Bref, peu avant 19 heures, alors que le soleil s'est déjà  planqué derrière les montagnes, je tombe dans un village à 4 kilomètres de Tupiza. Heureusement, je n’avais plus qu'à suivre les rails de chemins de fer m'avait dit une vieille dame. Plus d'erreur possible. Et voilà, j'étais sain et sauf à Tupiza vers 19h30. Sain et sauf à part ce terrible mal au Q, à cause de ce brave cheval que je n'oublierai certainement jamais! Quelle journée! Indescriptible ce qui se passe dans la tête dans ce genre de moments de perdition! 

 

 

 

   

 

 

 

 

Envoyé : vendredi 25 novembre 2005 23:54:16

Objet : Potosi le génocide des Espagnols au nom du métal...

 

 

Tupiza-Potosi...encore un trajet inoubliable! A 8h30, je me plante à la gare routière. Elle est en pleine ébullition. Les fruits et légumes à profusion, les passagers qui arrivent et qui partent avec leurs 36000 bagages à chaque fois. Le bus est censé partir vers 9 heures mais la dame de l'agence m'annonce qu'il ne viendra pas. Il s'est crashé cette nuit. Elle me file en échange un billet pour Potosi avec une autre compagnie. Il part à 11 heures.

Me voilà planté pour deux bonnes heures sur le parking des bus, sous ce soleil délicat. Occasion rêvée d'employer le téléobjectif et de snapper les tranches de vie qui défilent sous mes yeux, dans leurs aspects les plus divers.

A mon avis, j'ai perdu au change! Le bus est complètement crade, je me retrouve tout au fond, au milieu, idéal pour ressentir toute l'excellence des bosses des bonnes routes boliviennes. Mon voisin de gauche s'appelle René. Il est afro-latino. Il a la cinquantaine bien entamée, les traits marqués et les cheveux crépus et volumineux, à la Jackson Five. Il voyage avec sa femme. Ils sont en route depuis déjà deux jours, depuis Buenos Aires, et ont dû changer de bus à Tupiza pour gagner ensuite Santa Cruz...à quelques 30 heures de bus supplémentaires.

René est super cool. Il parle espagnol, un peu anglais et français. Malgré la fatigue de son long voyage, il pète la forme. Son allegria est communicative. Il me parle de ses origines africaines, d'il y a 5 générations déjà. Ses arrière arrière arrière...grands parents ont été importés ici pour travailler dans les mines du temps des Espagnols. Il me parle des discriminations existant encore aujourd'hui en Bolivie pour les gens de peau noire, même si, selon lui, ça pourrait être pire.

Je lui dis que je travaille dans le domaine de l'asile en Belgique, il est super intéressé de connaître la situation générale de ces pays : les histoires politiques, les conflits ethniques, les aides données par les Blancs à l'Afrique. Un super bon échange. C'est vraiment un type bien qui respire la sagesse. Il a étudié l'ingéniorat à l'université de Potosi dans les années 60. Il travaille aujourd’hui dans le commerce de textile avec sa femme. Ils se connaissent depuis qu'ils ont huit ans. Ils sont vraiment tout mignons à deux. Elle est d'origine indienne. Elle est crevée du voyage et roupie pendant qu'on parle. Puis lui, comme un sale gamin vient régulièrement la réveiller en lui frottant sa boule de cheveux sur le visage et en lui faisant des bisous sur la joue. Il est vraiment marrant.

Il est tout content d'avoir sa femme à ses côtés dans le bus. Ca faisait trois mois qu'ils ne s'étaient plus vus! Nanni était partie travailler à Buenos Aires, où les  salaires sont plus élevés, laissant mari et enfants un moment à Santa Cruz. Ca s'est mal passé et il est revenu la chercher. Là, ils rentrent chez eux. A peine partis de Tupiza, René sort de son grand sac un plus petit sac de laine arc-en-ciel, rempli de feuilles de coca. Elles sont super odorantes. J'ai envie de dire « c'est de la bonne ». Il m'en file une poignée et zoup, la voila calée dans le creux de ma joue. Il en arrache les tiges avec ses dents et en ingurgite une quantité incroyable sans l'avaler. Il mâche le tout et en fait une espèce de mixture qu'il garde en bouche et qu'il assaisonne de poudre de bicarbonate de sodium, contenue dans un sachet industriel garde précieusement dans le creux de sa chemise. En mélangeant la simple feuille de coca au bicarbonate de sodium, on obtient « la substance magique » qui est, selon lui, « la vertu supplémentaire de la feuille de coca ». Il m'en propose. Allé, j'en ingurgite juste un tout petit peu, je vais quand même pas me taper les effets d'une ligne de cocaïne ici, à l'arrière de ce bus bolivien cahoteux.

Je prête un peu attention à notre entourage et c'est quand même marrant, tout le monde, à un moment ou un autre, tire de sa poche ce petit sac plastique et se met à mâcher de la hoja de coca. Comme les Occidentaux prendraient un chewing gum, une gorgée d'eau, une bière ou une clope, ici, ce sont les hojas de coca.

René me parle des origines et de tous les aspects sacrés de la coca. Comment cet élément fondamental et carrément spirituel dans leur culture s'est vu diabolisé par les colons espagnols, détourné par les junkees des pays riches et aujourd'hui compromis par les programmes d'éradication de la culture de la coca prônés par les pays gringos.

Vraiment intéressant de parler de tout ça sans tabou alors que je suis moi même gringo.

Il me fait remarquer que je suis le seul étranger dans le bus, et que tous les autres passagers sont boliviens. Il trouve ça bien de voyager seul, comme ça, ça permet de rencontrer beaucoup plus facilement les gens du pays.

Les paysages défilent, le chaos de la route est fameux mais on y prête même plus attention. René me raconte qu'il y a trente ans, avec sa femme, ils sont partis clandestinement en bateau en Europe. Ils avaient de faux papiers et y sont restés en tout durant trois ans. Ils ont longtemps vécu à Paris. Puis ils sont retournés au pays, trouvant que le soi-disant rêve européen ne coïncidait pas du tout avec la réalité. Tiens donc...

Il me raconte que son cousin vit actuellement sans papiers en Espagne. Il galère mais il va se marier avec une Espagnole, donc ça s'arrangera peut être. Il me parle de la situation actuelle en Bolivie et est certain que ça va péter avec les élections de décembre 2005. Il est vraiment super intéressant, quel plaisir de se taper un tel compagnon de voyage.

La fenêtre est ouverte et, tout à coup il remarque un bruit bizarre au dehors. La roue semble faire un cliquetis irrégulier et répétitif. Moi, je ne l'aurais même pas remarqué. Il crie au chauffeur qu'il faut s'arrêter. Il n'entend pas. L'ensemble du bus répète en choeur. L'apprenti passe sa tête par la vitre et dit que tout est en ordre. Bon...

Cinq minutes plus tard, un grand bang surgit du dessous du bus. La trappe du couloir s'élève dans les airs en un nuage de poussière. Le pneu vient d'exploser. On se retrouve plantés en pleine brousse pendant une heure. On glande sur le côté et je marche sans le voir sur une branche remplie d'énormes épines. Elle cloue toute ma semelle et une bonne grosse épine me transperce le talon. Bref, ça saigne un peu, je presse pour faire saigner, je crache un peu dessus en espérant que ce n’était pas vénéneux.

On continue la route. Il y a plein soleil mais il se met subitement à pleuvoir et la brume se lève. Le paysage est surnaturel. Un énorme arc-en-ciel garnit l'arrière droit du bus. Deux heures avant l'arrivée à Potosi, on croise un poste de douane. La route qu'on empreinte est le chemin classique de la contrebande. Le bus était parti de Villazon, à la frontière avec l'Argentine, donc cible idéale pour les contrôles. Les soutes à bagages sont inspectées minutieusement sous la pluie, le soleil, le vent et le froid. René stresse car il a ramené des tas de livres d'Argentine, qui sont normalement à déclarer. Mon voisin de droite, un Argentin, stresse encore plus car son sac en soute est bourré de cigarettes contrefaites. C'est finalement un passager tout à l'avant qui a raflé le gros lot. Ils lui font ouvrir ses deux grandes caisses sous une tente militaire en bord de route. Je ne sais pas trop ce qu'elles contenaient, mais il est reste bloqué avec les agents de douane sous la tente. Le bus a continué sans lui.

On est arrive à Potosi à la tombée de la nuit. Il fait glacial. Le vent est agressif, on est à plus de 4000 mètres d'altitude. Il fait presque noir. La ville est dominée par le Cerro Rico, une immense montagne d'où sont extraits depuis des siècles les précieux minéraux de Potosi, objets de toutes les convoitises. Potosi doit sa renommée à son altitude (la plus élevée au monde, 4090 mètres!), et à ses ressources en argent. Son histoire et sa splendeur, sa tragédie et ses horreurs, sont intimement liées au précieux métal. Le blason de la ville mentionne « Je suis la riche Potosi, trésor du monde, objet de convoitise des rois ».

La ville a été créée en 1545, suite à la découverte d'un filon d'argent dans le Cerro Rico. Ses mines se sont ensuite révélées être les plus productives et les plus lucratives du monde. Potosi a connu un tel essor qu'elle est devenue, vers la fin du 18ème siècle, la cité la plus grande et la plus riche d'Amérique latine. L'argent extrait de ses mines a financé l'économie espagnole et les folies de ses monarques durant plus de deux siècles. Dès le milieu du 16ème siècle, les Espagnols entreprennent de grands travaux pour creuser les mines. Des milliers d'esclaves indiens sont recrutés pour creuser la mine. Ils commencent à envoyer de l'argent vers l'Espagne. Les Espagnols ont ensuite fait venir des milliers d'esclaves africains pour travailler dans les mines, vu que les Indiens mouraient tous d'accidents ou de silicose.

Afin d'augmenter la productivité, le vice roi institue la « ley de mita » en 1572. Elle oblige tous les esclaves indiens et noirs de plus de 18 ans à travailler pendant des roulements de 12 heures. Ils demeurent ainsi sous terre, sans voir la lumière du jour, durant quatre mois d'affilés, dormant et travaillant dans les mines. Lorsqu'ils sortent, ils doivent se couvrir les yeux afin qu'ils ne soient pas brûlés par le soleil. Ils estiment qu'en 300 ans, 8 millions d'Africains et d'Indiens sont morts dans ces conditions atroces.

Apres l'indépendance, Potosi a connu le déclin et ne s'en est jamais totalement remise.

Ecoeurant est le fait de constater l'état de la ville et de ses environs, notamment le simple fait de ses routes, alors que l'on sait que cette ville a été l'une des plus lucratives de la planète. Pillée par les Espagnols en leur temps, pour les enrichir eux...

Le Cerro Rico encore aujourd’hui exploité. Même si les richesses de la Terre ne sont plus pillées directement par l'Europe, le travail qui s'y déroule est toujours aussi atroce. Le travail y est toujours effectué à l'aide d'outils archaïques et la température sur les lieux de travaille va de zéro, voire moins, à 45 degrés. Exposés à toutes sortes de gaz et de produits toxiques, les travailleurs meurent tous 1O à 15 ans après leur premier jour de travail à la mine. Ils travaillent ainsi 14 heures par jour.

Des agences de la ville proposent des visites guidées au fond des mines (!), afin d'observer le travail de tous ces pauvres gens. C'est débile. On me l'a demandé plusieurs fois en rue aujourd'hui, mais j'ai nié. Pour moi, c'est du voyeurisme malsain.

Sinon, la ville est surexcitée à cause des élections. La plazza est bourrée de monde, ils ont monté une estrade avec des concerts de musique traditionnelle. C'est assez drôle car tous les candidats aux élections se regroupent au même endroit sur la place, presque en file, chacun avec leur calicot et leurs partisans. Tout reste pacifique, pour le moment en tout cas.

Potosi m'apparaît comme une ville mélancolique. On ne peut déambuler dans ses rues sans penser à l'horreur de son passé et de ses mines. Le Cerro Rico est d'ailleurs là pour nous le rappeler constamment. On le voit depuis n'importe quel endroit. Il dépasse tous les bâtiments. Il semble menaçant. En le regardant, on ne peut s'empêcher de penser à ces milliers de morts qu'il recèle dans son ventre. En le dévisageant, on pourrait presque entendre les bruits des machines et des souffrances atroces des hommes ayant laissé leur vie dans ses entrailles sanglantes et avides de vies humaines. 

 

   

 

 

 

 

Envoyé : mercredi 30 novembre 2005 16:24:37

Objet : Sucre-La Paz...el camino inferno! It's too hot in here!

 

Sucre...quel contraste avec Potosi! Tant Potosi m'apparaissait sombre, voire lugubre, froide et mélancolique, tant Sucre m'évoquait un petit bijou de lumière.

Le climat à Sucre est vraiment agréable: il fait bon, ni trop chaud ni trop froid, plein soleil à gogo, une ville blanche et propre, aux habitants tout souriants et vraiment accueillants.

Dimanche, je suis allé au grand marché de Tarabuco, à 65 kilomètres de Sucre. Tarabuco attire chaque semaine les gens venus des quatre coins de la région pour y faire leurs emplettes en tout genre. Le troc est même encore de rigueur en certains endroits du marché! Et quelle beauté...toutes ces tribus différentes venant des montagnes du coin, chacune vêtue de son attirail qui lui est propre. On différencie les tribus par la couleur de leurs habits, par leurs casques ou bonnets, par leurs bijoux ou par leur manière de porter le chapeau boule. Quel régal pour les photos que cette diversité ethnique!

Sucre et son patrimoine architectural ont été inscrits par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. Toute la ville est peinte à la chaux et éclate sous le soleil et le ciel bleu. Je me promène dans les rues et je snappe une toute jolie petite casita. Son proprio en sort et vient me parler. Il a la soixantaine, senior Telmo Calderone. Il est président de la ligue de basket ball de Sucre. A l'entrée de sa maison, il tient actuellement une petite fabrique où il restaure de vieux meubles, parallèlement à ses activités de président de la ligue de basket.

Directement, il me propose de venir visiter son patio. Il ouvre une grande porte au fond de la cour. On entre dans la salle des trophées. Aux murs, toutes des photos de lui avec ses différentes équipes de basket, des articles de journaux jaunis par les années, des statues miniatures de blacks américains joueurs de basket. Il est président de la ligue depuis 17 ans. Il est tout fier de m'expliquer chacun de ses cadres...quand ça s'est passé, où, où en est l'équipe aujourd’hui. Il est passionné, vraiment chouette comme rencontre. Sur un autre mur, des cadres avec des photos de ses ancêtres, de sa femme de ses enfants et cinq petits enfants. Des portraits de Jean Paul II sont disséminés aussi un peu partout. On s'assied, on prend le temps. Il dégage vraiment de bonnes ondes ce vieux bonhomme. Plein de sagesse. J'ai l'impression d'être reçu comme un roi: sur un des deux divans en velours rouge, on dirait des trônes royaux, c'est marrant. Et ce vieux pot de fleur séchées qui garnit la table au milieu de la pièce est là pour donner la touche finale au décor. On discute encore, il est très curieux de connaître toutes sortes de choses sur l'Europe, même s'il sait déjà beaucoup. Il parle même un peu allemand. Dommage que j'aie vraiment rien pu lui apprendre sur les équipes de basket ball belges ou européennes, j'y connais vraiment rien!

L'après midi passe tranquillement. Il fait déjà presque noir et je reprend la route car la guesthouse n'est pas la porte à côté. Sir Calderone sort un tout vieux livre d'une de ses étagères poussiéreuses. Il en tire un tout vieux billet de un boliviano. Il date de 1928. Les billets de un boliviano n'existent même plus aujourd'hui. C'est un héritage de sa grand-mère. Il me dit ne les donner en souvenir qu’à ses bonnes rencontres. Quel honneur. Puis voilà, il me le dédicace « Para mi amigo Pascual ». Quelle super fin de journée!

Le lendemain, je monte au cimetière de Sucre, perché sur les hauteurs de la ville. L'endroit est si paisible. On domine la ville blanche, juste quelques personnes viennent fleurir les tombes, d'autres encore profitent du calme des lieux et viennent relire leurs notes de cours à l'ombre. L'université n'est pas loin. Une petite fille vient me parler. Elle est toute mignonne. Elle vient saluer son père, sa soeur et sa grand-mère qui reposent au cimetière.

Ici, ils n'enterrent pas les morts. Le cimetière est comme une ville dans la ville, si on veut. Des blocs de briques y sont érigés et prennent l'apparence de blocs d'habitations. Leur façade est quadrillée d'une multitude de vitres, qui feraient penser à des urnes de crémations mais qui n'en sont pas. Les défunts y sont placés allongés, comme à la morgue, chacun dans leur case. Une vitre épitaphe avec derrière, leur nom, des fleurs séchées et poussiéreuses, des poupées, des bonbons centenaires ou des pensées écrites à la main, qui permettent de retrouver son proche.

Et quel calme dans ce cimetière. C'est étrange comment se retrouver dans un cimetière peut à chaque fois procurer un tel sentiment d'apaisement. Etre en présence de ceux qui ont peut être trouve la vérité. Qui sont on ne sait où, qui veillent sur nous et qui se passent de mots.

Lundi, à 18 heures, j'avais mon bus pour La Paz: le trajet était censé 12 heures. On en a finalement mis...22! 22 heures  bloqués dans un bus de merde, sur une route ultra de merde! Vivaaaaaaaa!

L'itinéraire habituel de Sucre à La Paz passe par Potosi et Oruro, avant de rejoindre La Paz. Avant d'embarquer, le conducteur nous demande un supplément de 20 bolivianos par personne. On va devoir prendre une autre route, plus longue, nécessitant plus de carburant et coûtant donc plus cher.

Les routes à hauteur de Oruro sont complètement bloquées par les barrages routiers récurrents et habituels, et il est selon eux dangereux, à l'heure actuelle, d'essayer de les contourner. Les blocages actuels à hauteur de Oruro ne seraient apparemment pas directement liés aux élections du 18 décembre. Il s'agit d'un groupe de rebelles, assez violents, qui se sont énormément battus contre les militaires l'année passée, pour des raisons de territoire et de lois sociales, me disent-ils. Le groupe possédait ses propres armes et se les est fait confisquer par les militaires. Raison du blocage qui dure depuis déjà une semaine? Les rebelles veulent leurs armes en retour.

De toute manière, impossible de passer via Oruro, ce serait trop dangereux. Ils me disent que l'on prendra la route de Sucre à Cochabamba, puis de Cochabamba à La Paz. On devrait être à La Paz à 10 heures du matin grand maximum. On est arrivé à 16h30.

A peine quitté Sucre, le coucher de soleil est magnifique. Le ciel est noir de pluie au loin, les montagnes ressortent en rouge orange avec le soleil couchant. Les nuages étoffent le ciel. On dirait un tableau, c'est vraiment trop beau!

La nuit tombe. J'aime ces moments passés dans les bus ou dans les trains. Ces moments privilégiés en mouvement, passés à se laisser transporter sans devoir assurer quoi que ce soit, ces moments de répit où le combat n'est plus à soi tout seul. On doit avoir comme une espèce de sixième sens naissant dans ce genre de situations. Les réflexions sont tellement plus rapides, plus inspirées, les idées sont tellement plus claires, le champ d'esprit se retrouve toujours élargi. Ca doit être le mouvement, ou cette image d'avancer et de laisser derrière soi qui permet l'affranchissement de la pensée et qui se répercute sur les neurones.

La nuit se consume. Le bus est totalement plongé dans le noir. La route est crade, on roule sur une espèce de piste poussiéreuse, caillouteuse et défoncée. Je prends le walkman et je me plonge dans mes chants de Shiva. Mmmm...Quelle paix! Ces mantras psalmodiés si lentement et de manière cyclique et répétitive, comme une spirale d'élévation de l'esprit.

Le bus s'arrête brusquement. On s'est comme embourbés dans le lit d'une rivière asséchée. Pas moyen de repartir, tout le monde descend. On est en pleine brousse et des nuages d'insectes de toutes sortes, attirés par les phares du bus, se collent sur nous. Ils sont gros, comme de géants coléoptères de je ne sais quelle espèce. C'est l'invasion. Rien que d'y repenser, ça me gratte à nouveau !

Les nanas restent sur le côté et tous les muchachos sont invités à pousser le cul du bus pour essayer de le tirer de là. Ca semble fonctionner puis le bus refait un grand bond en arrière, manquant de nous écraser alors qu'on essayait de le tirer de son embrouille!

Les femmes viennent nous aider et hops...c'est arrangé. Quand je dis que les Boliviennes paraissent tellement plus éveillées et meneuses d'affaires que les Boliviens!

On roule pendant une heure ou deux. Tout le monde dort. Je commence aussi à somnoler. Je coupe le walkman et j’entends un « tic tic tic » douteux venir du dehors. Ca me rappelle le bruit de ce pneu crevé entre Tupiza et Potosi. Ca va de plus en plus fort et j’entends maintenant comme un bruit de métal heurter les cailloux. Le bus dort à point fermé, le conducteur n'entend apparemment rien. J'ouvre le carreau et oui, c'est le pneu. Urgent de s'arrêter!  Heureusement que j'étais encore le seul éveillé. Je vais prévenir le conducteur. Lui et son apprenti semblent ne rien y connaître! Le bus aussi n'avait même pas l'air d'être entretenu pour un rien, on n’arrivait même pas à extraire la roue de secours qui restait bloquée dans la carcasse.

En pleine campagne, en plein dans le noir...une heure trente pour changer un pneu.

C'est pas fini. On en a encore claqué deux autres vers trois heures du matin. On s'est retrouvé dans un petit village fantôme, à réveiller le garagiste du coin qui dormait derrière son volet de fer. Il n'a rien trouvé de mieux que de piquer la roue du camion de son voisin. Il disait qu'il s'arrangerait demain avec lui pour la note. Pause de deux heures supplémentaires en pleine nuit, le tout animé par une meute de chiens enragés qui se mangeaient entre eux ou qui venaient nous emmerder dès que l'on s'écartait pour aller pisser par exemple. Deux gamins de peut être 6 ans jouent au milieu de la rue avec le drapeau inca. Il est 4 heures du matin, je me demande bien ce qu'ils font là à cette heure-ci. Personne d'autre à la ronde.

On est à 4 heures de Cochabamba.  Il est 5 heures, le soleil commence à se lever. Le bus repart enfin. J'espère maintenant que le conducteur tiendra le coup et qu'il ne s'endormira pas au volant! Il me gratte une clope, je lui en file une poignée pour la route, en espérant que ça le tienne éveillé. Après, je ne sais plus trop ce qui s'est passé, je me suis endormi à point fermé jusque vers 11 heures.

On s'arrête et le conducteur apprend que le dernier tronçon de route avant El Alto est lui aussi bloqué aujourd'hui, pour d'autres protestations. Bref, it's really hot in here!

On n’a pas le choix, on va devoir essayer de contourner le barrage routier! Vers 14 heures, on ralentit. L'apprenti sort de la cabine et nous demande de nous coucher sur les sièges ou au milieu du couloir, ou n'importe où. C'est quoi cette histoire? On se croirait en temps de guerre! J'espère juste qu'ils ne vont quand même pas se mettre à tirer sur ce bus! Il va essayer de contourner la route principale bloquée par une kyrielle de camions, de banderoles, de voitures et de passants qui s'étalent à perte de vue. Tout le monde s'exécute. Je me retrouve couché à terre entre deux sièges, presque sous la banquette. Mieux vaut ne pas trop réfléchir.

On s'arrête brusquement. J'entend de l'animation au dehors et le chauffeur causer avec des gens depuis sa cabine. Ca fout les boules car on ne voit rien de ce qui se passe dehors autour du bus! Ca dure bien 2 ou 3 minutes. En un coup, le bus repart en trombe et vire sur la droite. Et boum, je me prends l'armature en métal du siège dans les côtes et les fesses. Quel réveil dynamique!

On entend crier au dehors et le bus fonce. Puis, ce sont des bruits sur la carrosserie, des gens frappent sur le bus ou nous jettent de pierres! La totale! Il ne reste rien à faire si ce n'est de bien rester planqué à terre en espérant que personne ne rentrera dans le bus. Je vois ce jeune homme couché à côté de moi, il rigole. Le papy un peu plus loin, par contre, a l'air terrorisé.

Ca me rappelle tout à coup quand on s'était fait braquer en 2000 dans une boite en plein Bruxelles. Et cette vidéo du film « Gladiators » qui passe dans le bus avec ses scènes de combat, pour épicer un peu plus le tout! On s'y serait presque cru.

Le bus continue. On ralentit et c'est la vitre arrière qui éclate. On roule, encore bien quinze minutes sans s'arrêter même si on entend plus rien de dehors. L'apprenti sort. C'est bon, on est passé! Heureusement que personne n'a su grimper dans le bus. Un petit arrêt le long de la route pour déblayer les bris de verre et c'est reparti dans ce bus ressemblant à présent à une décapotable géante avec ses violents courants d'air depuis la vitre arrière désormais inexistante. Quelle histoire.

Vers 16h30, enfin, voilà La Paz qui s'étale sur les flancs du canyon. Quel miracle, j'ai cru qu’on n’y arriverait jamais! On est sauvés. Crevés. Rassurés. Mais quand même.

Je reste ici encore demain puis je file vers la frontière péruvienne. Tout le monde recommande de quitter le pays pour le 10 décembre au grand plus tard. Les élections ont lieu le 18. Je franchis la frontière samedi normalement. Et d'ici la frontière, plus de barrages normalement, ils se trouveraient apparemment uniquement au sud de La Paz. 

 

 

 

 

 

 

Envoyé : mercredi 7 décembre 2005 18:26:03

Objet : Back to Peru

 

 

Malgré les menaces de grèves et de barrages routiers incessants, j'ai finalement quitté La Paz sans aucun problème. Direction: Copacabana.

Copacabana est à une dizaine de kilomètres de la frontière péruvienne, au bord du lac Titicaca. Si problème, on peut toujours fuir par le lac. Ou même à pieds à travers la montagne. On ne sait jamais car les élections se rapprochent et ça devient de plus en plus chaud en Bolivie.

A peine arrivé à Copacabana, ma tête est chaos, je me sens crevé. Confus. Yep! Le mal des montagnes. On n'est pourtant qu’à 4000 mètres d'altitude, mais soit quand même à 200 mètres de plus qu’à La Paz. Peut être est ce lié à la fatigue. Toujours cette même sensation d'avoir la tête enveloppée dans une espèce de bonnet aquatique, des gestes et des réactions impulsives et bizarres, et une envie de dormir. Le problème est qu'alors, en essayant de faire une sieste, on se réveille comme en panique au moment de l'endormissement car on a l'impression d'étouffer. Zop, un petit Diamox et deux mate de coca. Ce n’est pas encore passé, mais il faut y croire!

Copacabana est, depuis l'époque inca, une ville de pèlerinage. Elle est située entre deux collines,  autour d'une baie magnifique. Sa cathédrale, emblème de la ville, est connue dans toute l'Amérique latine. La ville est aussi connue pour ses fêtes, festivals et baptêmes de véhicules. 1,35 dollar US pour la cérémonie et le véhicule sera protégé à vie. Bien moins cher que le contrat d'assurance!

Au matin, je descends vers les rives du Titicaca. Il fait gris, froid, il pleuvine. J'ai la tête complètement dans le gaz, les médocs contre le mal des montagnes n'ont plus l'air de faire de l'effet. Aujourd'hui, eh bien, pour la première fois du voyage, je vais me r-e-p-o-s-e-r-!

Je me plante dans un bui-bui sur la plage, pensant aller me recoucher juste après.

Il est 10h30...la radio locale, les news en espagnol. Je comprends plus ou moins tout désormais. Ils annoncent qu'aujourd'hui se tient à Copacabana la grande fête de la police et de la vierge de Copacabana, patronna de la policia nacional de Bolivia. Tiens donc...

Les festivités commencent à 11h30 à la cathédrale. Changement de programme, on va partir zyeuter tout ça.

En effet, les abords de la cathédrale sont noirs de monde et l’on trouve un peu partout, disséminés dans la foule, des flics en uniforme. D'autres sont en train de se faire prêcher une messe.

Les tambours et trompettes retentissent. Il est midi, la géante statue de la vierge sort de l'enceinte, portée par un cortège de policiers. Des moines président le cortège, les passants viennent embrasser les flics, leurs jettent des pétales de fleurs, même depuis le toit des maisons en criant. C'est l'hystérie! Je dis à l'un des militaires que je suis photographe et il me laisse passer devant son groupe pour que je prenne de bonnes photos. Je suis aux premières loges, à marcher à reculons, c'est génial. La vierge et son Jésus de plastique basculent de gauche à droite, heureusement qu'ils sont bien accrochés. Et le cortège dévale les rues jusqu'au lac. Tous les hauts gradés de la police nationale sont de la partie. Il y aurait même dans la foule des représentants de « pays amis ».

La statue arrive au port et on l'embarque dans un bateau, sous haute surveillance militaire. La tradition veut que si la Vierge sort de la cathédrale, il faut lui faire faire un tour sur les eaux du lac Titicaca, par crainte de superstition. La légende voudrait qu'autrement, la Vierge provoquerait une incontrôlable montée des eaux du lac, qui détruirait tout.

Vers 13 heures, la statue est remise à sa place. Heureusement, pas de tsunami divin à l'horizon.

Tous les policiers se dirigent dans la salle de sport de la ville, convertie pour l'occasion en un immense réfectoire. La meilleure...je suis cordialement invité par l'officier dénommé Sanchez à manger des saltenas avec eux. Super bons moments, ils sont vraiment marrants ces flics. Je leur dis que j'ai étudié le droit. Ils se montrent très intéressés par la justice de chez nous, par la corruption aussi. C'est chouette comme échange. On parle aussi de tout et de rien, même de la différence de tour de taille entre les Boliviennes et les Européennes. Très macho comme ambiance, évidemment.

A 16 heures, la troupe entière rentre à La Paz. Le centre de Copacabana est inondé de bus.

Relax. Je rencontre José, un musicien-parolier de Copacabana. Il tient un magasin de fringues et vend les cd's de son groupe. Super cool le bonhomme. Il me montre les cahiers originaux de ses écritures, m'explique les différentes étapes que lui et son groupe on dû suivre pour enfin enregistrer leur premier cd. Ses deux enfants et sa femme se joignent à nous. On termine la journée assis entre les tas de couvertures et ponchos, en écoutant toutes sortes de musiques boliviennes, mélomane José oblige. Je suis reparti avec une copie de son cd, qu'il fait lui-même à l'ordinateur. De l'auto piratage, donc pas de fraude aux droits d'auteur.

Dimanche, je pars en bateau sur la fameuse Isla Del Sol, trônant en toute majesté en plein milieu du lac Titicaca, toujours dans les eaux boliviennes. C'est là que les tout premiers Incas seraient apparus, à la demande du Dieu Soleil. Aujourd'hui encore, pour les Indiens Aymara et Quechua, c'est sur l'Isla Del Sol que s'est déroulée toute l'histoire de la Création.

Pas un véhicule sur l'île. Tout se fait à pied, sur des sentiers que l'on arrive parfois difficilement à discerner entre les brousses et rochers. Heureusement que j'ai un plan avec une vue aérienne de l'endroit. On peut encore assez facilement se repérer en observant les courbes des baies qui se profilent au loin. Le soleil tape fort à cette altitude: cuisson maximale et coups de soleil garantis en moins d'une heure.

Je débarque à Challapampa, tout au nord. L’île fait 10 kilomètres de haut en bas, on peut la parcourir à pieds entre ruines, hameaux, champs et falaises. J'étais encore une fois super bien tombé! Le 4 décembre, c'est la fête de Santa Barbara sur l’Isla Del Sol. La Santa Barbara est hautement vénérée ici, un des points culminants de l'île porte même son nom.

Je parcours les ruines aux alentours de Challapampa. Une mamita se promène avec ses deux gosses. On cause et on continue finalement tous ensemble. Vers 15 heures, on rentre à Challapampa pour la fiesta. La plazza est divisée en deux: d'un côté les hommes, de l'autre les femmes.

Une morenada ouvre le bal avec son homme. Flûtes et tambours. J’entends les capsules sauter un peu partout...eh oui, c'est de la bière! Un homme soigneusement habillé en garçon de café ouvre des bouteilles d'un litre de cerveza à la pelle. Tout le monde se sert. Un verre, puis deux, puis trois...Que la fête commence !

Les capsules sautent les unes après les autres, ponctuant les rythmes de musique de manière insolite. Avant de boire leur verre, ils en jettent une partie à terre en direction de l'église et du village, en guise d'offrande. Ce n'est qu'un petit quart de verre peut être, le reste est bien vite englouti avant de faire place au verre suivant.

Hommes et femmes s'enivrent. Les enfants lèchent des crèmes glacées à gogo. Un homme s'agenouille devant sa bouteille et se met à prier longuement. Il se relève, verse un peu de bière à terre et afonne le restant. Viva Santa Barbara!

Le tout, jusqu’à la tombée de la nuit. Pas une bagarre cependant. Tout Challapampa baigne dans les torpeurs d'alcool, de flûtes de pan, de chants et de tambours, le tout dans une atmosphère « spirituelle » et on ne peut plus gaie. La fiesta total!

Ici, pas d'hôtel évidemment. Juste des petits logements chez l'habitant. Je tombe dans la famille Arias, avec sa ribambelle de gamins plus joufflus et plus mignons les uns que les autres. La mamita est aux petits soins, vraiment adorable. On se croirait presque à la maison.

Le lendemain, je traverse l'île du nord au sud. Il faut tout d'abord grimper tout en haut de l'énorme butte qui domine Challapampa. La pente est raide, entre les rochers et les buissons d’herbes odorantes. Seul un ruisseau minuscule desservant le village en eau est là pour servir de repère. Pas une âme à la ronde. La brise marine souffle presque comme une caresse, fait frémir les feuilles des broussailles, rafraîchit le visage cramé par le soleil et fait s'élever de succulentes odeurs d'encens qui proviennent de je ne sais où. Quel paradis cette île!

En haut de la crête, la vue est à couper le souffle. Et juste après cette montée d'enfer, c'est presque un coup fatal. Le Titicaca qui s'étend à perte de vue de ses eaux pures et calmes, tel un immense manteau d'azur habillant ces montagnes évoquant des images primaires de naissance du monde. De part et d'autre de la crête s'étalent des champs cultivés en terrasses, tels de géants escaliers descendant jusqu’à la rive. De temps en temps, une maison abandonnée surgit le long du sentier. Abandonnée, ou peut être n'a t-elle pas été entièrement construite? Je n'en sais rien.

Et cette solitude, ce silence et cette paix avec le Dieu Soleil pour seul conseiller. Je trace encore. J'espère juste que je ne me suis pas trompé de chemin car me taper encore une fois ces montées de la mort, non merci.

Un troupeau de mouton est perdu en plein milieu des terrasses de pappas. Son maître surgit de derrière le rocher. Il ne pète pas un mot d'espagnol, il parle aymara. On se fume une clope au sommet d'un rocher (remède miracle pour reprendre son souffle) et c'est reparti. J'en ai encore apparemment pour deux heures de marche avant de rejoindre Yumani, tout au sud. Deux moutons morts, déchiquetés et dévorés par des nuages de mouches gisent au bord du sentier. Ils ont dû se faire bouffer par un chien. Euh...où se cache-t-il ce molosse barbare? Mieux vaut ne pas y penser.

Vers 14 heures, je tombe près de Yumani, dans une petite hutte avec une grande soupe de patates pour me remplir un peu. Le seul bateau pour Copacabana part vers 15h30. Je passe le trajet sur le toit, je suis complètement cramé à l'arrivée à Copacabana. Vive la biafine!

Là, je suis à Juliaca. J'ai franchi la frontière sans problème, ni pour mes cd pirates, ni pour mes vieilles statues en bois soi-disant « antiguas », ni pour tout mon matos photo. J'ai entendu que certains douaniers s'amusaient parfois à exiger les factures de tout le matériel électronique que l'on a avec soi. Sans preuve d'achat dans son pays d'origine, on est soumis à taxe pour le passage de la frontière car on est supposé l'avoir acheté en Bolivie, même si on ne trouve pas ce genre de matos ici. Sinon, on laisse le tout sur place, dans le sac du douanier. Voilà l'arnaque. Bref, je suis passe entre les mailles du filet, heureusement.

On était censé faire une halte de 4 heures à Puno, avant de continuer sur Cuzco. On devait alors arriver à 4 heures du matin à Cuzco et l'on pouvait rester dormir dans le bus jusqu'au lever du soleil. Puis là, changement de programme. Le type m'annonce qu'on ne fait pas d'arrêt à Puno, de sorte qu'on serait arrivé à minuit à Cuzco, sans pouvoir rester dormir à la gare routière. Meufff! Cuzco est la ville la plus dangereuse du pays. Véritable Mecque du tourisme, à cause du Macchu Picchu situe à proximité, les étrangers s'y font dévaliser tous les jours, avec ou sans violence, y a le choix!

Bref, pas question de débarquer seul là-bas à minuit! En plus, la gare routière est à deux kilomètres du centre ville et les taxis sont de mèche avec les voleurs. Une véritable mafia apparemment. On passe Puno et merde, qu'est ce que je vais faire, ça ne me tente vraiment pas de débarquer à Cuzco by night. On passe par Juliaca, une ville à une heure de Puno, et je saute du bus.

On avait fait la même chose au Maroc en 2003, entre Tinerhir et Ouarzazate. Absorbés par la beauté des sommets enneigés de l'Atlas et de cette ville rouge, on avait quitté le bus sans trop réfléchir, à Boumalne de Dadès. Et c'était finalement une des meilleures étapes du voyage...comme quoi!

Pour le moment, je suis à Juliaca. Une odeur de feu de bois plane dans la ville nuit et jour, la ville est encore assez clean en son centre. Le reste est assez délabré. Je sais pas pourquoi mais ça me rappelle trop la ville de Amritsar, chez les Sikhs, au Penjab.

Demain, à 9 heures, j'ai mon bus pour Cuzco. J'y serai normalement dans l'après-midi. Et sur mes gardes.

 

 

 

   

 

 

 

Envoyé : samedi 10 décembre 2005 14:01:33

Objet : Cuzco calientito...

 

 

 

Juliaca...rien de spécial à en dire finalement. Ville commerciale importante du sud Pérou, elle s'avère être carrément quelconque et même dangereuse. Rien à y voir, rien à y faire, si ce n'est surveiller son sac et ses poches. A tous les coins de rue, chaque personne qui t'aborde t'avertit immédiatement de ne pas t'éloigner de la grand place Bolognesi et de, surtout, rentrer à l'hôtel une fois la nuit tombée. Charmant tout ça ! Heureusement, je n'y suis resté qu’une seule journée.

Au matin, je file à la gare routière pour un bus, direction Cuzco. Le proprio de l'hôtel m'avait dit de bien verrouiller toutes les portes du taxi et de me mettre à l'arrière avec tous mes bagages. La spécialité locale est, sinon, d'ouvrir les portes à plusieurs au carrefour et de t'arracher toutes tes affaires. Autre menu: si les bagages sont dans le coffre, il est possible que, lorsque tu sors du taxi pour aller les chercher à l'arrière, le conducteur démarre en trombe et disparaisse dans la nature avec le tout.

Bref, je fais gaffe à tout, mais ce n’est pas très agréable comme ambiance à la longue. Laisser ses affaires à l'hôtel? Les vols en chambre sont aussi régulièrement signalés et la police, qui essaie de sauver la face, s'avère apparemment totalement inefficace. En réalité, je crois qu'ils n'en ont strictement rien à foutre. J'ai rencontré une Australienne. La pauvre, on lui a tout volé. On lui a arraché son sac avec fric, photos et appareil photo. Il ne lui reste que son passeport, son billet d'avion et sa carte de crédit (c'est déjà ça!). Elle file au bureau de police. Réponse de l'agent: « c'est normal au Pérou que vous touristes vous vous fassiez voler ». Il doutait même de la sincérité de ses dires! Intéressant à savoir.

Anyway, là, je suis à Cuzco, dans un hôtel apparemment fiable jusqu’à preuve du contraire. Le problème est, qu’à force, en entendant toutes ces histoires, on a tendance à ne plus faire confiance à personne, et c'est dommage car les Cusquenos sont vraiment sympas.

Cuzco était jadis le coeur du tout puissant empire Inca. A quelques kilomètres à vol d'oiseau se trouve le Macchu Picchu, la cité perdue des Incas et principale pôle d'attraction touristique du pays. Cuzco est aujourd’hui la capitale archéologique incontestée des Amériques et la plus ancienne ville habitée du continent. La ville est bordée d'anciens remparts incas qui servent aujourd'hui en partie de fondations aux bâtiments coloniaux et modernes. Les ruelles sont pavées, étroites et construites en escalier. Tout monte et descend, toute promenade en ville en devient presque une expédition sportive. Les habitants conversent entre eux pour la plupart en quechua et non en espagnol.

En ville flotte partout le drapeau multicolore Inca. Au centre, la traditionnelle plazza de armas. A la différence des autres villes péruviennes et boliviennes, on se fait ici aborder à chaque coin de rue. Pour un resto, un hôtel, pour de l'herbe, de la coke, pour un ticket de train au Macchu Picchu ou pour des bonnets en alpaga. Parfois, ils se jettent à trois ou quatre sur toi, chacun pour essayer de t'emmener dans leur resto ou dans leur agence de voyage. C'est dans ce genre de moments qu'il faut bien surveiller ses poches!

Les chicas sont aussi de la partie. L'autre soir, dans la « esquina Procuradores », une gallina me lance « vamos a la cama ahurrita ». J'étais mort de rire.

J'ai booké mon trek pour le chemin de l'Inca. Encore une fois, j'ai eu de la chance. Normalement, pour le fameux « Chemin de l'Inca » de quatre jours, trek qui se termine en apothéose, au lever de soleil le quatrième jour, devant le Macchu Picchu, il faut réserver presque six mois à l'avance! Je le savais mais je n’avais rien fait du tout car je ne savais pas quand je tomberais à Cuzco. Je n’avais pas envie de contraintes horaires non plus. Je comptais faire un trek parallèle, mais moins impressionnant, ou simplement me rendre en train sur le site.

Puis là, je passe d'agence en agence, tout est complet jusqu’à cette agence Manu près de la plazza de Armas. Ils viennent d'avoir deux désistements. Je saute dessus et c'est fait. J'ai même pu négocier pour le prix, puisque c'était une sorte de last minute et qu'autrement, ils perdaient leurs places. Je pars donc pour ce trek de lundi matin a jeudi soir. Apparemment, ce sera le clou du voyage!

Cuzco est le centre de la vallée sacrée des Incas. Les sites archéologiques pullulent aux alentours de la ville ou dans des endroits plus reculés. Hier, je suis parti sur le site de Sacsayhuaman. Tout Cuzco était, à l'époque Inca, un immense puma de pierre. Ce qui correspond à la ville actuelle était le corps du puma, et la tête de la bête était ce site de Sacsayhuaman, dans les hauteurs au nord de la ville.

Les conquistadores ont détruit tout ce patrimoine inca, désassemblé les pierres des temples et autres monuments pour construire à Cuzco leurs riches demeures et leurs églises (...). Aujourd'hui, il ne reste de ce puma géant que quelques blocs de pierre, laissant imaginer la splendeur de ce lointain passé inca. Le site de Sacsayhuaman est rempli de touristes...principalement péruviens. Des jeunes venus en groupe avec leur école. C'est marrant car ils me demandent tout le temps de poser avec eux devant les ruines. Puis on reste à causer, on fait la visite des ruines ensemble. Je suis resté avec une bande d'ados de 18 ans qui venaient d'un village près de Puno. Vraiment trop sympas. On est retourné ensemble sur Cuzco après le coucher de Soleil, dans un super bon petit bui-bui. Saltenas à volonté. Aujourd'hui, ils sont au Macchu Picchu.

Là, je glande en ville. Tout est vraiment super beau ici, dommage qu'il faille constamment être sur ses gardes a 100%. Demain, je pars à Pisac et Ollantaytambo, dans la vallée sacrée. Je retourne à Cuzco en soirée, pour faire mes bagages. Adelante Macchu Picchu !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Envoyé : samedi 10 décembre 2005 14:13:16

À : chesswiser@hotmail.com

Cc :  hospedaje_lima@yahoo.fr

Objet :  Ola ARTURO-Carmen urgente por favor!!!

 

 

Ola Arturo,

Es Pascal, de Belgica. Dormido a mama Nelly casa a 24-25 octobre 2005. Recuerdo me? Rubi recuerde claro ! Retorno a Lima con el bus PALOMINO a 17 deciembre. Arriba sabado 17 deciembre a 1 pm a TERMINAL DE LIMA, LUNA PIZARRO (la VICTORIA). Se puede que tu o Nelly o el ombre con el auto (no recuerdo como se llama) por venir a la estacion de bus, y despues dormir por tres notches a Nelly casa. Mi avion es a la 21 deciembre, nueve pm de la notche. Por favor, responde rapido Arturo!!!

Gracias!!! Disculpe por mi malo malo espagnol!!!

 

 

 

 

   

 

 

 

 

Envoyé : dimanche 18 décembre 2005 22:37:33

Objet : Jeudi 6 AM...Macchu Picchu

 

Lundi, 6 heures du matin, le soleil se lève sur Cuzco. Il fait froid, la ville baigne dans une brume épaisse. Rendez-vous à l'agence à 7h30 pour le grand départ. Le trek de 4 jours, que l'on appelle « le chemin des Incas », est apparemment terrible. Une manière de terminer le voyage en beauté. Au lever du quatrième jour, on est censé terminer en apothéose devant la cité perdue du Macchu Picchu.

Il est neuf heures, on quitte Cuzco en bus. Direction Ollantaytambo. La route est pitoyable. Il fait frais, le vent nous rappelle qu'on caillera bien là tout en haut. Tout le monde est excité à l'idée d'entamer la marche légendaire des Incas. Le groupe est super chouette. On est une petite dizaine : Anglais, Péruviens et Brésiliens.

Vers midi, on débute la marche au pied des montagnes. Il fait plein soleil, super bon, et ça ne monte pas encore trop. Les paysages sont carrément splendides et l'on vient à peine de commencer. Des sommets enneigés de plus de 4500 mètres s'élèvent la devant nous, les flancs de montagnes sont caressés par le soleil, d'autres baignent dans les nuages qui dansent en permanence à l'horizon. Grandiose.

On traverse une série de petits villages. De temps en temps, de gros blocs de pierres s'élèvent de manière insolite en plein milieu des champs. Des vestiges de temples ou autres édifices cérémoniels incas. La vie locale a repris le dessus: les hommes ont construit leurs habitations tout autour, y ont semé leurs cultures en s'accommodant du respect des oeuvres de leurs ancêtres.

Ca grimpe. On longe maintenant le fleuve sacre Urubamba et l'on tombe sur des ruines perdues à flanc de montagne. Un temple inca. Sur le chemin, on en trouve encore plusieurs le premier jour. On arrive au coucher de soleil dans un petit hameau presque abandonné. On plante les tentes. La brume envahit les lieux, il fait glacial. Les Anglais du groupe sont de bons buveurs, ils ont emporté leurs bouteilles de pisco, histoire de se réchauffer un peu. La nuit sera courte.

Il est 4 heures et Miguel, le guide, nous prévient encore une fois qu'aujourd'hui sera le jour le plus dur. On est censé gravir un sommet de 4200 mètres, le "dead woman's pass". On se l'est tellement fait répéter, qu’à la vue de cette montagne qui s'élève la devant nous dans la brume, on commence à se demander si on arrivera à le faire.

Il est 5h30, on commence la grimpe. On traverse une espèce de jungle humide et fraîche. Par moments, on passe à travers les nuages qui envahissent les lieux...génial comme effet. On ne voit plus qu’à quelques mètres devant nous, pas un bruit ni une âme à la ronde. Et ça grimpe. Encore et encore. On se retrouve à s'accrocher aux montagnes avec nos mains. Il fait caillant mais on est trempés de sueur. On serait tentés de s'arrêter mais le froid nous rattrape. Après deux minutes de pause, on est frigorifiés, les vêtements mouillés de sueur. Les jambes se raidissent et il est encore plus dur de reprendre la route.

On grimpe encore aussi raide...pendant 4 heures! Le soleil perce à travers les nuages. On se retrouve dans une immense plaine, à marcher entre les chevaux sauvages et les lamas qui ne font même pas attention à nous. Vers 11 heures, on touche enfin ce sommet de 4200 mètres. Le souffle est coupé, la tête bourdonne, le vent est glacial et agressif mais le paysage est on ne peut plus sublime. On s'arrête quelques minutes, épuisés. On est au point culminant du trek. Sentiment d'accomplissement qui fait oublier que l'on vient de galérer pendant plus de cinq heures.

Les mains sont gelées. J'ai un doigt complètement mort, ça doit être le froid. Il est tout blanc, pas moyen de le réveiller. Je le mets en bouche pendant bien 20 minutes et ouf...il vire au bleu. Je commençais à me demander pourquoi il était en train de mourir, le pauvre.

On doit à présent redescendre le col, de l'autre côté de la montagne. C'est moins crevant mais beaucoup plus dangereux. Les sentiers sont boueux, les pierres glissantes, les pentes sont rudes. L'attention doit être totale car, une seconde d'absence, un faux pas et on redescendrait le tout à toute allure en un magnifique tonneau. Il fait complètement gris. Ce temps couvert inhibe les lieux d'une atmosphère toute particulière, si mystérieuse. Et ces ruines, ces lagunes qui surgissent de temps en temps, perchées dans un coin ou l'autre. Ce silence divin, cette solitude de début de monde... En s'arrêtant un moment, on se met à rêver. On pourrait presque entendre les bruits, sentir les odeurs et apercevoir au loin la vie de cet empire inca perché dans ces montagnes qui gouvernait les lieux il y a des centaines d'années.

On arrive au campement vers 16 heures. On s'écroule dans les tentes pour une bonne sieste puis, vers 19 heures, c'est la fiesta. On mange sous la tente, super chouette ambiance. Les Anglais tirent une autre bouteille de leur sac. Une étrange sorte d'alcool brunâtre, le "San Pedro". Boisson aux propriétés légèrement hallucinogènes utilisée par les chamanes. L'effet est totalement différent de celui de l'alcool. Ravageur...on va dire. Une intensité de l'esprit, un présent culminant et le plein soleil alors qu'il fait complètement sombre aux alentours. Les grenouilles noires au derrière orange envahissent le campement et nous interdisent formellement l'accès aux toilettes qu'on avait pourtant élues derrière le buisson à côté du sentier. En échange, elles nous offrent un concierto accapella de "croa croa" on ne pourrait plus harmonieux. Et toujours cette sacrée feuille de coca pour nous rajouter un peu de tonique.

Vers 21 heures, l'orage envahit les lieux. Les éclairs se succèdent à une allure folle, le campement est sous eaux en quelques minutes. On file dormir vers minuit car la nuit sera courte une fois de plus. La pluie de cesse de tomber. La lumière des éclairs pénètre à travers les tentes en plein milieu de la nuit, l'eau s'est infiltrée par les parois. Mon sac à couchage est trempé. Pas de chance, mes chaussures se trouvent près de l'entrée de la tente et ont aussi pris l'eau.

Au matin, tout baigne dans la brume. Les terres sont boueuses, ravagées par les tempêtes de la nuit. Les chaussures suintent, les vêtements sont humides. Il fait glacial. Là c'est vrai, c'est un peu dur. Heureusement que j'ai encore ce poncho de plastique chiffonné au fond de mon sac, il me tient chaud malgré mes vêtements détrempés.

On grimpe encore. Au détour d'une montagne, un ancien temple baigne dans les nuages, qui renforcent encore plus l'anonymat de son mystère. Lieux de culte et mirador pour se protéger des envahisseurs, il est superbement bien préservé. Passionnant de s'imaginer comment fonctionnait cette civilisation inca qui peuplait ces montagnes. Toutes ces images d'Indiens, de condors, de tribus guerrières, de sacrifices, de cérémonies en l'honneur du Soleil me viennent à l'esprit comme un film, faisant soudain revivre face à moi ces lieux abandonnés. C'est magique.

On redescend une des montagnes. Les pierres glissent, certaines sont recouvertes de mousse. On se retrouve à terre de temps en temps mais sans casse, et on continue la route.

Dans la jungle, on se fait immédiatement dévorer par les moustiques ou d'autres bestioles féroces. Voraces, elles laissent de bonnes grosses bosses sur la peau. Certaines piqûres brûlent et se mettent même à saigner. On va prendre ça comme une forme de baptême local, un rite d'initiation à la rudesse des lieux.

Miguel nous montre une énorme montagne au loin. C'est le Picchu Picchu...la principale montagne trônant à l'arrière du légendaire Macchu Picchu. On n’est plus qu’à quelques kilomètres de notre idole du moment mais...à vol d'oiseau. La route est sinueuse, monte et descend, épuisante.

D'autres temples s'étalent sur des terres disposées en terrasses. Les terrasses permettaient de prévenir les éboulements en ces terres incertaines, mais aussi l'agriculture.

Vers midi, le soleil se pointe. Quel sublime réconfort! Le ciel vire couleur turquoise, les montagnes ressortent d'un vert éclatant. Je commence à avoir vraiment mal aux pieds. Mes godasses ont pris l'eau, on dirait que je me suis endormi dans un bain et réveillé inopinément au matin. Vraiment désagréable de marcher dans ces conditions, mais y a pas le choix. Reste juste à focaliser son attention sur autre chose.

Au soir, on tombe dans un campement qui n'est plus qu'à six kilomètres du Macchu Picchu. On tapisse les flancs de montagnes de nos vêtements et sacs de couchage trempés de la veille, mais rien ne sèche, la jungle est trop humide.

On sent l'excitation du moment fatidique. Dans quelques heures, du haut de la butte qui domine le campement et qu'il nous restera à gravir, on apercevra la légendaire cite inca. C'est marrant comment la visite d'un site aussi renommé peut provoquer une telle impatience. On arrose cette dernière nuit de trek d'une bonne dose de cerveza, trouvée dans la toute première échoppe que l'on a croisée depuis maintenant trois jours.

A 3 heures du matin, Miguel vient frapper sur les tentes. Il a encore plu toute la nuit. Tout est encore mouillé ou humide. Ca ne vient plus à ça. On commence à avoir l'habitude, mais c’est vrai qu’à force de rester constamment humide et dans le froid, on commence à se sentir malade.

Du pain durci, un bon thé aux feuilles de coca, et nous revoilà sur la route. La pente est raide, puis tout devient plat. Il fait brumeux. On s'éclaire aux lampes de poches pour ne pas tomber dans les ravins que l'on longe sur la gauche. On marche tellement rapidement...j'ai même l'impression de courir, sans même sentir ces 10 bons kilos qui me pèsent les épaules. Ca doit être l'excitation de l'ultime découverte. Cette dernière marche de plus d'une heure est particulièrement magique. On se croirait replongés plus de 500 ans en arrière, tels une tribu inca se rendant au lever du jour, à travers la jungle, à la cité sacrée. Le mystère des lieux est total. Comme si l'âme de cette civilisation s'exprimait soudainement à nous sans le moindre mot. On aurait même plus l'impression que les Incas ont quitté les lieux depuis des centaines d'années, mais plutôt qu'ils nous attendent là, derrière cette dernière montagne.

On arrive enfin aux 50 énormes marches qui mènent à la Porte du Soleil. L'émotion est intense, on sait qu'ayant une fois passé ces 50 dernières marches, on se trouvera face à la figure légendaire. On aurait soudain presque envie de se poser et d'attendre encore un peu, histoire de faire durer le suspens. Ces dernières marches sont exagérément hautes et étroites, on les grimpe presque à quatre pattes pour ne pas se planter.

Puis là, au sommet, derrière cet ultime mur de pierres  ancestrales et couvertes de mousse, voilà le Macchu Picchu qui s'élève dans la brume. Il est 5h40, on y est! Impression d'avoir comme gagne un trésor, après ces quatre jours de marche quand même assez pénibles.

Le Wayna Picchu, la grosse butte ornant l'arrière du Macchu Picchu, baigne dans une forêt de nuages sombres. L'envoûtement est total. On reste là un bon moment, cloués au sol, assis face à cette toute majesté. Ca nous valait bien ces quatre jours de galère! Ce temps brumeux est finalement plus que parfait, il ne fait qu'accentuer les mystères des environs.

Il nous reste à présent à gagner le site même du Macchu Picchu. On redescend cette haute montagne mirador de la Porte du Soleil pendant une bonne demi-heure. On est intensément là et complètement ailleurs en même temps. Un doux sentiment de paix nous habite, balançant avec cette excitation de se retrouver sur le site et qui nous fait dévaler cette dernière montagne de jungle humide presque en courant.

Le plus extraordinaire est qu'on est le tout premier groupe de visiteurs à pénétrer sur les lieux. On avait spécialement demandé à Miguel de se lever très tôt pour éviter le flot de touristes. Personne sur les lieux! Juste trois Péruviens occupés à raccommoder une butte de terre qui s'est effondrée pendant la nuit. On dépose les sacs à l'entrée. Préservation du site oblige, nourriture, sacs, cigarettes sont interdits dans la cité.

Avec sa situation mythique et spectaculaire, le Macchu Picchu est le site archéologique le plus célèbre du continent. A la fois le plus connu et le plus méconnu des sites archéologiques incas, Macchu Picchu n'est mentionné dans aucune chronique des conquistadores espagnols, et les archéologues en sont réduits à des hypothèses sur sa fonction. Centre de pèlerinage? Cité de hauts dignitaires? Dernier retranchement de peuples incas traqués honteusement par leurs vils colons? Le fait est que les Quechuas n'ont laissé aucun écrit. Le mystère subsiste donc, et sera à jamais.

A l'exception de quelques Quechuas, personne n'en connaissait l'existence avant que l'historien américain Bingham ne le découvre par hasard en 1911, en explorant la vallée du Rio Urubamba. Macchu Picchu demeure un mystère et les conquistadores espagnols ne connurent jamais son existence. Les envahisseurs ne se déplaçaient de toute manière qu’à cheval, ce qui explique que le Macchu Picchu, vu sa situation, leur a totalement échappé. Et heureusement!

Le site est vraiment spectaculaire, les différents édifices s'échelonnent à flanc de montagne, taillées en terrasses qui permettent de circuler facilement d'un endroit à l'autre.

On parcourt le site tous ensemble, religieusement, comme remplis de pudeur face à la majesté des lieux. Miguel nous explique tout dans les moindres détails...les différents édifices, le fonctionnement de la cité, la précision des constructions en fonctions des cycles solaires et lunaires, des solstices...c'est passionnant.

On s'arrête près du Temple du Soleil et un condor vient se poser sur un des rochers, peut être à 5 mètres de nous. Il nous scrute, nous guette, puis se retourne et veille sur la vallée qui s'étale en contrebas. Une présence troublante, une impression soudaine de réincarnation d'un passé lointain.

Malgré les efforts récents réalisés en vue de préserver le site, tout le monde s'accorde apparemment à dire que le Macchu Picchu n'en a plus pour très longtemps. Les montagnes bougeraient à raison de un centimètre par mois. Les nombreuses pluies provoquent aussi d'incessants éboulements de terrain, et il est vrai que de nombreux édifices se retrouvent fissurés de manière inquiétante. Miguel lui donne encore 5 ans au maximum, si des restaurations fondamentales ne sont pas immédiatement entreprises.

Les heures passent et le site, à notre plus grande joie, reste très peu peuplé contrairement aux marées de touristes qu'on nous avait promises dès 10 heures du matin.

Miguel apprend par un garde que les trains menant au Macchu Picchu sont bloqués depuis deux jours. Evidemment, venant du fin fond des montagnes et coupés du monde, on était au courant de rien. Tous les aspirants visiteurs de la cité sont bloqués à Cuzco. A priori, tant mieux pour nous, ça nous offre plus d'authenticité sur le site, mais on apprend rapidement qu'aucun train ne circulera pendant encore quatre jours! Or, le train est le seul moyen de rejoindre, depuis le Macchu Picchu, le fameux "kilomètre 82", où l'on peut trouver des bus pour Cuzco. Le problème est que j'ai un billet de bus pour Lima pour le lendemain et qu'il est impossible de le déplacer car tout est complet des jours à l'avance.

Ce sont les habitants de la région qui bloquent les trains à Cuzco, et non la compagnie ferroviaire qui fait grève. La ligne de train appartient pour moitié à une société chilienne, l'autre est canadienne. Ils ont investi, obtenu le monopole et en retirent tous les profits. Rien pour les Péruviens. Les locaux protestent là contre depuis des années, requérant la nationalisation de la ligne ferroviaire, mais rien ne bouge.

Sachant que le train est le seul moyen de relier Cuzco au Macchu Picchu, et sachant qu'en moyenne, 1000 à 2000 touristes (...) arpentent le site chaque jour, leur blocage intégral fout évidemment le bordel. Anyway, il est midi et on se retrouve là, en plein milieu des ruines, à se demander quoi. Moi, je n’ai carrément pas le choix, je dois être à Cuzco au plus tard demain matin pour mon bus vers Lima.

C'est la merde...la seule solution est de longer les rails de chemin de fer pendant 28 kilomètres, jusqu'au kilomètre 82. Je dois quitter le groupe, car eux sont à tripper en Amérique latine pour six mois, ils ont tout le temps. Moi, pas le droit de rater mon vol de retour! Dommage de finir ce trek sublime et de quitter cette superbe équipe si brusquement, mais y a pas le choix. Sing c'est la vie!

Je redescends rapidement la montagne sacrée jusqu’à Aguas Calientes, d'où était censé partir le bus vers Cuzco. D'autres personnes, touristes et Péruviens, sont dans le même cas, ils doivent aussi rejoindre Cuzco au soir. Heureusement pour moi, j'aurais vraiment pas aimé me taper les 28 kilomètres seul, la région étant réputée pour être si dangereuse.

Il est 13 heures, la pluie tombe violemment. Je me retrouve dans cette gare déserte à scruter ces rails de train. Dire que je vais devoir les suivre avec ce temps, ce sac, avec cette fatigue et ces godasses trempées pendant plus de 7 heures! Eh oui, on nous promet au moins 7 heures de marche. C'est de la folie! En plus, y a vraiment pas de temps à perdre, il faut essayer d'arriver au kilomètre 82 avant la tombée de la nuit. Un Allemand a l'air tout aussi paumé que moi. Il est vraiment cool. On décide de partir à deux. Vive l'aventure!

On est déjà trempés, le poncho ne couvrant que jusqu’à la taille, le pantalon colle à la peau et les godasses se transforment en éponges à lacets en moins de cinq minutes.

On a déjà quitté Aguas Calientes. On se retrouve à longer le Rio Urubamba. Pas de temps à perdre, on sent comme une insupportable course contre la montre qui presse nos pas, on marche le plus vite possible, sans trop réfléchir. Je crois que, finalement, on ne réalise pas trop ce qu'on est en train de faire.  Si on arrive pas ce soir, pas un endroit pour dormir en chemin, pas une tente à construire pour s'abriter, rien!

On est crevé mais on ne s'arrête même pas. On mange, on boit, on fume en marchant. On ne s'accorde la pause que pour pisser. Les heures passent. On se rend compte qu'on ne fait que du 3 ou 4 kilomètre heure à tout casser. La route est affreuse. On est obligé de marcher sur ou à côté des rails de ce train désespérément absent, sur ces espèces de gros cailloux bruts du genre de ceux que l'on trouve sur les rails de chemin de fer chez nous. Comble de la crasse de cette société de chemin de fer: non seulement ils exploitent les richesses culturelles des Péruviens et en tirent les pleins bénéfices sans leur en verser un sou, mais ces cailloux de merde qui me poignardent les pieds à travers les godasses ont été récemment ajoutés pour que quiconque aspirant à se rendre au Macchu Picchu soit obligé de payer les 30 dollars pour le trajet en train! J'ai appris cela par la tenancière de l'hôtel, une fois de retour à Cuzco. Avant, bon nombre de touristes parcouraient les 28 kilomètres le long des rails, sur un sentier vert. Maintenant, tout est recouvert de gros cailloux blessants pour empêcher les gens de passer.

Et on continue, on n’a pas le choix. Il pleut, il fait caillant mais on sue comme des bêtes en marchant à ce rythme. Heureusement, la bonne humeur est au rendez-vous avec mon compagnon de détresse. Mes pieds sont de pire en pire. J'en peux vraiment plus, ça fait trop mal. Ils sont imbibés d'eau, j'ai l'impression d'avoir deux pattes d'éléphant, ou de ressembler à une de ces victimes de Tsunami imprégnée d'eau que l'on voyait à la TV l'année passée. C'est affreux. En plus, avec ce chemin impossible, je peux vraiment plus continuer comme ça. Un vrai supplice.

Heureusement, Alexander a dans son sac une paire de chaussettes sales mais sèches. Je les mets et j'emballe mes pieds dans deux sacs plastiques, pour que ces nouvelles chaussettes du salut ne soient pas immédiatement trempées à cause de mes godasses.

On continue. Mes pieds sont au sec mais font de plus en plus mal. On est obligé de ralentir. Je marche presque comme un canard qui essaie de courir. AAAAh et qu'est ce que je maudis ces affreux cailloux qui s'étalent à perte de vue et qui restent notre seule solution.

Il pleut ou pleuvine encore toute l'après-midi. La nuit tombe. D'après les panneaux, il nous reste encore 6 kilomètres. On marche d'abord dans l'obscurité puis, après s'être planté deux ou trois fois, on prend nos torches. Je réalise que je ne trouve plus la mienne. On en a une pour deux. Et ça n'avance pas. Un kilomètre m'en parait 10. Vraiment, on en peut plus. Cette obscurité galopante devient de plus en plus stressante.

Les 6 derniers kilomètres dans l'obscurité sont calvaire. On ne voit presque rien avec cette petite lampe et ces pierres qui plantent les semelles à chaque pas. Je me demande bien comment je vais trouver mes pieds à l'arrivée. J'espère quand même pas en sang! Je n’ose même pas regarder. On sent que la concentration commence à baisser. On fonce maintenant le plus vite possible, comme des machines abruties sans plus même réfléchir. Toujours aucune lumière à l'horizon puis, à 19h20 seulement, on aperçoit enfin un signe de vie...un bui-bui. La fillette nous dit que les bus ne sont plus qu’à un kilomètre, le dernier.

On s'est finalement retrouvés à 23 heures dans le centre de Cuzco. Apres le trajet en bus, plus moyen de marcher. On est stoned, out, vidés, absents, abrutis...mais quel sentiment d'accomplissement soudain! Et quelle joie de se sentir enfin rassurés!

Plus de 7 heures de marche à toute allure. Je crois qu'on s'est peut être arrêtés trois fois cinq minutes sur tout le trajet, course après la montre oblige. Les pieds, c'est une vraie catastrophe. Les peaux se retendent et ça fait un mal de chien. Je les nettoie régulièrement pour éviter que les crasses ne s'infiltrent dans les crevasses. Mais tutti va bene. Ils sont à présent juste gonflés comme deux pattes d'éléphant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Là, je suis de retour à Lima. J'ai quitté Cuzco comme prévu vendredi à 17 heures. 22 heures de bus au programme. Je serais bien resté me reposer encore un jour à Cuzco après la folie du trek, mais impossible de changer la date du bus. La route est on ne peut plus sinueuse, on se croirait à la foire. Il pleut pour changer. Les éclairs incessants déchirent le ciel et illuminent les paysages nocturnes.

Vers une heure du matin, je suis soudainement tiré de mon sommeil chaotique et abruti. Il fait glacial. La température a violemment chuté, on passe apparemment un col de plus de 5000 mètres. Le bus se transforme en frigo volant. Je n'ai rien à me mettre, tout est dans la soute. Je partage la couverture avec cette vieille dame assise à côté de moi, qui m'offre cette si attentionnée forme d'hospitalité. Les heures passent, je suis mort nazze mais étrangement, je n'arrive même pas à trouver le sommeil. Le sixième sens s'est à nouveau activé dans ce bus et les idées se bousculent. Tout parait clair.

Le soleil se lève. Je retrouve ces étendues désertiques et ces immenses dunes de sable en bordure de mer. On passe par Nazca, Ica, Pisco. Je retrouve ces lieux par lesquels je suis passé il y a maintenant deux mois. Ils me paraissent encore si familiers, mais si lointains dans le temps aussi. J'ai l'impression d'être passé ici il y a 6 mois ou plus. J'ai tellement bougé pendant ces deux mois. Impression de n'avoir jamais été si loin dans les profondeurs de la Terre. En banlieue de Lima, revoilà ces parterres de maisons non achevées qui se regroupent en immenses cités. Revoilà ces propagandes de tous les styles peintes sur les murs.

Le trafic est embourbé, chaotique. J'ai la tête complètement explosée à force de m'endormir et de me réveiller, le tout avec cette pop latino et merengue qui fait vibrer le bus à tue-tête depuis 8 heures du matin.

Il est 14 heures, on entre en gare. Alfredo, le voisin Nelly, me tape sur l'épaule. Je ne l'avais même pas vu. La poche arrière de mon sac est grande ouverte mais rien n'a disparu. Sans doute m'en suis je rendu compte à temps! Welcome to Lima! On flanque tous mes sacs dans la voiture d'Alfredo sur la banquette arrière, portes et fenêtres verrouillées. Impossible de les mettre dans le coffre à cause des vols à la tire en plein carrefour. Il fait pétant de chaud à Lima. Quel changement!

On arrive chez Nelly, dans le district de San Martin de Porres. Tout heureux de se revoir. Elle m'attend avec une armada de biscuits et du mate de coca. Etrange de se retrouver chez elle après ces deux mois de voyage. Sentiment comme celui de se sentir rassuré, retombé dans un endroit familier, avec des gens vraiment adorables.

La boucle est bouclée. Je reste à Lima jusque mercredi, mon vol est à 20h50. Mes vêtements sèchent enfin...après 5 jours! 

 

 

 

Envoyé : mercredi 21 décembre 2005 02:07:03

Objet : LIMA - Suavemente Besa Me

 

 

A peine arrivé à Lima, je retrouve Rubi, la cousine de Nelly, qui m'invite pour une grande fête qu'elle donne chez elle pour l'anniversaire de son frère, à deux blocs de la maison de Nelly. Décidément, ce n’est pas encore maintenant que je vais trouver l'occasion de me reposer. Dès 21 heures, tout le quartier est en feu. Trop marrant. La musique raisonne jusque dans les rues environs, les gens arrivent en groupe. Ca promet!

Reste à me trouver quelques vêtements présentables car avec toutes les péripéties des dernières semaines, j'ai plus rien lavé depuis le fin fond de la Bolivie il y a maintenant un mois. Chuuut!

Ouf, je tombe sur un marcel noir correct. Nelly, comme une petite maman, me fait remarquer qu'il est tout chiffonné. Je lui dis que peu importe, c'est la mode, mais elle revient dans les deux minutes avec un fer à repasser et le tour est joué.

On est à la fiesta, tous des jeunes de 20 à 30 ans. De la famille du quartier, on trouve de tout, de tous les styles, de tous les âges. Il doit bien y avoir une centaine de personnes. La casa de Rubi est pleine à craquer, c'est super chouette. Super rencontres. Je suis le seul étranger dans la masse alors évidemment, on ne peut pas me louper et tout le monde vient me toucher un mot.

Au Pérou, le tapage nocturne n'existe apparemment pas. La musique à fond jusqu’à 5 heures du matin, débordant même à la rue tout le long du pâté de maisons avec sa foule de fêtards euphoriques. Vers 3 heures du matin, je commence à sentir la fatigue. Qui se pointe devant la porte? Trois flics. Je crois d'abord qu'ils vont faire fermer la boutique...mais non. Rubi leur offre une cerveza à chacun et ils rejoignent la fête, de la manière la plus naturelle qui soit. C’est apparemment l'habitude ici, pour pouvoir continuer les fêtes de quartier jusqu’à l'aube. Une forme basique de corruption.

La musique est géniale, quelle fête de fous, en plus en toute simplicité. Je fais la connaissance d’Angela, de Pedro, de Rommel et de Julia...ils ont plus ou moins mon âge. Ils habitent au sud de Lima et sont de la famille de Rubi. La fête bat son plein jusque 5 heures du mat, puis tout le monde aide à ranger. Le soleil se lève. On est à 7 heures au lit.

C'est quand même tout différent de loger chez l'habitant plutôt que dans une guesthouse, aussi accueillante et simple qu'elle soit. Chez la petite Nelly, on se sent vraiment comme à la maison. J'ai ma chambre dans le couloir qui donne dans le salon. Je prépare ma petite bouffe, je fais la vaisselle avec elle en papotant, je peux enfin laver mes sales chaussettes puantes et les faire sécher en plein soleil sur le toit de la maison.

Je suis vraiment content d'être retourné à Lima, ici chez Nelly, pour quelques jours avant le retour. Dès la première fois, j'avais vraiment accroché, et les bonnes adresses ne s'oublient jamais.

Nelly a deux enfants. Arturo a mon âge, est marié et a deux garçons. Sa fille Carmen a 24 ans et vit en France depuis mars 2005. Depuis toute petite, elle trippait sur la France et voulait y vivre à tout prix. En janvier 2005, elle rencontre un type de passage à la hospedaje de Nelly. 15 jours après, Carmen se retrouve la bague au doigt et suit son nouveau mari à Lille.

Nelly essaie de l'en dissuader mais rien à faire, Carmen a l'Europe en tête. Là, ça fait 9 mois qu'elle vit à Lille. Elle est désenchantée, ne s'habitue pas, est déçue de son compagnon, ne trouve pas de travail et suit difficilement des cours de français. Elle trouve que les Français sont froids, coincés et sans vie. La désillusion. Elle ne peut apparemment pas rentrer au pays pour voir sa mère avant juillet 2006, pour des questions de papier et pour ses cours de français. Encore une histoire absurde et triste de la belle illusion européenne (...).

Nelly s'apprête à passer la Noël seule avec son fils. Elle est triste. Carmen et Nelly se téléphonent tous les jours pour essayer de compenser. Nelly n'espère qu'une chose, c'est que Carmen ne tombe pas enceinte et que, si en juillet 2006, elle ne se plait toujours pas en Europe, qu'elle revienne définitivement au pays. On passe plein de temps à parler dans le salon et sur le toit de la maison, vraiment de super beaux moments. Je lui parle aussi de mon job car évidemment, la désillusion européenne, je suis en plein dedans là-bas,

On a passé la journée de hier à Miraflores, avec Arturo et Rubi, le fils et la cousine de Nelly. Miraflores est le district moderne de Lima, le plus westernized et le plus cher aussi. Genre de Bangkok miniature avec des buildings, des enseignes lumineuses partout, une propreté irréprochable et les décors de Noël en cette période pour couronner le tout. Je ne sais pas trop pourquoi mais cette partie de Lima me fait trop penser au quartier de Silom, à Bangkok. Ca doit être son atmosphère électrique et festive.

C'est aussi le quartier des boites, alors pourquoi ne pas y faire un tour ce soir? C'est la fête tous les jours de la semaine à Miraflores. A 23 heures, le voisin de Nelly nous emmène. On peut l'appeler pour rentrer, mais pas avant 6 heures du matin. Ca nous arrange tous, c'est parfait.

Hops, nous voilà tombés dans une immense boite à l'ambiance ultra caliente. De tous les styles, péruviens ou étrangers. La musique est parfaite, c'est vraiment terrible. Une fois de plus, quelle ambiance dans ces boites latinos! Les gens se marrent, se parlent spontanément même s'ils ne se connaissent pas. Ce quartier me rappelle aussi les nuits folles passées avec Benedikte et Palani dans la soi 4 de Patpong, à Bangkok. Ici, ils sont comme les Mexicains, ils délaissent leur verre sur les tables pour la piste de danse, ce qui fait qu'on boit finalement dans n'importe quel verre et finalement beaucoup plus, sans même s'en rendre compte. Euh...

Et qu'est ce que les gens dansent bien ici! Un vrai plaisir! On est reste longtemps avec une troupe de Brésiliens qui nous apprenaient quelques pas de salsa. Idéal pour se dérouiller après le trek du Macchu Picchu.  Frustrant de se dire que, dans le monde, des gens font la fête en boite même en semaine jusqu’à 3 heures du matin, et qu'ils partent bosser le lendemain au bureau de manière tout à fait classique. Comme cet employé de la Banco de Credito complètement allumé qui traînait avec nous. Dire que chez nous, en semaine, tout est réellement mort une fois 23 heures.

A 4h30, on quitte la boite dans le quartier du parc Kennedy. On descend 300 mètres et nous voilà sur la plage de Lima, face à l'océan, les pieds dans l'eau, avec le soleil levant. Dernier lever de soleil mémorable du voyage. Apaisant. Sentiment complice et soudain du « that's it, I did it”. A 6h30, on est au pieu. Lessivés.

Aujourd'hui, je me repose, je fais mes bagages et je prends le temps chez mama Nelly.

Mon vol est confirmé. En ces périodes de fête, ils autorisent jusqu’à 30 kilos de bagages en soute. Comme chaque année, je suis certain de les dépasser. Je me prépare à faire un grand sourire à l'hôtesse au check in. Aï aï aï !!!

 

 

 Envoyé : mercredi 21 décembre 2005 16:28:04

Objet : Hasta luego !

 

 

Yep! Mon voyage touche à présent à sa fin. I did it! La boucle est bouclée, je me sens comblé! Une fois de plus, je me sens gâté de la toute grandeur d’une telle expérience. Se dissoudre comme un cachet d’aspirine dans une autre culture, s’immerger complètement dans un monde inconnu, quitte à parfois perdre pied et trouver alors la toute nécessité et la souveraineté de sa propre force intérieure.

Chaque voyage du genre est comme une renaissance, comme un infini trésor, un enrichissement personnel dont on ressort éminemment grandi. Repousser au loin ses limites habituelles, tant physiques que mentales, connaître et apprécier ses propres ressources, constater aussi sa vulnérabilité, ouvrir tout grand ses propres portes pour y laisser pénétrer sans barrière un violent et inconnu courant d’air frais. Sentir son quotidien émaillé de pépites d’or tombant incessamment vers soi, quelles soient humaines, visuelles, de sentiments ou d’enseignements, s’émerveiller devant tant de choses nouvelles, devant les mystères de l’ailleurs et des coins les plus reculés de la planète.

J’ai l’impression, cette fois-ci, de n’avoir jamais été si loin dans les profondeurs de la Terre. Je me suis retrouvé perdu dans de ces endroits si reculés, si loin de tout, parfois comme un bon de centaines d’années en arrière. Des moments de peurs et d’épuisement, aussi rapidement contrebalancés par une satisfaction postérieure et immédiate. Les mystères de ces civilisations englouties par les siècles, mais pourtant encore tellement présentes dans l’imaginaire de tout un chacun.

Je me sens tout autant surpris, transis que lors de mon premier voyage en Inde, en 2000. Mon premier voyage en Inde m’avait complètement ébloui. Une force d’attraction qui m’avait fait revenir par la suite plusieurs fois, et pour bien plus longtemps. Comme un autre livre qui vient encore de s’ouvrir et dont j’ai commencé la lecture. Un désir irrésistible et présent d’en continuer les chapitres, encore et encore.

J’ai comme un air de musique en tête. Un rythme effréné, donnant des ailes et envie de courir au loin, perpétuellement vers d’autres découvertes, empreint d’une énergie totale.

Le monde s’offre à celui qui va vers lui! Adelante! L’avion décolle a 20h50...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PUNO

PUNO

 

16.01.2006

 

AREQUIPA

 

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feuille de coca

 

 

 

 

 

 

CANYON DE COLCA

arequipa

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AREQUIPA

12.01.2006

 

 

 

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